Kobané: le QG des forces kurdes tombe aux mains des jihadistes

Staffan de Mistura, envoyé spécial de l'ONU en Syrie, montre une carte de Kobané, la ville kurde située sous la frontière turque et assiégée par les jihadistes du groupe EI
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Staffan de Mistura, envoyé spécial de l'ONU en Syrie, montre une carte de Kobané, la ville kurde située sous la frontière turque et assiégée par les jihadistes du groupe EI - © FABRICE COFFRINI

Les jihadistes de l'organisation terroriste Etat islamique (EI) se sont emparés vendredi du quartier général des forces kurdes à Kobané, dans le nord de la ville syrienne kurde frontalière de la Turquie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Washington tente de pousser Ankara à intervenir, alors que les combattants extrémistes contrôlent près de 40% de la ville.

"Les jihadistes ont pris le contrôle du 'carré de sécurité' à Kobané" qui comprend le complexe militaire des Unités de protection du peuple (YPG, principale milice kurde syrienne), la base des Assayech (forces de sécurité kurde) et le siège du conseil local de la ville, d'après l'ONG. Entré lundi dans la ville, "l'EI contrôle en désormais 40%", après avoir pris l'est de Kobané (Aïn al-Arab en langue arabe), et continue d'avancer de l'ouest et du sud, selon l'ONG.

"La prise du QG permettra aux jihadistes de progresser vers le poste-frontière avec la Turquie dans le nord de la ville, et s'ils y parviennent, ils assiégeront les forces kurdes dans Kobané", a expliqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.

Combat déséquilibré

Le combat est totalement déséquilibré, les jihadistes étant supérieurs en nombre et en armes et avançant malgré les frappes menées contre eux par la coalition dirigée par Washington. "La coalition a détruit des véhicules et des positions de l'EI mais n'a pas entravé leur approvisionnement en armes à partir de leurs bastions dans les provinces de Raqa et d'Alep (nord)", d'après Rami Abdel Rahmane.

Selon une journaliste de l'AFP, le bruit des armes automatiques et des obus de mortier était audible depuis la frontière turque et d'épaisses fumées visibles au-dessus du sud-ouest de la ville.

'A moto pour éviter les frappes'

Pour s'adapter aux frappes lancées le 23 septembre en Syrie par les Etats-Unis et leurs alliés arabes, les jihadistes ne se déplacent plus en convoi, et "transportent des munitions vers Kobané sur des motos", selon Rami Abdel Rahmane, dont l'organisation s'appuie sur un large réseau d'informateurs et de militants en Syrie ravagée par la guerre civile.

Depuis le début de l'offensive jihadiste dans la région le 16 septembre, près de 500 personnes en majorité des combattants ont péri selon l'OSDH, et quelque 70 villages sont tombés aux mains de l'organisation EI. En outre 300 000 habitants ont pris la fuite, dont plus de 200 000 en Turquie.

Profitant de la guerre civile qui ravage la Syrie depuis plus de trois ans, le puissant groupe extrémiste, fort de dizaines de milliers d'hommes et responsable d'atrocités, a réussi à s'emparer de larges pans de territoires dans le nord et l'est du pays.

Il contrôle en outre de grandes zones dans l'Irak voisin, où il a lancé une offensive fulgurante il y a quatre mois, entraînant des raids aériens des États-Unis et de leurs alliés occidentaux depuis le 8 août.

Une équipe américaine bientôt à Ankara

Les États-Unis, qui ont intensifié leurs frappes ces derniers jours près et dans Kobané, ont reconnu que celles-ci ne suffisaient pas pour sauver Kobané et tentent de presser la Turquie de s'impliquer davantage dans la lutte contre l'EI qui menace sa frontière.

La bataille de Kobané a suscité des violences depuis lundi en Turquie notamment dans les provinces à majorité kurde, faisant plus de 30 morts, après le refus d'Ankara d'intervenir contre EI en Syrie.

Malgré le feu vert du Parlement pour une opération militaire contre le groupe, le gouvernement turc rechigne à envoyer des troupes seul pour combattre les jihadistes. "Des mesures urgentes et rapides sont nécessaires pour stopper les capacités militaires de l'EI", a néanmoins indiqué le département d'Etat en précisant que le général John Allen, qui coordonne la coalition internationale, le dira "clairement" aux responsables turcs.

Une équipe militaire américaine se rendra à Ankara la semaine prochaine pour des discussions avec des responsables militaires de la Turquie.

Ankara a fait de la création d'une zone tampon, visant à protéger les secteurs tenus par la rébellion modérée contre le régime syrien et les populations fuyant la guerre, une condition de sa participation aux opérations antijihadistes.

Mais cette proposition, soutenue par la France, ne suscite guère l'enthousiasme de la Maison Blanche et de l'Otan.

AFP et Belga

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