Syrie: " C'est la présence américaine qui est le problème pour Damas"

Syrie: "Idleb est un détail. C'est la présence américaine qui est le problème pour Damas"
Syrie: "Idleb est un détail. C'est la présence américaine qui est le problème pour Damas" - © Tous droits réservés

Les rebelles et les djihadistes ont achevé ce mardi le retrait de leurs armes lourdes de la future "zone démilitarisée" au nord de la province d'Idleb, en Syrie.

C'est le résultat d'un accord intervenu le 17 septembre dernier entre la Russie et la Turquie, à propos du devenir de cette dernière enclave détenue par les djihadistes hostiles à Damas.

La mise en place de cette future zone démilitarisée permettra de mettre à l'abri les agglomérations voisines, comme Alep, Lattaquié ou Hama, des agglomérations contrôlées par le régime, comme désormais les deux tiers du territoire syrien.

L'accord intervenu entre la Russie et la Turquie devait permettre d'éviter une offensive de Damas et de son allié russe dans cette province, la dernière à résister militairement au régime.

La Turquie souhaite en effet éviter la dispersion sur son territoire propre des combattants armés, qu'elle soutient pourtant dans un souci de faire face au Kurdes tous proches. 

Mais est-ce tout de même la fin pour ces derniers groupes rebelles et djihadistes syriens? Nous avons pu en parler avec Fabrice Balanche, maître de conférence à k'Université de Lyon 2, et spécialiste de la Syrie.

 

De quels rebelles parle-t-on lorsque l’on parle des rebelles d’Idleb ?

Fabrice Balanche: A Idleb, il reste entre 50 000 et 100 000 rebelles. Il est difficile de dire précisément combien ils sont, mais c’est la fourchette la plus crédible.

Parmi eux, il y a des djihadistes proches d’Al Qaeda, Hayat Tahrik al Sham et Hourath al Dine, des Ouïghours venus de Chine. Ce sont les plus radicaux, et ils sont à peu près 30 à 40 000. Et puis vous avez des rebelles plus modérés, des islamistes aussi, qui sont pro-turcs, parce qu’ils sont financés par la Turquie.

Et lorsqu’on parle du retrait des armes lourdes, uniquement de la zone démilitarisée, c'est-à-dire de cette zone de 10 à 15 km sur la frontière de la province d’Idleb, cela concerne normalement l’ensemble des groupes rebelles, y compris les djihadistes.

Début septembre, l’armée syrienne, avec l’appui de la Russie, se préparait à lancer l’assaut contre la province d’Idleb, qui est la dernière province rebelle de Syrie. Finalement, un accord a été trouvé avec la Turquie, qui ne voulait pas cette offensive. Il a été décidé d’obliger les rebelles et les djihadistes à retirer les armes lourdes de cette zone, afin qu’ils ne puissent plus lancer des offensives, qu’ils ne puissent plus bombarder les zones loyalistes, notamment Hama, Alep ou Lattaquié, qui sont les grandes villes qui se trouvent dans le pourtour de cette province.

Est-ce que avec cet accord et ces négociations avec la Turquie, c’est la fin du combat des rebelles ?

Fabrice Balanche : Le glas de leur combat a déjà été sonné il y a quasiment deux ans, lorsqu'Alep a été reprise par l’armée syrienne. Après cela a été une suite de victoires : la banlieue de Damas, le sud de la Syrie, la reprise de l'est... Et on sait très bien que les rebelles et les djihadistes d'Idleb n'ont plus aucun espoir. 

Mais aujourd'hui la question est de savoir ce que l'on va faire d'eux. Ces 30 à 40 000 djihadistes vont-ils être évacués vers la Turquie, puisque c'est elle qui les a faits venir?  Je pense que ni en Europe, ni en Russie, on a envie de les voir revenir. Les éliminer? Ils sont quand même très nombreux. Donc il y a toute une question à propos du devenir de ces djihadistes.

Et de toute façon, la bataille n’a pas encore commencé, mais elle va se produire tôt ou tard, parce qu’on imagine mal le régime syrien ou la Russie laisser cette poche djihadiste. Le régime a donc gagné. Après sept ans de combats, il est toujours en place, et aujourd’hui plus personne ne pense à le faire tomber.

Je pense que ni en Europe, ni en Russie, on a envie de les voir revenir

La province d’Idleb, elle, est un détail qui va se régler. Mais le plus gros problème, c’est la présence américaine dans le nord de la Syrie. Elle est là en appui aux forces kurdes, qui occupent à peu près 30% du territoire syrien. Les Etats-Unis sont présents pour combattre Daesh. Mais ils ont affirmé qu’après l’élimination de Daesh ils allaient rester pour bloquer l’influence iranienne dans la région. Et ca, ca peut durer plusieurs mois, plusieurs années.

Et tant que les Etats-Unis seront dans le nord de la Syrie, le régime ne pourra pas proclamer sa victoire totale.

Il y a encore une poche de Daesh à la frontière irakienne. Quelle importance a-t-elle ?

Fabrice Balanche : Cette poche aurait pu être éliminée rapidement, parce que ce ne sont que quelques villages. Il y a évidemment les plus durs de Daesh qui sont concentrés dans cette zone. Il n’est pas question de les transférer, car il n’y a plus de territoire aujourd’hui tenu par Daesh dans la région.

Mais les Kurdes n’ont pas intérêt à éliminer trop vite cette poche, parce que ça permet de justifier la présence américaine, et donc d’être protégés d’une éventuelle attaque turque.

Même si les Etats-Unis ont dit qu’ils allaient rester, les Kurdes se méfient. Avec Trump, on n’est jamais à l’abri d’un tweet ravageur qui entraîne le départ des troupes américaines. Ils se retrouveraient alors entre le marteau turc, et l’enclume de l’armée syrienne. Donc ils prennent leur temps. Ça fait un an qu’ils piétinent devant ces quelques villages.  Et de ce côté là on n’a pas tellement envie d’en finir rapidement.

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