Syrie: intervenir avant la fin de l'enquête de l'ONU? "Une grave erreur"

Syrie: Intervenir avant la fin de l'enquête de l'ONU? "Une grave erreur"
Syrie: Intervenir avant la fin de l'enquête de l'ONU? "Une grave erreur" - © Tous droits réservés

Le directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Pascal Boniface, était ce mardi l'invité de Bertrand Henne dans Matin Première. Alors qu'une intervention occidentale en Syrie semble de plus en plus se préciser, l'expert français est revenu sur les enjeux de celle-ci. Selon lui, les Occidentaux ont tout à gagner à attendre d'avoir des preuves irréfutables, si elles existent, des attaques chimiques présumées par le régime de Bachar al-Assad.

Au vu de la tonalité des discours des responsables américains (mais également de leurs homologues français et britanniques) dont John Kerry qui parle "d’indécence morale" et d’attaques chimiques "indéniables" de la part du régime de Bachar al-Assad, la mécanique qui mène à une intervention militaire des Occidentaux en Syrie semble irrémédiablement enclenchée.

"On a l’impression d’assister à un scénario relativement bien rôdé: déclarations convergentes des différents dirigeants occidentaux, préparations militaires, les médias qui commencent à s’échauffer… On a le sentiment qu’il va se passer quelque-chose", confirme ce spécialiste des questions stratégiques.  

En insistant sur le caractère inacceptable de l’usage présumé d’armes chimiques par le régime de Damas, et après des "déclarations va-t-en-guerre", les dirigeants occidentaux, "s’ils ne faisaient rien, verraient leur crédibilité remise en cause".

La cause semble donc entendue, une intervention militaire (dont les contours et l’ampleur sont encore impossible à prévoir) devrait bel et bien avoir lieu en Syrie, si besoin en dehors d’un accord au Conseil de sécurité de l’ONU et donc en dehors de toute légalité internationale.

"Si les preuves existent, la Russie elle-même serait ébranlée"

Mais les occidentaux auraient tort de se précipiter alors qu’une enquête de l’ONU est actuellement en cours, estime Pascal Boniface.

Pour ce dernier, ne pas attendre les résultats de cette enquête (débutée ce lundi sur les sites des attaques chimiques présumées) "serait une grave erreur". "Barack Obama parlait lui-même récemment du ressentiment à l’égard des Etats-Unis dans la région", rappelle l’expert depuis Paris. Or sur le terrain syrien, "il y a bien sûr un combat militaire mais il y a également un combat pour l'opinion publique", souligne notre invité. "S'il y a avait des frappes militaires sans que ces preuves soient apportées", le coût militaire de l'intervention n'en serait pas alourdi mais "à long terme d'un point de vue stratégique, ce serait beaucoup plus embêtant", la légitimité d'une telle intervention n'étant pas établie.

"Donc si les Occidentaux ont des preuves indéniables (de l’usage d’armes chimiques par l’armée d’al-Assad), ils n’ont rien à perdre à attendre quelques jours pour pouvoir les apporter" soit via les conclusions de la mission des Nations unies en cours, soit que "les services occidentaux qui ont ces preuves peuvent les apporter au public de façon indéniable".

Une intervention sans attendre d’avoir apporté ces preuves est toujours envisageable et "la tentation est grande" d’agir sans l’aval de la Russie (soutien indéfectible, avec la Chine, du régime alaouite syrien) mais les coûts, tant au niveau stratégique qu'en termes politiques seraient beaucoup plus importants, estime le directeur de l’IRIS. "Si ces preuves existent, il n’y a aucun problème à les apporter, cela conforterait la position occidentale et la Russie elle-même serait ébranlée et ne pourrait pas maintenir sa position".

Julien Vlassenbroek

Réécouter l'intégralité de l'interview via le player ci dessous:

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