Taksim: les manifestants à nouveau dispersés au canon à eau

Des syndicalistes manifestent, le 17 juin 2013 à Istanbul
Des syndicalistes manifestent, le 17 juin 2013 à Istanbul - © Marco Longari

Des milliers de manifestants étaient de retour samedi sur la place Taksim à Istanbul pour commémorer l'assaut donné par la police une semaine plus tôt au parc Gezi, jouxtant la place et dernier bastion de la contestation pendant trois semaines. La police est intervenue rapidement.

Après une heure et demie et des sommations appelant les manifestants à évacuer la place, la police est entrée en action samedi en début de soirée, des centaines de membres de la police antiémeute repoussant la foule avec leurs boucliers, appuyés par des canons à eau, a constaté un journaliste de l'AFP.

La police n'a pas en revanche eu recours sur la place à de grenades lacrymogènes, dont l'usage massif contre les manifestants au cours des dernières semaines avait été très critiqué, notamment par les associations de médecins.

Si la place Taksim a vite retrouvé son calme, quelques manifestants se contentant de défier les canons à eau à l'arrêt en accrochant des oeillets sur leurs grillages de protection, des heurts se sont produits dans les rues avoisinantes.

La police a chargé sur l'avenue commerçante Istiklal contre des centaines de jeunes jetant des pierres et des bouteilles sur les forces de l'ordre.

Dans la rue Mis, connue pour ses bars, un groupe d'agents antiémeute a été pris à partie par les consommateurs, qui jetaient des verres et des bouteilles depuis les balcons, et des chaises et des tables depuis les terrasses sur la rue. Il a réussi à quitter les lieux après avoir tiré une grenade lacrymogène.

La police a brièvement roué de coups quelques manifestants, sous les yeux d'un journaliste de l'AFP. Des groupes de jeunes commençaient à ériger des barricades sommaires dans certaines ruelles. Ailleurs, plusieurs hommes en civil et munis de bâtons menaçaient les manifestants, sous les yeux de la police.

Plus tôt dans la soirée...

"Ce n'est que le début, le combat continue" et "c'est en résistant que nous vaincrons", scandaient les manifestants avant la charge des centaines de policiers antiémeutes cernant la place, soutenus par plusieurs blindés.

Les protestataires ont aussi appelé le Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan à la démission, avant de jeter des œillets rouges sur la place et sur les marches menant au parc Gezi, en souvenir des morts, blessés et personnes arrêtées dans la répression policière des manifestations. Au moins quatre personnes ont péri et plus de 7.800 autres ont été blessées, selon l'Union des médecins de Turquie. Des milliers de personnes ont par ailleurs été interpellées, mais la plupart ont été relâchées.

Une cinquantaine de suspects, liés selon les autorités à une organisation d'extrême-gauche clandestine, ont été inculpés pour appartenance à une organisation terroriste et placés en détention préventive vendredi et samedi à Istanbul et Ankara.

Un jeu du chat et de la souris

Sur la place Taksim, les manifestants n'agitaient samedi que des drapeaux turcs et de "Solidarité Taksim", la coordination des associations actives dans le mouvement de protestation, prenant garde de ne pas déployer devant la police les étendards d'organisations proscrites.

Le mouvement de contestation est né le 31 mai dans le parc Gezi quand la police a violemment réprimé quelques centaines de défenseurs de l'environnement qui voulaient s'opposer à l'arrachage des arbres du parc dans le cadre d'un projet d'aménagement voulu par le gouvernement.

La protestation s'est répandue à tout le pays et s'est muée en une contestation de l'autoritarisme supposé de Recep Tayyip Erdogan et de sa volonté perçue d'islamiser la société turque, le parc Gezi se muant en camp retranché des manifestants.

La confrontation avec la police s'est tarie après que celle-ci a investi le parc samedi dernier à grands renforts de gaz lacrymogène et de canons à eau.

Mais les manifestants ont depuis inventé de nouveaux modes pacifiques de contestation, comme celle des "hommes à l'arrêt", protestant de manière silencieuse et immobile, et animent chaque soir des forums de discussion dans de nombreux parcs d'Istanbul.

AFP

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