Taïwan parvient à contenir l'épidémie sans confinement : un modèle pour la prochaine crise ?

Une densité de population élevée, la proximité avec la Chine, et seulement 215 contaminations au coronavirus, et deux décès : le cas de Taïwan est étonnant. La vie suit son cours. Pas de confinement, entreprises, écoles, restaurants, et transports fonctionnent. Seule une université a fermé pour deux cas positifs de coronavirus.

Pour l’institut Montaigne, le cas taïwanais constitue un modèle. Mais pourquoi, comment ce petit pays insulaire échappe-t-il à la pandémie ?

Les leçons de la crise de 2003

La réactivité des autorités taïwanaise s’explique d’abord par le souvenir amer de l’épidémie du Sras en 2003 et de la fièvre porcine en 2009. Taïwan avait été le troisième territoire le plus touché au monde et des leçons avaient été tirées.

Les autorités ont mis au point un plan d’urgence très complet qu’il n’y a eu qu’à activer : des décisions sur les screenings, des quarantaines, la mise en route de lignes de production de masques, etc.

Et ceci très rapidement, dès le 31 décembre 2019 pour les contrôles renforcés sur les passagers en provenance de Wuhan, un centre de commandement général a été activé le 20 janvier.

Méfiance vis-à-vis de la Chine et de l’OMS

L’autre élément, c’est la relation particulière avec la Chine. Taïwan est une démocratie mais reste revendiqué par Pékin. Pour la république populaire de Chine, Taiwan est une province rebelle.

Les autorités taïwanaises ont donc été très méfiantes face aux informations communiquées par la Chine qui l’a entre autres exclu de l’OMS. Taïwan n’est pas même observateur à l’Organisation mondiale de la santé et accuse l’organisation de ne pas avoir prêté attention à ses mises en garde adressées en décembre dernier déjà.

Concrètement, Taipei, méfiant, a imposé des quarantaines dès le mois de janvier à tous les voyageurs en provenance de zones à risques en Chine continentale, Wuhan en tête, et y compris Hong Kong et à présent aussi d’Europe et des Etats-Unis. Taïwan n’est qu’à 200 km des côtes chinoises et un million de Taiwanais habitent en Chine et reviennent régulièrement sur l’île. Chaque année, 60.000 vols relient Taipei au continent chinois.

Pour Jean-Yves Heurtebise, professeur à l’université Fu Jen à Taipei, "Taiwan a été assez réticente par rapport aux avis de l’OMS pensant très vite que l’organisation était trop influencée par la position chinoise. Aujourd’hui cette distance sort renforcée par la manière dont Taiwan a réussi à contenir le virus. Ce n’est pas Taiwan qui devrait faire partie de l’OMS mais l’OMS qui devrait faire partie du système de santé de Taiwan pour mieux gérer les crises épidémiques".

Big data et fermeté

L’Etat place ainsi les arrivants en quarantaine pendant 14 jours et les surveille grâce à son signal téléphonique. Le big data aussi : depuis les 27 janvier, les bases de données de l’immigration sont croisées avec celle des services de santé. Les hôpitaux disposent aussi d’un historique des voyages des patients. Les cas positifs sont interrogés pour savoir qui ils ont pu croiser, et tous ces gens sont mis en quarantaine.

Les médecins assurent un suivi : ils appellent les personnes en quarantaine pour vérifier leur évolution. La quarantaine est aussi contrôlée par l’Etat : toute personne qui brise sa quarantaine peut être poursuivie et risque une amende. Le gouvernement de la ville de Taipei a sanctionné 70 personnes pour violation de la quarantaine avec des amendes dissuasives pouvant atteindre 30.000 euros. Une nouvelle mesure a été prise : un dédommagement financier de 33 dollars par jour pour la quarantaine.

Masques pour tous et confucianisme

Le 24 janvier, le gouvernement aussi prend le contrôle de la production et de la distribution de masques N95, mis en place une centaine de mesures de prévention, des désinfections, d’interdiction des visites aux hôpitaux, de dépistage de fièvre à l’entrée des bâtiments publics…

D’autres éléments ont pu jouer, comme un état très organisé, un bon niveau d’éducation général, un système de soins de santé au point, et du point de vue anthropologique, une discipline qui place les intérêts du groupe au-dessus de ceux de l’individu, propre à l’Asie du sud-est et au confucianisme. Mais pour le magazine Wired, le succès du modèle Taïwanais est plus dû à la démocratie et la transparence qu’aux valeurs du confucianisme.

Les mesures ont aussi été présentées de manières progressive et transparente avec des points presse quotidiens afin d’obtenir l’adhésion de la population.

Mais faut-il croire les chiffres officiels qui affirment de plus que les cas détectés sont surtout importés ? Il est bon de noter que relativement peu de tests ont été pratiqués (22.000 tests sur une population de 23 millions, soit le double de la Belgique).

La méthode a en tout cas permis d’épargner aux Taiwanais un confinement général jusqu’ici.

L’utilisation de technologies de surveillance un peu intrusives pose des questions en matière de démocratie et de droits des individus. Ce modèle de traçage individuel précis a permis d’éviter la crise, en connaissant la quasi-totalité de la chaîne de contamination sur son territoire, une prouesse impossible à réaliser en Europe, relève Jean-Yves Heurtebise, qui oppose le modèle taïwanais au modèle chinois de confinement qui protège ceux qui sont à l’extérieur mais condamne un peu ceux qui sont à l’intérieur.


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