Syrie : une véritable trêve est-elle réaliste?

Washington et Moscou se sont mis d'accord le 12 février 2016 sur une cessation des hostilités en Syrie, après d'âpres négociations. Ils ont ensuite annoncé la date de la trêve ce lundi. Elle est censée commencer ce samedi 27 février à minuit. Mais Barack Obama a admis ce jeudi qu'"aucun d'entre nous ne se faisait la moindre illusion". "Les jours à venir seront cruciaux, le monde regardera", a-t-il dit. "Toutes les parties doivent mettre fin aux attaques, y compris les frappes aériennes, et l'aide humanitaire doit pouvoir être acheminée vers les zones assiégées".

Poutine plus confiant

Vladimir Poutine, le président russe, s’est montré confiant en début de semaine. "Je suis sûr que cet accord commun convenu avec les États-Unis permettra de dépasser cette situation de crise en Syrie."

Bachar al-Assad a accepté cette suspension des combats, tout en se réservant le droit de répliquer à la moindre violation de ce cessez-le-feu. Une partie de l'opposition syrienne s'est aussi ralliée au cessez-le-feu.

Les risques d’échec

Mais plusieurs problèmes se posent. D'abord, les terroristes de l'organisation État islamique et du Front al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaida, sont exclus de cet accord. Leurs positions continueront d'être attaquées et bombardées. Le risque de reprise des combats est donc très important.

Ensuite, les différents groupes qui s'affrontent en Syrie sont mélangés sur le terrain. Le groupe terroriste État islamique, les Kurdes, l'armée de Bachar al-Assad, les rebelles et le front al-Nosra. Les zones floues de leurs territoires respectifs rendent les frappes particulièrement difficiles. De plus, certains rebelles sont alliés sur le terrain avec le front al-Nosra contre l’armée du régime syrien.

Dédale d'alliances

En plus de la complexité sur le terrain, les alliances sont également multiples: la Russie, l'Iran et le Hezbollah libanais soutiennent le régime Assad alors que les Etats-Unis, l'Arabie saoudite et la Turquie notamment appuient les rebelles. La Russie et les Etats-Unis bombardent en outre l'EI et Al-Nosra.

Dans cette situation complexe, une cessation des hostilités est-elle donc réaliste ? Selon Michel Liégeois, professeur en relations internationales à l’UCL: "Un cessez-le-feu généralisé et de longue durée en Syrie, personne n’y croit. Ceci dit même un cessez-le-feu qui ne serait respecté que localement et momentanément constituerait une bouffée d’oxygène pour les populations civiles qui ont été durement touchées et permettrait l’acheminement de l’aide humanitaire et l’évacuation des blessés. Donc même si ça ne prend que cette forme, ce serait déjà un point très positif".

Washington et Moscou, qui s'affrontent indirectement en Syrie en soutenant des camps différents, ont donc décidé de coopérer malgré ces stratégies différentes. "Pour la Russie, le maintien du régime actuel de Bachar al-Assad est une condition qu’ils sont en mesure d’imposer depuis le début de leur intervention militaire. Alors que pour les États-Unis et les Occidentaux de manière générale, le départ de Bachar al-Assad était une précondition aux négociations. "

Une trêve partielle dépendra de la volonté de ces deux puissances mondiales et de leurs alliés sur le terrain. Ses modalités semblent en outre très complexes et doivent être finalisées plus tard dans la journée à Genève par une "task force" regroupant les représentants des 17 membres du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG) et dirigée par Washington et Moscou.

Et "si cela ne marche pas?"

L'éternel optimiste secrétaire d'Etat John Kerry, s'est interrogé en ces termes. Et il a répondu à sa propre question de manière très pessimiste : "Si cela ne marchait pas, la Syrie sera complètement détruite, l'Europe sera submergée par encore plus de migrants (...) les troubles et la dislocation seront bien pires que ce qui représente déjà le plus grand défi humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale".

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