Syrie: la brigade Al Farouk nous écrit pour s'expliquer sur Pierre Piccinin

Des rebelles photographiés dans les faubourgs de Damas
Des rebelles photographiés dans les faubourgs de Damas - © WARD AL-KESWANI - IMAGEGLOBE

Notre rédaction a reçu un communiqué plutôt surprenant reçu ce matin. Il concerne Pierre Piccinin, ce professeur belge enlevé il y a cinq mois en Syrie avec un reporter italien. Pierre Piccinin et Domenico Quirico ont été libérés la semaine dernière. Les deux hommes affirment être entrés en Syrie avec l'armée syrienne libre, puis avoir été trahis par celle-ci, et livrés à une autre brigade, la brigade "Al Farouk" qui les a maltraités pendant plusieurs mois. Ce matin, cette dernière a tenu à réagir à cette version des faits.

C'est plutôt surprenant: le communiqué est rédigé dans un excellent français. Dans ce texte, la brigade Al Farouk explique qu'elle n'a jamais enlevé les deux hommes. Ce serait contraire à leur tradition d'aider les journalistes à entrer en sécurité en Syrie.

"Mensonge", dit Pierre Piccinin. Il maintient ce qu'il affirmait déjà au lendemain de sa libération: "On ne sait pas très bien quel a été le deal entre l'armée libre d'Al Qusseir qui nous a kidnappés et qui nous a transmis à cette katiba d'Abou Omar. C'est une véritable collection de portraits de bandits de toutes sortes qui ont été rassemblés par cet émir autoproclamé. Il a créé sa propre petite armée, mais qui est inféodé à Al Farouk, un des piliers de la révolution avec l'armée libre. Après nous avoir gardés pendant les deux mois de siège à Al Qusseir, ils nous ont remis à Al Farouk, qui s'est chargé des trois autres mois de notre détention".

La brigade Al Farouk explique aujourd'hui qu'elle a en fait joué les médiateurs pour la libération des deux hommes. Par contre, à propos de leur enlèvement, la brigade Al Farouk affirme qu'il s'agit d'une confusion. Le groupe qui a enlevé les journalistes porte le nom d’Al Farouk indépendante de la ville de Qusseir, d'où la méprise. Ce groupe n'aurait aucune relation avec la direction centrale d'Al Farouk. Et le fameux émir Abou Omar leur est inconnu.

Ce communiqué est donc révélateur de deux choses. Parmi la myriades de groupes de combattants en Syrie, certains agissent hors de tout contrôle, pour leur propre compte. D'autre part, l'opposition syrienne armée devient consciente que son image se ternit, et qu'elle doit redorer son blason à l'étranger.

Françoise Wallemacq

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