Sunnites, chiites: des lignes de front bouleversées en Irak et en Syrie

Gilles Kepel
Gilles Kepel - © Archive JOEL SAGET/AFP

Le spécialiste du Moyen-Orient Gilles Kepel livre un éclairage sur les événements de ces derniers jours en Syrie et en Irak. Selon lui la perception en Europe du conflit syrien évolue: beaucoup pensent que la perspective d’Al-Qaïda est encore pire que le pouvoir actuel de Bachar al-Assad.

Pour le spécialiste de l’islam et professeur à sciences po à Paris Gilles Kepel, on assiste actuellement à un "bouleversement global des lignes de front au Moyen-Orient, surtout dans l’axe levantin autour de la Syrie, entre d’un côté l’Irak et d’autre côté le Liban. Au moment où Fallouja (en Irak) est tombé au pouvoir de milices sunnites radicales djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui se sont dressées contre le gouvernement de Bagdad (qui est chiite), en même temps, de l’autre côté de la frontière irako-syrienne, dans la ville de Raqa (qui était contrôlée par ce même EIIL), ces brigades djihadistes qui luttent contre Bachar al-Assad, ce mouvement a été chassé par d’autres milices rebelles qui l’ont expulsé parce qu'elles considéraient que leur propagande et leur manière de fonctionner très radicale abimaient la cause des rebelles syriens aux yeux de l’opinion internationale. Cela s’articule sur un front mouvant entre, d’un côté, des sunnites soutenus par les pétromonarchies du Golfe (l’Arabie Saoudite, le Koweït et d’autres) et de l’autre côté, des chiites soutenus par l’Iran, l’Irak, par Bachar al-Assad et par le Hezbollah".

L'opinion a changé

Au sein même des groupes rebelles sunnites il y a aussi des conflits, poursuit Gilles Kepel : "En Syrie, la rébellion qui avait été prise en otage par les groupes les plus radicaux liés à Al-Qaïda (qui dispose de beaucoup d’argent et de beaucoup d’armement) s’est aujourd’hui divisée. La plupart des groupes qui, en Irak et en Syrie, sont opposés à Al-Qaïda ont pris les armes pour se débarrasser d’eux, conscients que, s’ils continuaient à garder l’ascendant, cela servait énormément Bachar al-Assad".

Selon le chercheur, alors qu’auparavant la plupart des Européens considéraient que Bachar al-Assad était "un monstre", aujourd’hui l’opinion a changé et beaucoup considèrent que la perspective d’Al-Qaïda est encore pire. "En Belgique, le problème est encore plus aigu qu’en France : tous les djihadistes qui partent rejoindre le front du djihad syrien et qu’on redoute qu’ils reviennent sur-politisés et sur-aguerris pour commettre des attentats en Europe, tout cela est en train de changer la perception du conflit" analyse Gilles Kepel.

A.L. avec B. Henne

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