Syrie: l'aide humanitaire transfrontalière sauvée in extremis… Oui mais, aux conditions russes

L'aide est vitale pour la population de la région d'Idleb.
L'aide est vitale pour la population de la région d'Idleb. - © OMAR HAJ KADOUR - AFP

A quelques heures de l’expiration ce vendredi soir d’une autorisation internationale permettant une aide humanitaire transfrontalière jugée vitale pour près de trois millions de Syriens, les Occidentaux ont amendé in extremis, à l’ONU, leur projet initial pour sauver ce mécanisme, en se pliant aux conditions de la Russie, selon des diplomates.

Un vote est attendu dans l’après-midi au Conseil de sécurité.

Ouverture pour 6 mois, à deux points de passages

Le texte amendé prévoit le maintien pour six mois, jusqu’au 10 juillet, de deux points de passage pour cette aide à la frontière turque, ont indiqué ces sources à l’AFP. Ce que réclamait Moscou depuis décembre. Un rapport est aussi demandé au secrétaire général de l’ONU avant fin février sur les possibilités de compenser l’abandon du point de passage d’Al Yarubiyah situé sur la frontière irakienne, selon les mêmes sources.

Le 20 décembre, la Russie, soutenue par la Chine, avait mis son veto (le 14e depuis le début du conflit en 2011) à un texte de l’Allemagne, de la Belgique et du Koweït prévoyant une prolongation de l’aide pour un an et avec trois points de passage : deux sur la frontière turque (Bab al-Salam et Bab al-Hawa) et celui d’Al Yarubiyah.

Un véto "honteux"

A l’époque, les Etats-Unis avaient dénoncé un veto "honteux". "Vous avez du sang sur les mains", avait ajouté le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo à l’adresse de Moscou et Pékin.

Dans la négociation, la position américaine n’a cependant pas été des plus subtiles, relève un diplomate sous couvert d’anonymat. Washington a commencé par demander cinq points de passage avant de faire marche arrière pour tomber à trois. Les Etats-Unis ont ensuite juré que Moscou n’irait pas jusqu’au veto, à tort, ajoute cette source.

En vigueur depuis 2014, l’autorisation transfrontalière porte jusqu’à aujourd’hui sur quatre points de passage (deux avec la Turquie, un avec l’Irak et un avec la Jordanie, à Al-Ramtha, inutilisé depuis longtemps).


"Position de force"

En accord avec sa position de poursuivre l’aide transfrontalière dans le nord du pays, notamment pour les Syriens reclus dans la région d’Idleb, la Russie avait proposé en décembre une résolution prévoyant une prolongation sur 6 mois et pour les deux points de passage situés sur la frontière turque.

Ce texte n’avait pas obtenu les neuf voix sur quinze nécessaires à son adoption, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France votant contre.

Jeudi, l’Allemagne et la Belgique, réduisant leurs prétentions, ont produit un nouveau projet de résolution prévoyant une prolongation de l’aide pour six mois seulement, jusqu’au 10 juillet, mais toujours sur trois points de passage. La Russie a aussitôt sorti un texte concurrent reprenant ses conditions de décembre : deux points de passage et six mois.

Des lignes rouges au rabais

Vendredi, ont indiqué des diplomates à l’AFP, les co-auteurs européens du projet de résolution, sont à nouveau revenus sur leurs lignes rouges de départ en décembre, en ne prévoyant plus que deux points de passage et une prolongation sur six mois, sauvant ainsi le mécanisme, même s’il est drastiquement revu à la baisse.

La Russie veut faire reconnaître la reprise de contrôle de Damas depuis un an sur le territoire syrien et est "en position de force" dans le bras de fer, concède un diplomate occidental sous couvert d’anonymat. Elle considère que l’autorisation transfrontalière est "une atteinte à la souveraineté, et c’est une réalité", ajoute-t-il.

Une aide vitale pour la région d’Idleb

Dans un communiqué ce vendredi, Amnesty international a souligné, à l’unisson d’autres ONG et de la population syrienne dans le nord-ouest de la Syrie, l’importance de poursuivre l’aide humanitaire transfrontalière pour la région d’Idleb, où les combats et les bombardements ont redoublé au cours des dernières semaines.

"L’acheminement transfrontalier de l’aide humanitaire a été une bouée de sauvetage pour des millions de civils dans le nord de la Syrie", a souligné Lynn Maalouf d’Amnesty International.

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