Stérilisations et avortements forcés pour faire baisser la population : des femmes Ouïghoures accusent la Chine

Gulnar Omirzakh a été menacée de détention
Gulnar Omirzakh a été menacée de détention - © AP

L’enquête menée par l’agence AP est interpellante. Elle porte sur la politique que mènent les autorités chinoises à l’égard de la population ouïghoure dans la région de Xinjiang. Les témoignages que cette agence a recueillis auprès des femmes de cette communauté sont accablants : on parle de stérilisations et d’avortements forcés, de détentions dans des camps, de mesures visant à faire baisser cette population musulmane.

" Ceux qui n’obéissent pas sont envoyés dans des camps"

Gulnar Omirzakh a trois enfants. Après la naissance du dernier, son mari a été envoyé dans un camp. Et elle-même a été menacée du même traitement si elle ne payait pas une amende. Ce troisième accouchement était considéré par les autorités comme illégal : " mais je n’avais pas le moindre sou pour payer cette amende. Quand mes enfants ont entendu que je pourrais être détenue, ma fille aînée a pleuré et la plus jeune sanglotait en se demandant où ils allaient aller et qui prendrait soin d’eux si j’allais là-bas […] S’ils disent que c’est illégal, ils vous font avorter. Ceux qui n’obéissent pas sont envoyés dans des camps. Maintenant les gens ont peur de donner naissance"

Gulnar Omirzakh a réussi à réunir la somme exigée puis elle s’est enfuie au Kazakhstan.

Zumret Dawut a connu le même genre d’histoire. Elle est mère de trois enfants et a été détenue dans un camp d’internement. Après sa libération, elle a été stérilisée de force : " La seule chose que nous pouvons faire, c’est obéir. Nous ne pouvions pas nous enfuir même si nous le voulions car ils avaient confisqué nos passeports et nos documents. C’était la réalité à laquelle nous étions confrontées, c’était une prison à ciel ouvert."

Elle estime avoir perdu son identité de femme : " Nous ne pourrons plus jamais avoir d’enfants. Ils veulent nous éliminer, mais ils ne peuvent pas nous tuer tous car le monde les observe. Alors, ils y vont étape par étape avec des politiques de stérilisation, d’emprisonnement, de séparation des couples et de condamnations à des travaux forcés"

 

Des naissances en diminution drastique

Ces témoignages viennent renforcer une étude menée par un chercheur allemand, Adrian Zenz qui a déjà écrit plusieurs rapports sur les politiques chinoises dans cette région. Il a pu consulter des documents administratifs chinois et constater que dans les régions où les Ouïghours sont majoritaires, le nombre de naissances a fortement chuté depuis 2016 : " Les efforts du gouvernement pour réduire le nombre de naissances au Xinjiang sont systématiques et impitoyables. Nous parlons de contraception forcée, nous parlons de menaces d’internement pour tous ceux qui ont violé la politique de contrôle des naissances. "

Pour lui, il s’agit clairement d’une stratégie : " les populations qui ne croissent pas rapidement sous plus facilement contrôlables".

Réaction américaine

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompéo, a réagi : "Le monde a eu accès aujourd’hui à des informations troublantes selon lesquelles le Parti communiste chinois a recours à des stérilisations forcées, des avortements forcés et une politique de contrôle des naissances coercitive contre les Ouïghours et d’autres minorités du Xinjiang", dans le nord-ouest de la Chine. "

Il appelle " le Parti Communiste Chinois à cesser immédiatement ces pratiques horribles et nous demandons à tous les pays de se joindre aux Etats-Unis pour demander qu’il soit mis fin à ces abus déshumanisants".

 

 

Archive JT: la surveillance des Ouïghours en Chine (sujet du 25 novembre 2019)

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