Syrie: situation confuse à Alep, des observateurs ONU pris pour cible

Syrie: situation confuse à Alep, démission d'un haut diplomate à Londres
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Syrie: situation confuse à Alep, démission d'un haut diplomate à Londres - © Tous droits réservés

L'armée syrienne affirmait avoir repris lundi le contrôle d'une partie du principal bastion rebelle à Alep; information démentie par la rébellion. Un convoi transportant des observateurs de l'ONU dont leur chef, le général Babacar Gaye, a été la cible d'une attaque dimanche, a indiqué lundi le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Un porte-parole de l'ONU a précisé que le convoi avait été touché par des tirs à l'arme légère, et non par des chars comme entendu précédemment par les journalistes. "Heureusement, personne n'a été blessé dans ces attaques", avait indiqué M. Ban lors d'un point de presse.

Démission du plus haut diplomate syrien à Londres

Toujours ce lundi, on apprenait la démission du chargé d'affaires syrien à Londres, Khaled al-Ayoubi, plus haut diplomate de ce pays au Royaume-Uni, en signe de protestation contre la répression menée par le régime de Bachar al-Assad.

"Le chargé d'affaires syrien, M. Khaled al-Ayoubi, a informé aujourd'hui le ministère des Affaires étrangères qu'il avait quitté son poste à l'ambassade de Syrie à Londres", indique ce lundi le Foreign Office (le ministère britannique des Affaires étrangères) dans un communiqué.

"M. al-Ayoubi nous a dit qu'il ne voulait plus représenter un régime qui a commis des actes de répression aussi violents contre son propre peuple et qu'il ne pouvait donc pas poursuivre ses fonctions".

"Son départ est un autre coup porté au régime de Assad. Il illustre la révulsion et le désespoir qu'inspirent les actes du régime aux Syriens de tous horizons, à l'intérieur et à l'extérieur du pays", ajoute le communiqué.

Cette démission survient après plusieurs défections de personnalités du régime, notamment celles en juillet de trois chefs de missions diplomatiques, à Bagdad, aux Emirats arabes unis et au sultanat d'Oman.

La France demandera une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU ce vendredi

"Puisque la France prend la présidence du Conseil de sécurité des Nations-unies au 1er août, nous allons donc demander avant la fin de cette semaine la réunion du Conseil de sécurité, probablement au niveau ministériel à la fois pour essayer d'arrêter les massacres et pour préparer la transition politique", a déclaré ce lundi matin, le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, sur les ondes de la radio française RTL. Ce dernier devrait lui-même présider une telle réunion d'urgence, convoquée pour faire cesser les massacres. "On ne peut plus dire que c'est une affaire intérieure", a-t-il ajouté. Le chef de la diplomatie française est d'avis de tout tenter face à la Chine et à la Russie, qui s'opposent toujours à des résolutions contraignantes envers la Syrie. A ce propos, il compte les mettre en garde contre un extension du conflit aux régions voisines.

Laurent Fabius a, dans le même entretien, à nouveau écarté toute livraison d'armes aux rebelles par les Occidentaux: "Il y a des armes qui leur sont livrées, d'après les informations qu'on a, à la fois par le Qatar, l'Arabie Saoudite, probablement d'autres (...). Mais pas nous", a-t-il indiqué.

Les rebelles ont ouvert une voie entre Alep et la Turquie

Il a ajouté craindre un massacre à Alep, où les combats restent violents. Les rebelles et les forces armées syriennes revendiquent tous deux des avancées, qu"il est impossible de vérifier.

L'Armée libre syrienne (ASL,) affirmait ce lundi avoir pris un important poste de contrôle à Anadan, ce qui lui permet de relier cette ville à la frontière turque, située à environ 45 km, selon un journaliste de l'AFP. "Le poste de contrôle d'Anadan, à cinq km au nord-ouest d'Alep, a été pris à 5H00 (02H00 GMT) après dix heures de combats", a affirmé sur place le général rebelle Ferzat Abdel Nasser. Six soldats auraient été tués et 25 faits prisonniers, a indiqué le général selon lequel les rebelles ont perdu quatre hommes.

Pendant ce temps, les combats continuent à Alep ce lundi, troisième jour de l’offensive menée par les troupes régulières contre les positions des rebelles dans la deuxième ville du pays. Des témoins affirment que les troupes syriennes bombardaient à l'artillerie lourde et par hélicoptères les quartiers rebelles, dont Salaheddine et Sakhour et Al-Zahira, en proie à des combats violents. L’Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) avait affirmé que "les soldats avaient encerclé plusieurs zones tenues par les rebelles" pour les isoler et les empêcher de recevoir des renforts.

"L'armée a pris le contrôle d'une partie du quartier de Salaheddine et poursuit son offensive", affirmait une source de sécurité à Damas ce lundi matin. Cette information a été démentie par le chef du Conseil militaire rebelle d'Alep, Abdel Jabbar el-Oqaidi.  "Nous avons repoussé un nouvel assaut contre Salaheddine dans la nuit, et nous avons détruit quatre chars", a-t-il ajouté. Abdel Jabbar el-Oqaidi avait appelé la veille l'Occident à instaurer une zone d'exclusion aérienne au-dessus du Nord de la Syrie et accusé le régime de préparer "un massacre" à Alep.

Pilonnage de quartiers à Homs et à Rastane

Les bombardements par hélicoptères et à l'artillerie lourde dans cette ville de 2,5 millions d'habitants et ses environs ont jeté sur les routes ces deux derniers jours quelque 200.000 personnes, selon la responsable des opérations humanitaires de l'ONU, Valerie Amos, qui a demandé que les organisations de secours puissent "accéder en sécurité" à Alep. Le médiateur international pour la Syrie Kofi Annan s'est dit inquiet face à "la concentration de troupes et d'armes lourdes autour d'Alep", appelant les belligérants à trouver une issue pacifique.

Par ailleurs, d’après le chef des observateurs de l'ONU en Syrie, le lieutenant Babacar Gaye, "un pilonnage intense" et des dégâts sont observables dans les villes de Homs et de Rastane, dans le centre du pays. "Durant ma visite à Homs, j'ai pu constater personnellement un pilonnage intense d'artillerie et (d'obus) de mortier", a indiqué le lieutenant Gaye à la presse à Damas. "C'était un pilonnage continu des quartiers" de la troisième ville de Syrie. "Je suis très inquiet de la violence qui se poursuit. Et nous devons reconnaître que la violence est le fait des deux parties", a souligné le chef des observateurs.

Appel du Vatican à l'arrêt des violences

L'émissaire du pape à Damas a demandé lundi les responsables religieux syriens à lancer un appel à la fin de la violence, mettant en garde contre le "cancer du conflit" qui se propage à travers le pays. "Avec le poids de votre autorité morale, unissez-vous et lancez au nom de Dieu un avertissement unanime et sévère à toutes les parties au conflit pour que cessent la violence et la répression", a déclaré l'archevêque Mario Zenari sur Radio Vatican.

Dimanche, le pape Benoît XVI avait lancé en personne un appel à l'arrêt immédiat de l'effusion de sang en Syrie, tout en demandant à la communauté internationale de tout faire pour aider au règlement du conflit.

W.F. et Ju. Vl. avec agences

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