Syrie: rencontre avec ces civils qui fuient la Ghouta orientale

Des centaines de civils continuent de fuir la Ghouta orientale. Notre envoyé spécial Nicolas Feldmann a rencontré plusieurs d'entre eux au point de passage de Wafidine, le seul couloir contrôlé par l'armée syrienne et épaulé par les forces russes, pour sortir de la grande ville de Douma. Selon la règle pour la majorité des journalistes étrangers, le reportage a été tourné en présence d’un employé du ministère de l’information syrien.

Les visages sont fermés, marqués par cinq ans de siège et ponctués par d’intenses semaines de bombardements. Des dizaines de civils marchent en file: ce sont leurs premiers pas hors de la Ghouta orientale.

Akram avance difficilement avec ses béquilles, entouré de sa femme et de ses 4 enfants. "Ça fait 2 semaines que je me suis enregistré à la frontière auprès du Croissant-rouge arabe syrien. Grâce à Dieu, mardi, ils m’ont dit que je pouvais sortir. Puis, ils m’ont dit demain et ils ont reporté encore un autre jour. Ce matin, j'ai enfin pu sortir, je suis venu à 7h au Croissant-rouge et j'ai attendu près d'un arbre." 

Pour Akram, les souffrances de ces dernières semaines sont à mettre sur le compte des groupes rebelles de la Ghouta. Sous les yeux d'un soldat syrien, il les désigne par le terme "terroriste", même termes utilisés par le régime. 

"Ça fait longtemps qu’on veut sortir, mais les terroristes nous empêchaient de partir. En plus de ça, ils nous traitaient comme des chiens. Pour avoir un plat de nourriture, c’était vraiment compliqué, on devait envoyer nos femmes. Ils nous ont vraiment maltraité."

Les restes de toute une vie

Dans la cour d'école, où sont accueillis les déplacés, s’entassent les restes de toute une vie, comme des sacs et des valises. Armes russes à l’épaule, les soldats de l’armée syrienne distribuent de l'eau et des barres de chocolat aux civils, avant de les diriger vers l’intérieur du bâtiment.

"Ce que vous transportez vous le laissez au contrôle, vos affaires personnelles, votre argent, l’or. Les documents importants, vous les gardez avec vous", explique un homme présent sur place.  

A côté de cela, dans des salles de classes désaffectées, des dizaines de personnes attendent d’être auscultées par le Croissant-rouge.

Nahida déshabille sa petite fille. Le corps de Dalin, 1 an, est recouvert de plaques rouges.

"L’abri dans lequel on vivait, c’était une boulangerie: c’était sale, infesté de rats, on était plongé dans l’obscurité, il n’y avait pas la lumière du soleil. On est resté dans ces conditions pendant 3 mois. Ma plus grande fille en a eu des cheveux blancs tellement elle avait peur", explique t-elle. 

La peur au ventre

D’autres blessures sont, elles, invisibles. A l’évocation de ces dernières semaines, Sra, 10 ans, se fige: "Les bombes sont tombées très proches de nous." Les yeux de la petite fille se perdent au loin, avant de s’emplir de larmes.

Nahida précise que "maintenant quand elle entend une voix ou un bruit un peu fort, ou un avion, elle court vers moi et crie 'maman maman, maman'. Elle vient dans mes bras, elle a peur."

Pour ces civils, la sortie de la Ghouta n’est qu’une première étape sur la route de l’exil. Ils seront ensuite dirigés vers des camps de déplacés. Et seuls les femmes et les enfants capables de prouver qu’un proche peut les accueillir pourront quitter le camp.

Ici, des femmes font la queue, munies d'un ticket fournis par les autorités syriennes pour récupérer quelques habits. Dans leur exil, la plupart des familles ne sont parties qu'avec une simple valise.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK