Syrie: la résolution de l'ONU, embryon de la résolution du conflit?

La résolution de l'ONU sur le plan de démantèlement des armes chimiques du régime syrien marque un tournant diplomatique majeur dans un conflit dont on ne voit pas le bout, selon Michel Liégeois
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La résolution de l'ONU sur le plan de démantèlement des armes chimiques du régime syrien marque un tournant diplomatique majeur dans un conflit dont on ne voit pas le bout, selon Michel Liégeois - © Joshua LOTT

La résolution sur le plan de démantèlement des armes chimiques du régime syrien votée par le Conseil de sécurité de l'ONU a été qualifiée d'avancée diplomatique majeure par ses signataires. Elle ne prévoit cependant pas de sanction automatique envers le régime en cas de non-respect du calendrier, et répond à la seule question de l'utilisation d'armes chimiques alors que, sur le terrain, la situation humanitaire reste dramatique. La communauté internationale a-t-elle, comme l'a assuré le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon, réellement "rempli sa mission"?

"La fermeté a payé", s'enthousiasmait le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius après le vote de la résolution, en ajoutant que "le Conseil de sécurité mérite enfin son nom".

Alors que l'on dénombre plus de 110 000 morts en Syrie et plus de deux millions de réfugiés, la communauté internationale a fait de l'attaque chimique son cheval de bataille. Mais peut-on parler de "fermeté", quand toute sanction envers le régime - s'il sortait des rails imposés pour le démantèlement de son arsenal chimique - est conditionnée au vote d'une nouvelle résolution, dont on sait qu'il est toujours menacé par un veto de Moscou, principal allié de Damas?

"On a eu en effet l’impression d’une victoire politique russe", concède Michel Liégeois, professeur de relations internationales à l'UCL et membre du CECRI. "Mais cela cache une énorme concession", ajoute-t-il, "car la Russie a opéré un virage à 180 degrés en reconnaissant que le conflit est un problème majeur".

Jusqu'ici facteur de blocage, Moscou se positionne désormais en partenaire diplomatique. Une grande première donc, qui devrait ouvrir sur un "nouveau cadre diplomatique", continue le spécialiste des conflits internationaux. "Alors que jusqu’à présent la position de Moscou empêchait toute avancée au sein du Conseil de sécurité", dit-il, "cet organe retrouve à présent la plénitude de sa fonction première : le maintien de la paix et de la sécurité internationale".

La résolution de l'ONU, un écran de fumée occultant un drame humanitaire ?

Mais cette résolution, étant uniquement destinée au démantèlement des armes chimiques du régime, marque-t-elle réellement une volonté ferme de la communauté internationale de mettre fin au drame humanitaire syrien ?

Pour Michel Liégeois, l'impossibilité d’une intervention militaire est "un constat difficile" mais incontournable. Outre les divergences politiques au sein du Conseil de sécurité, il explique qu'étant donnée la situation géopolitique extrêmement complexe de la Syrie, "même si l'on imaginait qu’une coalition se constitue et décide de mettre les pieds dans ce guêpier, elle déstabiliserait complètement la région".

Du coup la résolution ressemble à une tentative du moins pour éviter le rien, même si son objectif constitue "une avancée humanitaire significative", insiste le professeur UCL. Mais sera-t-elle, maintenant que Moscou s'est montrée ouverte aux discussions, l'embryon d'une résolution du conflit ?

"Les débats vont être extrêmement difficiles"

Elle devrait en tout cas contribuer au lancement de "Genève 2", une conférence de paix qui doit privilégier une solution politique, dernière option possible. Mais réunir rebelles et régime syriens autour d'une table pour former un gouvernement de transition ne semble pas gagné d'avance.

Il faudrait d'abord, explique Michel Liégeois, qu'"aucun des belligérants n’estime pouvoir obtenir des gains significatifs par la poursuite des opérations militaires". Et quand bien même les acteurs du conflit accepteraient de discuter, "il ne s’agira pas d’une négociation bilatérale", affirme-t-il en pointant les divisions internes à la rébellion.

"Le risque est très grand de voir les factions les plus extrêmes se désolidariser des autres à l’approche d’un compromis. Le choix sera alors cornélien entre conclure un accord partiel, qui laisse de côté l’une ou l’autre faction rebelle, ou poursuivre indéfiniment les négociations en vue d’un accord inclusif".

Mais le spécialiste en relations internationales insiste : maintenant que la Russie s'est posée en partenaire, "on a les prérequis pour commencer à travailler", dit-il, "même si les débats vont être extrêmement difficiles".

Germain Renier (@g_renier)

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