Syrie: l'Australie va également participer aux opérations en Irak

Des soldats turcs sur une colline face à une position de combattants de l'EI,  près de la frontière syrienne, dans la province de Sanliurfa, le 2 octobre 2014
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Des soldats turcs sur une colline face à une position de combattants de l'EI, près de la frontière syrienne, dans la province de Sanliurfa, le 2 octobre 2014 - © Bulent Kilic

Le Parlement turc a autorisé jeudi une intervention militaire contre les jihadistes en Irak et en Syrie, où la ville kurde de Kobané, frontalière de la Turquie, était asphyxiée par le groupe Etat islamique (EI). L'Australie va également participer aux opérations.

En Irak, deux attaques de l'EI contre des bases des forces de sécurité ont fait 17 morts parmi les policiers et les soldats dans la province d'Al-Anbar frontalière de la Syrie, à l'ouest de Bagdad, selon des sources de la sécurité qui ont fait état de la mort de 40 jihadistes.

En Syrie, "les jihadistes sont désormais à moins d'un kilomètre à l'est et au sud-est de Kobané et la ville est totalement asphyxiée" à l'exception de l'accès au nord, a indiqué Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Mais les combattants kurdes sont déterminés à mener des "batailles de rue" pour défendre Kobané (Aïn al-Arab en arabe), troisième ville kurde de Syrie située dans le nord, a-t-il ajouté.

"Nous sommes prêts au combat", a affirmé un responsable kurde local, Idriss Nahsen, alors que Kobané est défendue par les Unités de protection du peuple (YPG), milice kurde dont les hommes sont moins bien équipés et bien moins nombreux que les jihadistes.

Du côté turc de la frontière, les tirs d'obus de mortier étaient clairement audibles.

Selon l'OSDH, la ville "s'est vidée à 90% de ses habitants et les villages environnants sont quasiment déserts et contrôlés par l'EI". Il ne resterait que quelques milliers de civils à Kobané, qui comptait 70.000 habitants avant la guerre et avait accueilli un nombre équivalent de réfugiés d'autres zones syriennes.

La chute de Kobané permettrait à l'EI de contrôler sans discontinuité une longue bande frontalière de la Turquie.

L'EI, qui contrôle déjà de vastes régions dans le nord et l'est de la Syrie ravagée par plus de trois ans de guerre civile, a lancé le 16 septembre son assaut pour s'emparer de la ville, prenant près de 70 villages et entraînant la fuite d'au moins 160.000 personnes en Turquie.

Zone-tampon

Face à la menace grandissante de l'EI à sa porte, le Parlement d'Ankara a approuvé à une très large majorité un projet de résolution du gouvernement islamo-conservateur autorisant l'armée à mener des opérations contre les jihadistes en Syrie et en Irak au sein de la coalition menée par les Etats-Unis et à laquelle prennent part à différents degrés une cinquantaine de pays.

Le texte donne son feu vert à une éventuelle opération militaire turque sur les territoires syrien et irakien et autorise également le stationnement sur le sol turc de troupes étrangères participantes.

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a convoqué une réunion des principaux responsables civils et militaires juste après ce vote pour préciser les modalités de l'engagement turc auprès de la coalition.

Washington et Paris ont salué le feu vert du Parlement turc à une action militaire contre l'EI en Syrie et en Irak.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a jugé mercredi que les actuelles frappes aériennes de la coalition ne constituaient qu'une "solution temporaire", milite pour la création dans le nord de la Syrie d'une zone-tampon destinée à protéger les réfugiés syriens et le territoire turc.

L'Australie entre en scène

L'Australie va également participer aux opérations de combat de la coalition internationale a annoncé vendredi le Premier ministre Tony Abbott, après que le gouvernement a donné son feu vert à des bombardements par la force aérienne de positions du groupe djihadiste.

"Aussi, le gouvernement a autorisé le déploiement de forces spéciales australiennes en Irak pour conseiller et assister les forces irakiennes", a-t-il ajouté. Les troupes spéciales ne sont "pas envisagées" pour participer directement à des missions de combat, mais pour "aider les forces irakiennes à planifier et coordonner les opérations", a souligné le chef du gouvernement australien. "L'EI a déclaré la guerre au monde. Le monde leur répond maintenant", a dit Tony Abbott. Le Premier ministre australien a prévenu que la "mission de combat" pourrait durer assez longtemps: "certainement des mois plutôt que des semaines". Insistant sur le fait qu'il s'agit davantage d'une opération de mission "humanitaire" afin de protéger le peuple irakien, il a en revanche refusé de dire si l'Australie était maintenant un pays en guerre. Tony Abbott a expliqué que la mission ne serait accomplie que lorsque l'EI sonnera la retraite et que le gouvernement irakien "aura récupéré un peu le contrôle de ses propres villes et villages." L'Australie a déjà envoyé six chasseurs-bombardiers F/A-18F Super Hornet aux Emirats arabes unis, ainsi que 600 soldats, unités spéciales comprises. Elle s'était déjà jointe aux Etats-Unis dans le cadre des efforts internationaux pour acheminer des armes aux forces kurdes combattant les extrémistes dans le nord de l'Irak. Le chef du gouvernement n'a pas souhaité indiquer si les forces armées australiennes seraient impliquées ou non dans les combats contre l'EI en Syrie. Outre les Etats-Unis, La France participe depuis la mi-septembre aux frappes aériennes en Irak et le Parlement turc a autorisé jeudi une intervention militaire contre les jihadistes en Irak et en Syrie, où la ville kurde de Kobané, frontalière de la Turquie, était asphyxiée par l'EI.

L'Iran 'inquiet'

De son côté, le chef historique des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan, en prison en Turquie, a une nouvelle fois exhorté les Kurdes à combattre l'EI "afin que le processus et le voyage de la démocratie n'échouent pas en Turquie".

Quant aux rebelles "modérés" qui luttent contre le régime Assad en Syrie et sont censés combattre l'EI, John Allen, qui coordonne la coalition internationale, a prévenu que leur entraînement en cours "prendrait peut-être des années".

Le général Allen est arrivé en Irak jeudi pour des entretiens sur la lutte contre l'EI, a indiqué le département d'Etat précisant qu'il devait également se rendre dans les prochains jours en Belgique, en Jordanie, en Egypte et en Turquie.

Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a affirmé, à l'issue d'un entretien avec son homologue français, qu'ils avaient discuté de la possibilité d'une intervention de la France en Syrie contre les jihadistes, mais Jean-Yves Le Drian n'a pas confirmé ce point de discussion.

Peu après le feu vert turc, le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif "s’est inquiété de toute action qui aggraverait la situation" dans la région, au cours d'un entretien téléphonique avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu, selon l'agence officielle iranienne IRNA.

L'Iran, poids lourd chiite de la région, soutient le gouvernement du président syrien Bachar al-Assad alors que la Turquie a appuyé les rebelles syriens, essentiellement sunnites.

Selon le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom), la coalition a procédé mercredi et jeudi à quatre frappes en Syrie, dont une près de Kobané, avec l'aide des Emirats arabes unis, et sept en Irak avec le Royaume-Uni.

Le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé l'envoi de deux Tornado supplémentaires, portant à huit le nombre de chasseurs-bombardiers de la Royal Air Force (RAF) effectuant des missions en Irak.

Enfin, le patriarche des Chaldéens (catholiques) d'Irak a demandé que "l'on en finisse avec cette violence qui n'a pas d'avenir", jeudi soir dans les jardins de l'Archevêché de Lyon (centre-est de la France.


AFP

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