"Massacre" en Syrie: l'ONU n'a pas réussi à se mettre d'accord

Centaines de morts près de Damas, réunion extraordinaire de l'ONU
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Centaines de morts près de Damas, réunion extraordinaire de l'ONU - © Tous droits réservés

L'opposition syrienne affirme que plus de 650 personnes ont été tuées dans une attaque à l'arme chimique ce mercredi contre la banlieue de Damas. Des ONG parlent de centaines de morts, sans toutes se prononcer sur l'usage d'armes chimiques. Les rebelles ont diffusé des images particulièrement choquantes. De leur côté, les autorités syriennes nient les allégations des rebelles. Le Conseil de sécurité de l'ONU a tenu des consultations ce mercredi soir mais la Chine et la Russie ont fait barrage à une déclaration formelle.

A l'ONU, les membres du Conseil de sécurité veulent "faire la lumière" sur cette affaire, a déclaré mercredi sa présidente. "Il faut faire la lumière sur ce qui s'est passé et suivre de près la situation", a souligné l'ambassadrice argentine Maria Cristina Perceval à l'issue de consultations au Conseil. "Les membres du Conseil saluent la détermination du secrétaire général (Ban Ki-moon) à mener une enquête approfondie, impartiale et prompte".

L'ambassadrice dont le pays préside le Conseil en août, a rendu compte à la presse des consultations mais le Conseil n'a pas adopté de déclaration formelle. Selon des diplomates, la Russie et la Chine, qui s'efforcent de protéger le régime de Bachar al-Assad depuis le début de la crise syrienne, se sont opposées à l'adoption d'une déclaration en bonne et due forme.
 
Comme sur la crise égyptienne la semaine dernière, le Conseil a donc dû se contenter "d'éléments pour la presse" dans le jargon onusien. "Ces éléments représentent les points de consensus entre les 15 pays membres", a expliqué un diplomate. Selon l'Argentine, les pays membres ont exprimé "une vive inquiétude devant les allégations" portées par l'opposition syrienne.
 
Celle-ci accuse les forces gouvernementales d'avoir mené une attaque à l'arme chimique faisant des centaines de morts. Toute utilisation d'armes chimiques serait "une violation des lois internationales", a réaffirmé la présidente. Les pays membres du Conseil, a-t-elle dit, ont également lancé "un appel pressant à un cessez-le-feu" en Syrie et souligné la nécessité de "porter assistance immédiatement aux victimes".
 
Les "experts" bientôt à Damas
 
L'ONU avait annoncé auparavant que le chef de son équipe d'experts actuellement en mission en Syrie, Ake Sellstroem avait entamé des négociations avec le gouvernement syrien en vue de pouvoir enquêter sur l'incident de mercredi. Le mandat des experts est de déterminer si des armes chimiques ont été utilisées dans le conflit syrien mais pas de désigner les responsables.
 
L'ONU "espère que le gouvernement syrien autorisera (les experts) à accéder au site (...) dès que possible", a déclaré à la presse le vice-secrétaire général Jan Eliasson, qui a rendu compte de la situation en Syrie aux 15 ambassadeurs lors des consultations. Il a expliqué que "pour le moment la situation de sécurité ne permet pas un tel accès" et il a réclamé "un cessez-le-feu dans cette zone en particulier, et de manière plus générale".
 
Même s'il n'y a "pas de confirmation" pour l'instant de l'utilisation d'armes chimiques dans la banlieue de Damas, a-t-il estimé, les bombardements qui ont eu lieu dans cette zone représentent une "grave escalade". Plusieurs membres du Conseil, dont la France, ont demandé que les experts onusiens aillent rapidement sur les lieux.
 
Mais la Russie a évoqué la possibilité d'une "provocation" montée par l'opposition et le gouvernement syrien a catégoriquement rejeté les accusations.
 
Parallèlement à la réunion du Conseil, plusieurs pays dont la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne ont adressé par lettre à Ban Ki-moon une demande formelle d'enquête sur ces accusations. Cette lettre conjointe évoque des "informations crédibles sur l'utilisation d'armes chimiques".
 
Les pays signataires "demandent une enquête d'urgence sur ces accusations" et soulignent que les experts de l'ONU actuellement en Syrie doivent "avoir d'urgence accès à tous les sites" suspects. Selon un diplomate, mercredi soir cette lettre avait été co-signée par "près de 35 pays".
 
Le représentant auprès de l'ONU de Human Rights Watch Philippe Bolopion a déploré que "la Russie et la Chine aient choisi une nouvelle fois de protéger un gouvernement qui massacre sa population". "La déclaration alambiquée et officieuse du Conseil de sécurité est à côté de la plaque et ne rend pas justice aux victimes", a-t-il ajouté.
 
Un bilan incertain

"Plus de 650 personnes tuées dans une attaques aux armes chimiques en Syrie", affirme l'opposition sur son compte officiel twitter. George Sabra, une figure de l'opposition, parle lui de 1300 morts.

Un groupe d'opposants cité par l'agence Reuters évoque 494 tués dans les bombardements et les attaques chimiques de l'armée.

De son côté, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui n'a pas voulu se prononcer sur l'utilisation éventuelle d'armes chimiques par les forces du régime, a fait état d'au moins 100 morts. "Au moins cent personnes ont été tuées dans des bombardements contre la province de Damas. Ce chiffre augmentera certainement. Les raids et les bombardements continuent et la puissance de feu est considérable".

Les Comités populaires de coordination (LCC) parlent pour leur part de plusieurs "centaines de morts". Les LCC font état de "plusieurs centaines de martyrs, et autant de blessés, essentiellement des civils dont des dizaines de femmes et d'enfants, tués par l'utilisation (...) de gaz toxiques de la part du régime criminel sur les localités de la Ghouta-Orientale à l'aube".

La photo ci-dessous est diffusée par un groupe d'opposition, le Shaam news Network. Il est impossible de vérifier sa provenance de façon indépendante.
 

Les autorités syriennes ont rapidement démenti l'utilisation d'armes chimiques dans la banlieue de Damas.

"Les informations sur l'utilisation d'armes chimiques dans la Ghouta (banlieue de Damas) sont totalement fausses", a affirmé l'agence de presse officielle Sana, accusant des chaînes satellitaires notamment Al-Jazeera et Al-Arabiya "impliquées, selon elle, dans l'effusion du sang syrien et soutenant le terrorisme" de diffuser des informations "infondées".

"Il s'agit d'une tentative pour empêcher la commission d'enquête de l'ONU sur les armes chimiques de mener à bien sa mission", ajoute l’agence.

L'armée a répété ce démenti dans un communiqué. "Les allégations sur l'utilisation d'armes chimiques par l'armée arabe syrienne aujourd'hui dans des régions de la banlieue de Damas (...) sont nulles et non avenues et totalement infondées", a affirmé l'armée dans ce communiqué lu par un officier à la télévision officielle.

"Ces allégations (colportées) par les groupes terroristes et les chaînes satellitaires les soutenant ne sont qu'une tentative désespérée de cacher leurs échecs sur le terrain et reflètent l'état d'hystérie et d'effondrement dans lequel se trouvent ces groupes", ajoute le communiqué.

"L'armée poursuivra sa mission nationale en faisant face au terrorisme partout sur le sol de la Syrie (...) pour protéger la patrie de ces groupes terroristes armés". 

Le ministre des Affaires étrangères a accusé les rebelles de fabriquer des mensonges. Selon lui, l'accord conclu entre La Syrie et les enquêteurs de l'ONU "n'a apparemment pas satisfait les terroristes, ni les pays qui les soutiennent, lesquels ont fabriqué des allégations mensongères au sujet des forces armées en Syrie". "Ces mensonges (...) ne sont qu'une tentative pour faire dévier la commission d'enquête de sa mission".

La vidéo ci-dessous est diffusée par les rebelles, il est impossible de vérifier son origine de façon indépendante. Attention les images sont choquantes.

Cette deuxième vidéo est également diffusée par les rebelles, il est impossible de vérifier son origine de façon indépendante. Attention les images sont choquantes.

Visionnez ci-dessous la séquence réalisée pour le JT RTBF:

Avec AFP

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