Syrte: face à Daesh, reconstruis-toi toute seule, ma sœur

Il y a deux ans, le 8 juin 2016, les troupes de la ville voisine de Misrata lançaient l’assaut contre le groupe terroriste État islamique qui avait fait de Syrte son califat en Libye. Six mois de guerre pour récupérer cette ville méditerranéenne. Des combats acharnés, rue par rue, aidés par les frappes aériennes notamment américaines, contre les kamikazes de l’EI.

Un an et demi après la fin de la guerre, le drapeau noir a été remplacé par le drapeau libyen, mais il manque de tout, à Syrte. Le centre-ville, principalement composé de quartiers d’habitations, est détruit. Les cadavres des morts durant les combats pourrissent toujours dans les décombres. 

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Parmi les lueurs d’espoir, l’université a rouvert il y a quelques mois. Un bâtiment sur deux est encore miné. Mais le doyen veut voir les côtés positifs : "C’est sûr qu’on ne peut pas dire qu’on fonctionne encore à 100 % mais au moins, on a pu rouvrir l’université". La vice-maire Haniya Salem Abukhirais tamise : "Nous avons besoin d’aide ! Trois-mille familles n’ont plus de toit. La guerre pour chasser l’État islamique était nécessaire, mais, aujourd’hui, tout est démoli et personne ne nous tend la main. Comme le pays a deux gouvernements, le résultat, c’est que nous n’avons plus d’interlocuteurs".

Si les étudiants ne sont pas encore revenus en nombre, c’est parce qu’ils ont eux aussi perdu leur maison. Ils louent des appartements très loin de Syrte. Des vies figées dans l’attente de réunir l’argent nécessaire pour rebâtir sa maison et revenir enfin chez soi.

L’ombre de Daesh plane encore

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Les cadavres des morts durant les combats pourrissent toujours dans les décombres.  © Maurine MERCIER

Lorsque la guerre a éclaté, bon nombre de combattants de Daesh ont fui dans le désert. "On est terrorisés à l’idée qu’ils reviennent", raconte Laila. "Beaucoup de gens affirment qu’ils attendent juste le bon moment pour pouvoir reprendre le contrôle de la ville. Certains membres de Daesh sont ici, en ville. On en connait même certains ! Ils ont rasé leur barbe."

Les attaques des combattants de Daesh sur la route qui mènent à Syrte sont fréquentes. Si les habitants ne prennent pas tous le risque de revenir, c’est aussi pour des questions de sécurité. Les combattants de l’État islamique se sont repliés dans le désert, à quelques kilomètres seulement.

Quand le désespoir se transforme en colère

Dans les décombres, des jeunes hommes montrent ce qu’il reste de leur maison, dans un silence pesant. Ils ont dû prendre les armes pour libérer leur ville. Aujourd’hui, ils doivent tenter de la rebâtir. L’argent manque. Le découragement se transforme en colère.

"Nous avons été obligés de nous battre contre des terroristes qui ne menacent pas que nous, mais le monde entier ! Je n’ai jamais voulu faire la guerre, j’y ai été obligé. L'Europe n’est venue nous aider qu’à la fin de la guerre, vous avez bombardés pour vous protéger vous ! Puis vous êtes partis", lance Ahmed, 33 ans.

En octobre 2017, le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson a déclaré que les entrepreneurs du Royaume-Uni se réjouissaient de venir faire de Syrte un nouveau Dubaï, avant de ricaner en ajoutant : "Avant cela, il faudrait que la ville se débarrasse de tous ces cadavres".

Les habitants de Syrte –  écœurés – se sentent abandonnés. Si la communauté internationale se décide à les aider, les habitants préviennent : "Il faut des matériaux, des médicaments, de l’aide concrète, mais surtout pas d’argent". Après la révolution de 2011, Syrte avait reçu une aide financière. Déjà, la ville avait été touchée par les combats. Cet argent a fini entre les mains l’État islamique lorsque celui-ci s’est ensuite emparé de la ville. Cet argent s’est retourné contre les habitants. Ils ne veulent pas que le scénario se répète.

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