Syrie : les forces turques progressent et s'emparent d'une importante autoroute

Un combattant syrien proturc regarde au loin la fumée s'élever de la ville frontalière de Ras al-Aïn, dans le nord de la Syrie, bombardée par les forces turques, le 12 octobre 2019
Un combattant syrien proturc regarde au loin la fumée s'élever de la ville frontalière de Ras al-Aïn, dans le nord de la Syrie, bombardée par les forces turques, le 12 octobre 2019 - © Nazeer Al-khatib

Les forces turques et leurs alliés locaux ont avancé en profondeur en Syrie dimanche, semblant en passe d'achever la première phase de leur offensive contre les forces kurdes, lâchées par Washington qui a annoncé le retrait de près de 1000 soldats du nord syrien. Au cinquième jour de l'offensive visant à s'emparer de secteurs frontaliers aux mains d'une milice kurde syrienne, les autorités kurdes ont annoncé la fuite de près de 800 proches de jihadistes du groupe terroriste Etat islamique (EI) d'un camp de déplacés après un bombardement à proximité.

L'assaut vise, selon la Turquie, à instaurer une "zone de sécurité" sur une profondeur de 32 km pour séparer sa frontière des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple (YPG), une milice qualifiée de "terroriste" par Ankara. Cette "zone" serait susceptible d'accueillir une partie des 3,6 millions de Syriens réfugiés en Turquie.

L'offensive dans le nord de la Syrie en guerre a provoqué un tollé international. Partenaires des Occidentaux dans la lutte antijihadistes, les forces kurdes ont accusé Washington de les avoir abandonnées, en retirant lundi dernier leurs soldats des abords de la frontière qui a ouvert la voie à l'offensive turque. Celle-ci devait se concentrer dans un premier temps sur une bande de territoire frontalière comprise entre les villes frontalières de Tal Abyad et Ras al-Aïn, distantes d'environ 120 km, dans le nord de la Syrie.

Des blindés turcs sur l'autoroute

L’armée turque et ses supplétifs syriens ont pris le contrôle dimanche d’un important axe routier dans le nord-est de la Syrie reliant des territoires contrôlés par une milice kurde, a affirmé le ministère turc de la Défense. "Au terme d’opérations couronnées de succès, (les forces d’Ankara) ont pris le contrôle de l’autoroute M-4 en s’enfonçant à 30-35 km de profondeur" en Syrie, a déclaré le ministère dans un communiqué publié sur Twitter.

Les forces pro turques contrôlent ainsi l’accès à la ville kurde de Kobane car cette autoroute est son seul accès, explique CNN qui a repéré des blindés turcs stationnés le long de l’autoroute entre Tal Tamr et Ain Issa. Cela complique la situation des militaires américains encore présents sur place, témoigne un responsable américain. Interrogé par CNN, il note une détérioration de la situation dans le nord-est de la Syrie et signale la présence d'"extrémistes" parmi les supplétifs de l’armée turque, qui auraient installé des check points sur cette autoroute : "Les forces américaines risquent de se retrouver isolées et il existe un risque accru de confrontation entre supplétifs turcs et forces américaines à moins que la Turquie ne mette immédiatement un arrêt à son avancée".

Désormais, il n'y a plus que Ras al-Aïn qui échappe aux forces turques qui s'étaient emparées de 40 villages depuis mercredi, selon l'OSDH. "Ces forces ont conquis toute la région frontalière, de Tal Abyad jusqu'à l'ouest de Ras al-Aïn". 

Des combats de plus en plus violents

Les combats et les bombardements turcs ou de leurs supplétifs ont été violents dimanche. Au moins 26 civils ont été tués, selon l'OSDH. En cinq jours, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l'OSDH. Plus de 130.000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU. Ankara a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières turques.

Face à cette escalade, le président américain Donald Trump a ordonné "un retrait délibéré des forces américaines" du nord de la Syrie, a annoncé le chef du Pentagone Mark Esper qui a avancé le chiffre de moins de 1000 soldats. "Nous n'avons pas abandonné les Kurdes", s'est-il aussi défendu, alors que les critiques de la communauté internationale pleuvent.

A la faveur de la guerre complexe en Syrie déclenchée en 2011, la minorité kurde a instauré une autonomie de facto sur de vastes régions du nord et nord-est du pays, le long de la frontière turque. Ces secteurs sont sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance dominée par les YPG.

Aidées principalement des Etats-Unis, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre l'EI vaincu en Syrie en mars dernier.

"Ils ont attaqué les gardes"

Répondant aux menaces et critiques de nombreux pays, le président turc Recep Tayyip Erdogan a répété dimanche sa détermination à poursuivre l'offensive. "Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent", a-t-il dit après que Berlin et Paris ont annoncé la suspension des ventes à la Turquie d'armes qui pourraient être utilisées contre les forces kurdes. 

Les FDS ont en outre maintes fait dit que l'assaut turc pourrait entraîner une résurgence de l'EI.

Dimanche, "785 (proches) de membres étrangers de l'EI ont fui le camp d'Aïn Issa", ont affirmé les autorités kurdes. "Ils ont attaqué les gardes et ouvert les portes". "Toutes les familles de membres de l'EI ont fui", a indiqué à l'AFP un responsable kurde, Abdel Qader Mouahad, en faisant état "d'émeutes". 

Selon les informations recueillies par la RTBF, une dizaine de ressortissants belges, essentiellement des femmes et des enfants, se trouvaient dans ce camp et y seraient restés.

Selon l'OSDH, une partie des gardiens du camp se sont retirés pour aller épauler leurs camarades combattant les supplétifs syriens à 10 km de là.

Quelque 12.000 combattants de l'EI, des Syriens, des Irakiens mais aussi 2500 à 3000 étrangers originaires de 54 pays, sont détenus dans les prisons sous contrôle des Kurdes, selon leurs statistiques. Les camps de déplacés accueillent quelque 12.000 étrangers, 8.000 enfants et 4.000 femmes.

L'offensive turque a ouvert un nouveau front dans le conflit complexe en Syrie, où plus de 370.000 ont été tuées et des millions déplacées depuis 2011. 
 

Explosions dans les environs de Ceylanpinar (partie kurde de la Syrie) - 14 octobre

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK