Taxe sur les dépôts bancaires à Chypre: le lundi de tous les dangers

Le président chypriote Nicos Anastasiades , le 17 mars 2013 à Nicosie
Le président chypriote Nicos Anastasiades , le 17 mars 2013 à Nicosie - © Christos Avraamides

Le président chypriote Nicos Anastasiades a estimé avoir choisi "l'option la moins douloureuse" en acceptant d'instaurer une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires, dimanche soir dans un discours télévisé à la nation. Explication sur la manière dont Chypre en est arrivé là.

"J'ai choisi l'option la moins douloureuse, et j'assume le prix politique pour cela, afin de limiter autant que possible les conséquences pour l'économie et pour nos compatriotes chypriotes", a dit le président dans une brève allocution solennelle.

Il s'exprimait à la veille d'un débat parlementaire sur le plan de sauvetage négocié avec l'Union européenne à l'issue duquel le texte qui prévoit une taxe sur tous les dépôts bancaires en contrepartie d'un prêt de 10 milliards d'euros doit être approuvé.

"J'exhorte les parties au Parlement à prendre une décision. Je la respecterai pleinement, dans l'intérêt du peuple et du pays", a dit le président.

Une taxe exceptionnelle

Négocié avec l'Union européenne, le plan de sauvetage conclu samedi à l'aube comprend une taxe exceptionnelle et sans précédent sur les comptes bancaires de tous les résidents de l'île, allant jusqu'à 9,9%. Elle est censée rapporter 5,8 milliards d'euros selon l'Eurogroupe.

Le Parlement, qui devait se réunir dimanche en session d'urgence pour entamer le processus de ratification du plan d'aide controversé, se réunira finalement lundi à 16H00 (14H00 GMT), a annoncé la télévision publique.

Selon la chaîne privée Sigma TV, le président Anastasiades a repoussé le débat de crainte que le texte ne soit rejeté.

Sigma TV a indiqué que M. Anastasiades peinait à s'assurer ne serait-ce qu'une majorité simple pour soutenir le texte au Parlement, dans lequel son parti de droite, le Disy, ne détient que 20 des 56 sièges.

"J'espère qu'ensemble, à la lumière des développements, nous prendrons ensemble la décision la plus sage", a dit le président dans son discours admettant que "la route ne sera pas facile".

Comment en est-on arrivé là?

Pourquoi Chypre a dû accepter d'instaurer une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires? Qui est touché, et comment? Quelques repères sur le plan de sauvetage qui doit être soumis au Parlement lundi.

Chypre s'estime victime de la solidarité européenne, car elle a dû effacer de très importantes dettes grecques. L'opération a coûté 4,5 milliards d'euros aux banques, ce qui en a empêché certaines de respecter de nouvelles normes européennes plus strictes en terme de capitalisation. Deux banques ont appelé le gouvernement à la rescousse, mais l'Etat, trop endetté pour emprunter sur les marchés internationaux, n'a pas pu venir à leur aide, et a dû demander en juin une aide européenne.

L'UE a estimé ne pas avoir les moyens de sauver Chypre sans une contribution des Chypriotes et des résidents étrangers.

Que cela signifie-t-il pour le citoyen lambda?

Tous les titulaires de comptes bancaires verront ceux-ci ponctionnés, quelque soit le nombre de comptes et le nombre de banques dans lesquelles ils sont répartis. Ceux qui ont moins de 100 000 euros en banque seront taxés à hauteur de 6,75% et toutes les sommes supérieures à ce montant seront taxées à 9,9%.

Ce qui signifie que les gens ayant mis de l'argent de côté -les Chypriotes épargnent notamment pour les études de leurs enfants - seront pénalisés. Cela touche aussi les milliers d'expatriés britanniques et russes vivant et travaillant sur l'île.

Est-ce que les comptes courants sont concernés ou seulement les comptes d'épargne?

Il semble que toute personne ayant de l'argent en banque soit taxable.

Chypre est-il toujours un endroit sûr pour placer de l'argent et passer sa retraite?

C'est la première fois que les comptes bancaires sont taxés dans le cadre d'un plan de sauvetage -une décision sans précédent dans l'UE. Chypre garde de nombreux atouts, mais il risque d'être difficile de rester un centre financier attractif après avoir à la fois ponctionné les dépôts bancaires et augmenté l'impôt sur les sociétés qui était un des plus bas d'Europe à 10%, mais va passer à 12,5%.

Quelle est la prochaine étape?

Pour que la taxe bancaire soit appliquée, le Parlement doit ratifier la loi prévoyant cette mesure. Les députés se réunissent lundi pour voter le texte, mais ils sont divisés, et les partis d'opposition ont déjà indiqué rejeter le plan de sauvetage.

A défaut d'accord d'ici la fin du week-end, il est possible que les banques restent fermées mardi (lundi étant férié) par crainte d'un éventuel vent de panique des clients qui entraînerait des retraits en masse.

Est-ce que le gouvernement a le choix?

Le gouvernement dit avoir été mis face à une alternative où il était perdant des deux côtés, les bailleurs de fonds lui proposant un marché à prendre ou à laisser. A défaut d'accepter la taxation des dépôts bancaires, les fonds d'urgence mis à disposition d'une des plus importantes banques de l'île auraient été retirés. Cette banque aurait fermé, et les autres se seraient retrouvées à court de trésorerie voire au bord de l'effondrement.

Rejeter un accord aurait entraîné un effondrement complet de l'économie, avec un risque de sortir de l'euro, a souligné samedi la président Nicos Anastasiades, évoquant une dévaluation de près de 40% en cas de retour à la livre chypriote.

Et si cela ne marche pas, y aura-t-il une nouvelle aide de Bruxelles?

L'objectif de cette pilule particulièrement amère est que Chypre n'ait pas besoin d'un deuxième plan de sauvetage ni de mesures d'austérité plus sévères.

AFP et Belga

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