Syrie: les USA prêts à frapper mais Obama veut le feu vert du Congrès

Les USA sont prêts à frapper le régime de Bachar al-Assad mais Barack Obama veut le feu vert du Congrès
5 images
Les USA sont prêts à frapper le régime de Bachar al-Assad mais Barack Obama veut le feu vert du Congrès - © FRANCK FIFE

Barack Obama a déclaré samedi qu'il avait pris la décision de principe de frappes contre le régime syrien mais qu'il demandera au Congrès de donner son feu vert à une telle opération, éloignant la perspective d'une intervention américaine à court terme.

"J'ai décidé que les Etats-Unis devraient agir militairement contre des cibles du régime syrien" pour le punir d'avoir utilisé ses armes chimiques contre des civils, et le pays est "prêt à frapper quand nous le choisirons", a affirmé le président américain dans une intervention solennelle depuis la Maison Blanche.

Mais "je vais demander l'autorisation des représentants des Américains au Congrès pour un usage de la force", a ajouté M. Obama, en exhortant les élus à soutenir cette demande au nom de la "sécurité nationale" des Etats-Unis.

Le Congrès est en vacances jusqu'au 9 septembre, ce qui éloigne la perspective d'une action militaire américaine imminente contre le régime de Bachar al-Assad.

M. Obama a semblé indiquer que le Congrès ne serait pas rappelé en session extraordinaire, expliquant qu'il s'était entretenu avec les chefs de file parlementaires et que ces derniers étaient "d'accord pour mettre un débat et un vote à l'ordre du jour dès que le Congrès aura recommencé à siéger".

Peu de présidents des Etats-Unis se sont volontairement soumis à l'aval du Congrès pour déclencher des interventions militaires à l'étranger, a fortiori pour des frappes ponctuelles.

Historiquement, la Constitution américaine donne au Congrès le pouvoir de "déclarer la guerre" , mais la dernière fois qu'une telle déclaration formelle a été votée date de la Seconde guerre mondiale.

En pratique, les présidents américains ont évité le terme et lancé unilatéralement des opérations militaires ou des invasions terrestres des dizaines de fois, au nom de leur autorité constitutionnelle de commandant en chef.

La Syrie s'attend à une attaque "à tout moment", la Russie veut des preuves

"Nous nous attendons à une agression à tout moment et nous sommes prêts à riposter également à tout moment", a souligné un haut responsable syrien, alors que les experts de l'ONU chargés d'enquêter sur les allégations d'attaques chimiques ont quitté la Syrie samedi matin. "Nous allons défendre notre peuple et notre patrie avec toutes nos capacités", a-t-il ajouté, affirmant que "cette agression (occidentale) non justifiée ne (passerait) pas sans une riposte".

"L'opinion publique est contre" les Etats-Unis et les pays occidentaux qui veulent mener une attaque militaire contre la Syrie, a-t-il poursuivi. Les partisans de frappes étrangères défendent "une mauvaise cause, qui n'a rien à voir ni avec la morale, ni le droit international. Il s'agit d'une agression internationale non justifiée", a poursuivi cette source.

"Ce que l'administration américaine a qualifié de preuves irréfutables (...) n'est rien de plus que d'anciennes histoires diffusées par les terroristes (ndlr: les rebelles) depuis plus d'une semaine, avec tout ce qu'elles comportent de mensonges, de fabrications et d'histoires montées de toutes pièces", a par ailleurs déclaré le ministère dans un communiqué lu à la télévision officielle syrienne.

Les observateurs de l'ONU arrivés aux Pays-Bas

Les enquêteurs de l'ONU sur les armes chimiques sont arrivés samedi en fin d'après-midi aux Pays-Bas, où siège l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), a-t-on appris auprès de l'OIAC.

"L'avion a atterri à l'aéroport de Rotterdam vers 17h00" (15h00 GMT), a indiqué à l'AFP Michael Luhan, le porte-parole de l'OIAC.

"Une voiture doit emporter les échantillons vers le laboratoire et d'autres véhicules (doivent emmener, nldr) les enquêteurs vers les bâtiments de l'OIAC", à La Haye, a-t-il ajouté.

L'équipe des enquêteurs avait quitté le Liban dans la matinée et embarqué à bord d'un avion affrété par le gouvernement allemand.

"Les échantillons doivent être envoyés dans une demi-douzaine de laboratoires à travers le monde, dans des pays qui ne sont pas impliqués politiquement", a expliqué M. Luhan.

L'OIAC, organe exécutif de la Convention sur les armes chimiques conclue sous l'égide de l'ONU, est chargée de veiller au respect de cette convention, qui prévoit la destruction de ce type d'armes.

Les "preuves" américaines, "des mensonges"

Le ministère des Affaires étrangères s'est dit "étonné" par le fait "qu'une superpuissance trompe son opinion publique de cette manière naïve en s'appuyant sur des preuves inexistantes".

Le ministère "s'étonne de même que les États-Unis fondent leurs positions de guerre et de paix sur ce qui est diffusé sur des réseaux sociaux et des sites internet", poursuit le communiqué.

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, ainsi que le président Barack Obama, se sont exprimés hier. Les Etats-Unis, disent-ils, se doivent de réagir aux attaques chimiques attribuées au régime syrien, et dont les preuves présumées ont été divulguées dans un document déclassifié des services de renseignements américains (voir ci-contre).

Par ailleurs, des images de drones américains survolant la frontière turco-syrienne ont été diffusées samedi. Aucune information n'était cependant disponible quant à savoir si ces survols faisaient partie d'un exercice de routine, ou d'une préparation à une attaque. Regardez les images:

Selon l'Iran, les rebelles possèdent des armes chimiques

Le chef d'une délégation parlementaire iranienne, Allaeddine Boroujerdi, en visite à Damas, a affirmé samedi que l'Iran "avait informé officiellement les Etats-Unis" en 2012 que les groupes rebelles syriens avaient en leur possession des armes chimiques, a rapporté l'agence officielle Irna.

"L'année dernière, nous avons officiellement informé les Etats-Unis que, selon nos informations, les groupes terroristes (en Syrie, ndlr) possédaient des armes chimiques, mais malheureusement les Etats-Unis n'ont pas tenu compte de cet avertissement", a déclaré M. Boroujerdi, président de la Commission des Affaires étrangères du parlement, qui s'est rendu samedi matin à Damas à la tête d'une délégation parlementaire.

Les Etats-Unis ont rompu leurs relations diplomatiques avec l'Iran en 1980, après la prise en otage des diplomates de l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran et les relations entre les deux pays restent très tendues à cause du programme nucléaire iranien.

M. Boroujerdi, qui a fait cette déclaration après avoir rencontré le président du parlement syrien, doit aussi rencontrer le chef d'Etat, Bachar al-Assad.

Visite de parlementaire iraniens en Syrie et au Liban

Des officiels iraniens font une visite dans lé région. "L'objectif de cette visite est d'examiner la situation en Syrie, condamner l'utilisation d'armes chimiques par les groupes terroristes et insister sur la nécessité de trouver une solution politique à la crise syrienne", a déclaré Hossein Cheikholislam, cité par le site du parlement iranien. Selon un autre responsable parlement, la délégation de trois membres dirigée par Allaeddine Boroujerdi, le président de la Commission des Affaires étrangères du parlement, doit rencontrer le président syrien Bachar al-Assad.

L'Iran, principal allié régional de Damas, a multiplié ces derniers jours les mises en garde contre toute action militaire contre la Syrie évoquée par les Etats-Unis, la France et la Turquie. Vendredi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, s'est entretenu au téléphone avec l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, pour "mettre en garde contre toute aventurisme qui aura des conséquences graves" pour toute la région, selon des médias iraniens.

Javad Zarif a également appelé une douzaine de ministres des Affaires étrangères de pays européens (France, Italie, Autriche, Portugal, entre autres) et arabes (dont le Koweït et la Jordanie) pour "condamner l'utilisation d'armes chimiques" en Syrie et "critiquer les tentatives guerrières (des Etats-Unis et leurs alliés, ndlr), et s'inquiéter des conséquences de toute action militaire dans la région", toujours selon des médias.

Le président russe Vladimir Poutine a, pour sa part, demandé samedi aux Etats-Unis de fournir la preuve que le régime syrien avait utilisé des armes chimiques. "Concernant la position de nos amis américains, qui affirment que les troupes gouvernementales (syriennes) ont utilisé (...) des armes chimiques et disent avoir des preuves, hé bien, qu'ils les montrent aux enquêteurs des Nations unies et au Conseil de sécurité", a-t-il dit à des journalistes. "S'ils ne le font pas, cela veut dire qu'il n'y en a pas", a-t-il ajouté.

Angela Merkel critique la Chine et la Russie

Au lendemain de la déclaration américaine, la chancelière allemande Angela Merkel a fustigé l'attitude de la Russie et de la Chine dans la crise syrienne, leur reprochant d'affaiblir le pouvoir de l'ONU, dans un entretien.

"Il est très regrettable que la Russie et la Chine refusent depuis un certain temps une position commune sur le conflit syrien. Cela affaiblit considérablement le rôle des Nations Unies actuellement", a déclaré la dirigeante allemande, dans un entretien au quotidien régional allemand Augsburger Allgemeine. La Russie et la Chine, qui font partie avec les USA, la France et le Royaume-Uni des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, ont bloqué à plusieurs reprises des projets de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant le régime de Bachar al-Assad. "L'Allemagne ne peut participer à une intervention militaire qu'avec un mandat des Nations Unies, de l'Otan ou de l'UE. Par conséquent, la question d'une participation de la Bundeswehr ne se pose pas maintenant", a ajouté la chancelière.

Les ministres des Affaires étrangères arabes se réuniront dimanche

Le numéro deux de l'institution panarabe, Ahmed Ben Helli, a précisé samedi que cette réunion prévue mardi avait été avancée à dimanche, à la demande de plusieurs Etats arabes, en raison des développements sur le dossier syrien.

Mardi, les délégués permanents auprès de la Ligue arabe avaient fait porter au régime syrien "l'entière responsabilité" de l'attaque chimique présumée près de Damas le 21 août, qui a déclenché un tollé international et poussé plusieurs Etats à envisager des frappes en Syrie.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a d'ailleurs cité vendredi l'organisation panarabe parmi les alliés possibles pour une telle action armée, alors que de nombreux pays, dont trois grandes membres du Conseil de sécurité de l'ONU -Grande-Bretagne, Chine et Russie- y sont opposés. Or, des pays influents de la Ligue arabe, comme l'Egypte, l'Algérie, l'Irak, le Liban ou la Tunisie, se sont dits contre une intervention militaire étrangère.

Une ONG syrienne parle de 500 morts dans l'attaque chimique

Plus de 500 personnes, dont 80 enfants, ont été tuées dans l'attaque présumée aux armes chimiques du 21 août près de Damas, a indiqué samedi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), en évoquant un bilan encore provisoire.

Jusqu'à samedi, "l'OSDH a recensé 502 morts, dont 80 enfants, 137 femmes et des dizaines de rebelles, dans le massacre perpétré par le régime syrien dans les villages de la Ghouta orientale et occidentale" près de Damas. Un rapport des services de renseignements américains sur une implication de l'armée syrienne dans cette même attaque a fait état, lui, de la mort de 1429 personnes, dont 426 enfants.

Les réfugiés affluent au Liban

Pendant ce temps, ceux qui en ont la possibilité fuient Damas. L'exode n'est pas massif, car seuls ceux qui ont un moyen de transport et de l'argent prennent la route vers le Liban, mais c'est un afflux régulier de voitures surchargées, passagers hagards et coffres ouverts débordant de sacs et de valises.

Abou Malek, 31 ans, cadre dans une usine d'aluminium près de Damas, a entassé toute sa famille dans sa berline coréenne flambant neuve. "Je vais louer une maison près d'Anjar (dans la plaine de la Bekaa libanaise) et nous allons attendre que les choses se calment", dit-il, sortant les bras chargés d'un carton de provisions du local d'une ONG qatarie qui accueille les réfugiés syriens à 300 mètres du poste-frontière. "Les gens sont terrifiés, ceux qui le peuvent partent. Mais beaucoup ne le peuvent pas", ajoute-t-il.

La menace de frappes imminentes sur des objectif de l'armée syrienne à Damas et dans ses alentours est venue s'ajouter à des mois de violences pour persuader ceux qui le pouvaient de chercher refuge au Liban.

Depuis près d'un an, l'ONG qatarie Al Asmah, financée par de riches familles de l'émirat, a installé dans deux préfabriqués un centre d'accueil pour les réfugiés syriens. Ils y trouvent des cartons de nourriture et des objets de première nécessité, et une pièce d'identité syrienne suffit pour que personne ne pose de question. "Au cours des derniers jours, depuis les menaces américaines, le nombre de famille que nous voyons passer a doublé", explique le directeur de l'opération, Omar Mohammad Koeis. "Nous servons désormais entre 60 et 70 familles par jour".

Si quelques bus des lignes régulières continuent de faire la navette avec la grande ville libanaise voisine de Chtaura, c'est surtout à bord de voitures particulières que les Syriens prennent la route. Tous ceux à qui des journalistes de l'AFP ont pu parler samedi matin venaient de Damas ou de sa région.

Sur un parking voisin, Amer Abed, un chômeur de 27 ans venu de la banlieue de Damas, vide le coffre surchargé d'une vieille Mercedes dans une petite camionnette. De la berline sortent des femmes au regards las, tenant dans leurs bras des enfants en bas âge aux grands yeux étonnés. "Moi, je souhaite ces frappes américaines", lance-t-il à des journalistes étrangers. "Vous les journalistes, et le monde entier, regardent notre pays en flammes, sans rien faire. La haine s'est emparée de nos cœurs. Je souhaite ces frappes parce que si les Américains nous attaquent et nous tuent pour de bon, les Arabes vont peut-être enfin s'unir pour nous défendre".

La droite française se démarque de François Hollande

La droite française se démarque désormais clairement de François Hollande sur la crise syrienne, en mettant en garde le président socialiste contre toute décision hâtive d'intervenir militairement au côté des Américains.

L'ex-Premier ministre François Fillon et le président de l'UMP Jean-François Copé ont tiré la sonnette d'alarme à 24 heures d'intervalle devant les risques d'une action militaire contre le régime du président Bachar al-Assad, que Paris, comme Washington, tient pour seul responsable de l'attaque chimique.

Trois jours après avoir approuvé l'attitude de François Hollande dans le dossier syrien - il l'avait trouvé mercredi "juste sur la forme comme sur le fond" - Jean-François Copé a nettement pris ses distances, alors que, selon un sondage BVA, 64% des Français sont hostiles à une intervention armée.

Insistant sur le fait que "la France doit conserver sa totale liberté d'initiative" vis-à-vis des Américains, M. Copé lui a demandé samedi d'"attendre les conclusions des inspecteurs de l'ONU" avant de passer à l'action militaire. "Le syndrome irakien est présent dans tous les esprits", a fait valoir le numéro un de l'UMP.

Pour M. Copé, si la responsabilité de Damas était avérée, on ne pourrait cependant "laisser impuni le gazage d'innocents, de femmes et d'enfants". Il a déploré ne pas avoir les "informations nécessaires", François Hollande ayant selon lui "refusé obstinément de recevoir" les chefs de parti.

RTBF, avec agences

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK