Syrie: les forces kurdes résistent aux soldats turcs, les civils fuient

Des civils arrivent à Tall Tamr, dans le nord-ouest de la Syrie, après avoir fui les bombardements turcs sur le nord-est du pays, le 10 octobre 2019
Des civils arrivent à Tall Tamr, dans le nord-ouest de la Syrie, après avoir fui les bombardements turcs sur le nord-est du pays, le 10 octobre 2019 - © Delil SOULEIMAN

Les forces turques et leurs alliés tentent vendredi de progresser dans le nord de la Syrie mais font face à une farouche résistance des combattants kurdes, au troisième jour d'une offensive ayant provoqué un exode de civils.

Voisine de la Syrie en guerre, la Turquie a lancé mercredi une opération militaire, impliquant des forces aériennes et terrestres, contre une milice kurde syrienne qu'elle considère comme "un groupe terroriste" et qu'elle cherche à éloigner de sa frontière.

L'offensive a suscité un tollé international, plusieurs pays, notamment européens, s'inquiétant du sort des civils mais aussi des nombreux jihadistes détenus par les forces kurdes, qui contrôlent de vastes régions dans le nord syrien, et qui pourraient s'enfuir.

Selon un dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 41 combattants kurdes et 17 civils ont été tués dans l'assaut depuis mercredi. Ankara a annoncé la mort d'un de ses soldats dans les combats et de huit civils, dont un bébé et une fillette, dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie.

De violents combats continuent d'opposer les Forces démocratiques syriennes (FDS) -une coalition de combattants arabes et kurdes- aux troupes turques et leurs supplétifs syriens, a ajouté l'OSDH.

Les affrontements se concentrent dans une bande de 120 km, le long de la frontière syro-turque. "Il y a d'intenses combats (...) sur plusieurs fronts, principalement de Tal Abyad à Ras al-Aïn", villes frontalières, d'après la même source.

Tunnels et tranchées

Les FDS, qui utilisent des tunnels et des tranchées pour se défendre, luttent pour freiner l'avancée des forces turques, qui ont pris le contrôle jeudi de 11 villages, dont deux ont été depuis repris par les forces kurdes, a poursuivi l'ONG syrienne.

Les forces turques et leurs alliés ont recours à des frappes aériennes, à l'artillerie lourde et à des tirs de roquettes, selon l'OSDH.

Les villes de Tal Abyad et Ras al-Aïn, presque entièrement désertées par leurs habitants, sont les plus touchées, selon un centre de presse affilié aux autorités kurdes locales.

Certaines tribus arabes ont rejoint les rangs des forces turques et mené des attaques à l'intérieur des lignes kurdes en activant des cellules dormantes, selon la même source.

L'ONU estime que 70.000 personnes ont fui les combats en direction de l'est, vers la ville syrienne de Hassaké, une ville épargnée par les combats.

"Que veut de nous Erdogan? (...) C'est juste parce que nous sommes kurdes?", demande une femme qui a trouvé refuge avec sa famille dans une école de Hassaké.

Médecins sans frontières (MSF) a indiqué avoir été contraint de fermer un hôpital que l'ONG soutenait à Tal Abyad. Les bombardements ont obligé à fuir les patients et les membres du personnel soignant, selon MSF.

D'autres ONG ont mis en garde contre un nouveau désastre humanitaire en Syrie, où la guerre implique depuis 2011 plusieurs grandes puissances régionales et internationales.

Résurgence de l'EI?

D'après les médias turcs, Ankara souhaite prendre le contrôle de la bande entre Ras al-Aïn et Tal Abyad afin d'éloigner de la frontière la principale milice kurde syrienne, les Unités de protection du peuple (YPG), épine dorsale des FDS et principal acteur de la défaite du groupe Etat islamique (EI).

La Turquie espère via cette offensive créer une "zone de sécurité" où pourront être installés une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son sol.

En réponse aux critiques européennes contre l'offensive, le président turc Recep Tayyip Erdogan a d'ailleurs menacé d'envoyer en Europe des millions de réfugiés syriens accueillis par son pays.

"Nous n'accepterons jamais que les réfugiés soient utilisés comme arme et pour nous faire chanter", lui a rétorqué vendredi le président du Conseil européen Donald Tusk.

Le feu vert donné de facto par les Etats-Unis à l'opération turque -en annonçant le retrait de soldats américains stationnés côté syrien de la frontière- a été perçu comme une trahison par les forces kurdes, étaient jusqu'alors alliées de la coalition internationale antijihadistes menée par Washington. Les Etats-Unis tentent cependant d'arranger un cessez-le-feu.

A New York, les cinq pays européens siégeant au Conseil de sécurité de l'ONU -Paris, Berlin, Bruxelles, Londres, Varsovie- ont exigé l'arrêt de l'offensive. La France a dit que les Européens examineraient "la semaine prochaine" la possibilité de sanctions contre Ankara.

Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays est allié au régime syrien, a dit craindre que l'offensive ne provoque une résurgence de l'EI vaincus en mars dernier en Syrie par les FDS avec l'aide de la coalition internationale.

La guerre complexe en Syrie, où interviennent de nombreux acteurs régionaux et internationaux, a fait plus de 370.000 morts depuis 2011.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK