Symbole d'une Tunisie qui s'ouvre, une association de défense des LGBT aujourd'hui menacée

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Emblème deUne association de défense des LGBT en Tunisie menacée - © Tous droits réservés

"Shams", principale association de défense des LGBT en Tunisie, avait rendez-vous au tribunal le vendredi 1er mars. Son existence est menacée. Le chargé des contentieux de l’Etat entend dissoudre l’association qui selon lui « contrevient » aux « valeurs islamiques de la société tunisienne qui rejettent l’homosexualité ». L’association est parvenue à obtenir un report d’audience. Son destin se jouera le 3 mai. Un mois de sursis avant un nouvel épisode judiciaire l’oblige à peut-être devoir mettre la clé sous la porte.

Cette audience est en fait la conséquence d’un appel du chargé des contentieux de l’Etat contre une précédente décision de justice qui date de… 2016. En février de cette année-là, un tribunal de Tunis avait rejeté une plainte du secrétaire général du gouvernement de l’époque selon laquelle Shams violait la loi encadrant les associations. Pourquoi le chargé des contentieux de l’Etat revient ainsi à la charge ? L’explication est à chercher ici : en fin d’année ont lieu des élections législative et présidentielle.

La menace des élections

C’est la révolution de 2011 qui a permis aux associations comme « Shams » d’exister. Comble de l’ironie, c’est la démocratie qui la menace aujourd’hui.

Pour Bouhdid Bilhedi, le directeur de l’association, il est clair que l’acharnement des autorités est lié à ces échéances : « La classe politique au sens large – et pas seulement les islamistes – veut remporter les élections ».

Pour siéger au parlement et décrocher la présidence de la république, ils veulent séduire la base électorale. Même s’ils laissent tomber les droits et les libertés individuelles.

Une base électorale encore souvent homophobe…

Sur le papier, la Tunisie fait pourtant figure d’exemple. C’est l’un des rares pays du monde arabe à permettre aux associations de défenses des minorités sexuelles d’œuvrer librement. Sur le papier seulement.

En Tunisie, les homosexuels risquent toujours jusqu’à 3 ans de prison, selon l’article 230 du code pénal. " Depuis le début de l’année, une quinzaine de personnes ont été arrêtées pour homosexualité. Si les autorités ne pratiquent pas le test anal pour amener des preuves, ils confisquent et fouillent les téléphones portables des victimes. "

Le test anal, encore largement pratiqué, non seulement n’a aucune valeur scientifique mais est contraire à tous les textes internationaux s’insurge l’association menacée de devoir fermer. Bouhdid Bilhedi n’a pas seulement peur pour son association, mais il craint pour tous ceux qu’elle défend : " On a peur, oui, parce que ce n’est pas seulement l’association qui est menacée ici, mais finalement les droits de toute la communauté ".

Le problème n’est pas seulement lié à la religion. Pour Bouhdid Bilkedi, " les causes de l’homophobie dans la société tunisienne sont multiples ". " C’est le machisme, c’est une société qui reste arabo-musulmane ", ajoute-t-il.

Mounir Baatour, président de l’association appelle un chat un chat : " Celui qui pénètre est moins mal vu que celui qui se fait pénétrer. Un homosexuel passif n’est pas un homme, il se fait baiser. Ça porte atteinte aux valeurs des hommes arabo-musulmans et cela les dérange dans leur machisme et leur masculinité ".

Une association qui dérange

L’association dérange d’autant plus qu’elle médiatise les cas d’arrestation des homosexuels, alerte la communauté internationale, et milite pour l’abolition du test anal.

Les ONG internationales Human Rights Watch et Amnesty condamnent cet acharnement des autorités contre Shams. " Si les organisations de défense des droits humains et des minorités sexuelles sont forcées de fermer, c’est l’image même de la Tunisie comme sanctuaire de liberté et de démocratie dans la région qui en pâtira ", martèle Amna Guellali, la directrice du bureau de Tunis de HRW.

Même si Shams devait perdre cette bataille et être condamnée à ne plus exister, elle assure qu’elle continuera son combat et s’il le faut, devant les tribunaux internationaux.

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