Syrie: un gouvernement en exil au Caire va être formé

Des rebelles syriens prennent position dans une rue du quartier de Salaheddine, le 29 juillet 2012 à Alep
Des rebelles syriens prennent position dans une rue du quartier de Salaheddine, le 29 juillet 2012 à Alep - © Pierre Torres - AFP

L'opposant syrien Haytham al-Maleh a annoncé mardi lors d'une conférence de presse avoir été chargé par une coalition de Syriens "indépendants sans affiliation politique" de former un gouvernement en exil qui sera basé au Caire.

"J'ai été chargé de diriger un gouvernement de transition (...) et de commencer les consultations" avec l'opposition en Syrie et en exil, a-t-il affirmé aux journalistes dans la capitale égyptienne.

Haytham al-Maleh a expliqué la décision de former un gouvernement par la crainte d'un "vide" en cas de chute du président Bachar al-Assad.

"Nous ne voulons pas nous retrouver dans une situation de vide politique ou administratif", a-t-il dit.

Haytham al-Maleh, 81 ans, est un avocat et défenseur des droits de l'Homme. Ce musulman conservateur a passé plusieurs années en prison.

Sur le terrain

Les rebelles ont attaqués mardi deux commissariats de police à Alep, après des combats près du siège des renseignements aériens, d’après l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (OSDH).  Au moins 40 policiers auraient été tués, d’après la même source.

Parmi les morts figurerait le chef du poste de police de Salhine, où trois véhicules ont été détruits. Outre ces commissariats, les rebelles ont attaqué à l'aube au lance-roquettes RPG le siège du tribunal militaire et une branche du parti Baas au pouvoir dans la ville, toujours selon l'OSDH.

Les quartiers de Ferdous, d'al-Machad (sud) et d'Ansari (sud-ouest) ont été bombardés dans la nuit par les troupes régulières, selon cette ONG qui se base sur un réseau d'opposants. Et le quartier de Salaheddine (sud-ouest), principal bastion rebelle, était mitraillé mardi matin par des hélicoptères, selon la Commission générale de la révolution syrienne, autre réseau de militants.

Affirmations contradictoires

Une source de sécurité à Damas a affirmé à l'AFP que l'armée avait repris lundi une partie de Salaheddine mais qu'elle faisait face "à une très forte résistance". Les rebelles ont en revanche nié que l'armée ait "avancé d'un seul mètre".

Alors que l'armée syrienne pilonnait la ville chaque jour depuis l'ouverture du front d'Alep le 20 juillet, aucun bombardement n'a été entendu depuis mardi matin, selon un journaliste de l'AFP. Mais les forces gouvernementales et les rebelles envoyaient mardi des renforts vers Alep "pour une bataille décisive qui devrait durer des semaines", a affirmé une source de sécurité syrienne. "L'armée syrienne encercle les quartiers rebelles, bombarde mais va prendre son temps avant de se lancer à l'assaut de chaque quartier" tenu par les rebelles, a ajouté cette source.

La télévision officielle a fait état pour sa part de combats à Daret Azza et Qabtane al-Jabal dans la province d'Alep, où les soldats ont détruit neuf véhicules équipés de mitraillettes Doshka.

Lundi, les insurgés ont marqué un point en prenant un poste de contrôle clé à Anadane entre la Turquie et Alep, leur permettant d'acheminer renforts et munitions vers la métropole du Nord et poumon économique du pays où la bataille est devenue un enjeu majeur du conflit.

Le front d'Alep a été ouvert le 20 juillet et l'assaut de l'armée a été donné samedi après l'arrivée de renforts militaires dans la ville.

Les bombardements par hélicoptères et à l'artillerie lourde dans cette ville de 2,5 millions d'habitants et ses environs ont jeté sur les routes ces deux derniers jours quelque 200 000 personnes, selon l'ONU.

Les combats ont par ailleurs repris à Damas, tombée de nouveau sous le contrôle de l'armée après une semaine d'affrontements à la mi-juillet. Les accrochages ont eu lieu notamment à Kafar Soussé après une attaque rebelle aux roquettes RPG contre un barrage de l'armée.

Un nouveau camp de réfugiés en Jordanie

Parallèlement, le nouveau camp de réfugiés syrien en Jordanie, inauguré dimanche, a vu l'arrivée de plus de 900 Syriens, annonçait mardi l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). "L'OIM a commencé à transférer les réfugiés", qui jusqu'à présent étaient dans des centres de transit bondés, "vers le nouveau camp" de Zaatari à Mafraq, près de la frontière syrienne, et qui peut accueillir jusqu'à 150.000 réfugiés, a déclaré un porte-parole de l'OIM à Genève, Chris Lom, lors d'un point presse.

La porte-parole du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), Melissa Fleming, a dénoncé la poursuite des violences à Alep, deuxième ville de Syrie. D'après ses informations, certains civils préfèreraient ne pas quitter la ville et chercheraient à se réfugier dans les écoles et dortoirs universitaires, jugeant le voyage en dehors de la ville trop dangereux en raison notamment de la présence de snipers et de barrages sur les routes. A Alep, le HCR continue d'apporter son aide aux civils à travers le Croissant rouge arabe syrien et d'autres organisations. "A Damas, notre bureau est toujours opérationnel, mais que à 50%", en raison des restrictions liées à la sécurité, a -t-elle ajouté.

Les chiffres du HCR indiquent que plus de 267.000 Syriens ont quitté leur pays depuis mars 2011.

Sur le plan diplomatique

Pendant ce temps, les discussions diplomatiques continuent. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et le président américain Barack Obama se sont entretenus lundi par téléphone sur la façon d'accélérer la transition politique en Syrie, annoncent les services du chef du gouvernement turc. L'accélération du processus de transition politique en Syrie a été évoqué avec départ de Bachar al Assad du gouvernement. D'après un communiqué, "les deux dirigeants ont exprimé leur préoccupation croissante au sujet de la détérioration de la situation humanitaire en Syrie en raison des attaques du régime syrien visant son propre peuple et de la brutalité du régime, constatée le plus récemment à Alep". Les deux dirigeants ont également évoqué la nécessité d'un travail conjoint pour aider les civils qui essaient d'échapper à la violence.

De son côté, l'adjoint du chef de l'état-major des forces arémes iraniennes, Massoud Jazayeri, a déclaré qu'il n'y aura pas d'intervention militaire pour soutenir le gouvernement syrien. L'Iran "ne permettra pas à l'ennemi d'avancer" en Syrie, a-t-il cependant affirmé, estimant que, pour l'instant, "il n'est pas nécessaire que les amis de la Syrie entrent en scène et notre évaluation est qu'ils n'auront pas besoin de le faire". Le chef de la diplomatie iranienne, Ali Akbar Salehi, a appelé lundi soir son homologue suédois Carl Bildt pour affirmer que la situation en Syrie "allait vers (un retour) au calme", selon l'agence Irna. "Les pays amis de la Syrie et ceux qui veulent la paix et la stabilité dans la région doivent préparer le terrain pour un dialogue entre le pouvoir et l'opposition", a-t-il dit.

Avec AFP

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