Syrie: à la frontière turque, des Kurdes impuissants et d'autres qui se battent

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), des combats acharnés opposent les combattants de l'EI aux membres des Unités de protection du peuple (YPG, principale milice kurde syrienne) qui défendent "farouchement" Kobané (Aïn el-Arab en arabe), située à la frontière avec la Turquie.

"Il y a juste une vallée qui sépare les jihadistes" de cette troisième ville kurde de Syrie dont la prise permettrait à l'EI de contrôler sans discontinuité une longue bande de territoire le long de la frontière turque, selon l'OSDH. "Bien qu'inférieurs en nombre et en armement, les combattants kurdes refusent de se retirer", a ajouté le chef de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. "C'est pour eux une question de vie ou de mort".

Les YPG ont reçu le soutien d'avions de la coalition conduite par les Etats-Unis, qui ont mené au moins cinq frappes contre les positions de l'EI à l'est de Kobané, assiégée par les jihadistes, selon l'OSDH. Au moins huit jihadistes ont été tués.

Malgré ces raids, les jihadistes ont continué à tirer des roquettes sur la ville, où se trouvaient encore des milliers de civils, selon l'OSDH, après la fuite en Turquie de plus de 160 000 habitants de Kobané et des villages environnants pris par les jihadistes.

Impuissance

Chaque jour, des dizaines de Kurdes, turcs ou réfugiés de Syrie, prennent place sur les hauteurs du village turc de Mursitpinar, juste derrière les rouleaux de barbelés qui séparent les deux pays, pour suivre les affrontements qui opposent "leurs" troupes aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

"Nous venons ici depuis que Daesh (l'acronyme arabe de l'EI) s'est approché de Kobané (le nom kurde d'Aïn al-Arab)", explique Bakir Oz.

"J'ai encore des enfants qui sont là-bas, mais ce n'est pas seulement parce que nous avons de la famille de l'autre côté que nous attendons ici", ajoute ce Kurde de Turquie, "c'est aussi parce que nous sommes un seul et unique peuple".

Même avec des jumelles, les supporteurs de la cause kurde ont bien du mal à suivre les opérations qui se déroulent à leurs pieds. A la nuit tombée, la lumière des balles traçantes vient parfois illuminer les champs qui entourent la ville. Et de temps en temps, le claquement des rafales ou d'un obus brise le silence.

Le regard tendu vers le sud, Anter Oz ne cache pas son inquiétude. "L'EI dispose d'armes lourdes. L'équilibre des forces ne peut être rétabli que si on fournit aux combattants kurdes le même type d'armement", professe-t-il, "la résistance continue mais si Kobané tombait, ce serait une catastrophe et le début d'un génocide des Kurdes".

Tout autour de l'assistance, l'armée turque a renforcé son dispositif de sécurité.

Depuis lundi, des dizaines de chars, de véhicules blindés et de pièces d'artillerie sont sortis de leurs casernes et pointent leurs canons vers Aïn al-Arab, après la chute de plusieurs obus de mortier d'origine inconnue sur le territoire turc.

Réticences turques

Une mobilisation de pure forme et insuffisante, tranchent les Kurdes, qui n'en finissent pas de dénoncer les ambiguïtés de la politique d'Ankara vis-à-vis des ultraradicaux de l'EI. A commencer par son refus d'autoriser les Kurdes turcs à passer en Syrie pour rejoindre la "résistance" aux jihadistes. "La Turquie ne nous autorise pas à traverser la frontière", déplore Bozan Guclu.

"Lundi encore, les forces de sécurité nous ont chassés de la frontière et nous ont repoussés jusqu'à la ville de Suruç", grogne-t-il. "Mon frère combat à Kobané, je veux le rejoindre (...) nous ne laisserons jamais passer Daesh".

Même s'il l'a toujours nié, le gouvernement islamo-conservateur turc est accusé d'avoir longtemps soutenu, et même armé, les groupes rebelles syriens les plus radicaux, dont l'EI, avec l'espoir d'accélérer la chute du régime du président Bachar al-Assad.

Ankara s'est jusque-là refusé à rejoindre la coalition militaire réunie par les Etats-Unis pour combattre les jihadistes mais a amorcé un revirement après la libération, le 20 septembre, de 46 de ses ressortissants retenus en otage par le groupe jihadiste.

Le Parlement turc doit étudier jeudi, avant de très probablement l'adopter, une résolution qui autorise l'armée turque à intervenir en Syrie et en Irak.

Malgré cela, de nombreux Kurdes pointent du doigt les réticences de la Turquie à s'aligner aux côtés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Enfants tués à Homs

 

Les combats sont suivis avec anxiété par des Kurdes montés au sommet d'une colline du côté turc de la frontière, qui domine Kobané. "La résistance continue mais si Kobané tombait, ce serait une catastrophe", s'inquiète l'un d'eux, Anter Oz.

Ankara, qui a renforcé son dispositif militaire au poste-frontière de Mursitpinar, a finalement déposé un projet de mandat autorisant l'intervention de son armée en Irak et en Syrie, aux côtés de la coalition menée par Washington à laquelle participent à différents degrés une cinquantaine de pays. Le Parlement turc en débattra jeudi.

La montée en puissance en Syrie du groupe ultra-radical de l'EI responsable d'atrocités a éclipsé la guerre entre les rebelles syriens et le régime de Bachar al-Assad qui fait rage depuis mars 2011. L'EI y combat aussi bien les rebelles que l'armée.

Ailleurs en Syrie, dans la ville de Homs (centre) reprise en grande partie par le régime, au moins 39 personnes, en majorité des enfants, ont été tuées dans un double attentat à la voiture piégée devant deux écoles du quartier Akrama, habité en majorité par des alaouites, une communauté dont est issu M. Assad, selon l'OSDH.

Le modus operandi de cet attentat fait penser à ceux commis régulièrement par l'EI ou le Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, également engagé dans la guerre en Syrie.


AFP

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