St-Pétersbourg: "Un attentat qui renforce le régime de Vladimir Poutine"

Faute d’éléments concrets, Xavier Follebouckt, spécialiste de la Russie estime encore difficile de dire avec certitude quel courant est à l'origine de l'attentat.
Faute d’éléments concrets, Xavier Follebouckt, spécialiste de la Russie estime encore difficile de dire avec certitude quel courant est à l'origine de l'attentat. - © Tous droits réservés

Au lendemain de l’explosion d’une bombe dans une station de métro de Saint-Pétersbourg et de la découverte d’une seconde bombe désamorcée dans une autre station, de nombreuses  questions se posent. Qui est à l’origine de cet attentat? Quel effet aura-t-il sur le pouvoir de Vladimir Poutine et les mouvements d’opposition sauront-ils tirer parti d’une éventuelle déstabilisation du pouvoir? Alors que l’auteur de l’attentat serait un "kamikaze d’origine kirghize", Xavier Follebouckt chercheur à l’UCL et spécialiste de la Russie estime que les pistes demeurent nombreuses.

La Russie : l’ennemi à abattre

Le parquet russe et les messages officiels confirment un attentat. La première piste est celle du groupe terroriste EI pour qui la Russie est devenue une cible symbolique. "La Russie est intervenue en Syrie depuis mars 2015. Elle est devenue l’ennemi à abattre. Elle est présentée comme anti sunnite. Par ailleurs, de très nombreux combattants russes (entre 2000 et 4000 selon les sources) sont partis en Syrie pour se battre aux côtés des djihadistes. Et comme l’EI perd du terrain en Syrie et en Irak, un grand nombre de ces combattants russes reviennent au pays, ce qui crée les conditions favorables pour une telle attaque."

La Tchétchénie est devenue le phare central des combats

Le chercheur évoque aussi la convergence entre EI et les groupes qui menaient la guerre en Tchétchénie. Une connivence qui n’est pas neuve, mais remonte aux années 2000. "La Russie, le Daghestan et la Tchétchénie ont subi de très nombreuses attaques. Des Tchétchènes sont partis combattre en Syrie et ont commis des attentats en Turquie. La Tchétchénie est devenue le phare central de ces combats. On peut y coordonner ce genre d’attaque." Mais faute d’éléments concrets, Xavier Follebouckt estime encore difficile de dire avec certitude quel courant à opéré. En revanche, la présence à St-Pétersbourg de Vladimir Poutine et du président du Bélarus, n’est peut-être pas une coïncidence.

L’EI fait preuve d’opportunisme

Souvent visé, comme lors de la destruction en vol d’un avion de touristes russes dans le Sinaï, le gouvernement russe n’en est pas pour autant la cible n°1 de l’EI. Pour Xavier Follebouckt, le groupe terroriste EI choisit ses cibles en fonction des opportunités. "L’EI ne fait pas la différence entre les frappes de la Coalition et les frappes russes. Et la Russie a pris une grande place depuis son intervention militaire en 2015. Mais cela concerne aussi les autres pays, dont la Belgique, la France et le Royaume uni. L’EI agit par opportunité. C’est une question de moyens: comment faire réussir une attaque sans que cela ne coûte trop cher."

La Russie: une action pas très claire

Les actions que mène la Russie en Syrie manquent de clarté. Officiellement, il sont présents pour combattre le terrorisme. Mais sur le terrain, c’est autre chose. "En Syrie, l’écrasante majorité des frappes russes vise l’opposition au régime. Le but est d’obtenir le renforcement du régime de Bachar el-Assad. Et ce but-là est atteint. La gouvernement russe veut ensuite de se présenter comme l’interlocuteur principal dans le processus de paix qui s’enclenche. Et là aussi, Poutine remporte son pari. Pour autant, la Russie n’est qu’un ennemi de l’EI parmi d’autre. La Russie apparaît comme un État croisé important. Ce qui pourrait expliquer l’attentat."

L’attentat, bonne ou mauvaise nouvelle pour Poutine?

On ne peut pas parler d’échec du pouvoir russe, explique le géopolitologue. "Un attentat est toujours difficile à éviter. Nous l'avons vu chez nous. Et les Russes ont l’habitude de ces attaques très meurtrières. Cela fait partie du quotidien de la population." Pour Xavier Follebouckt on ne peut voir dans l’action de St-Pétersbourg  un moment charnière. "Pour le moment, l’attention de la population est centrée sur la solidarité avec les victimes et sur l’unité nationale. Dans cas-là, on peut imaginer qu’à court terme le régime se verra conforté par ce rassemblement populaire autour d’une tristesse commune."

Dans le même temps, les mesures de sécurité ont été renforcées par une loi antiterroriste qui augmente le pouvoir de surveillance. "Des lois visent notamment la liberté sur Internet. Cela permet aussi de lutter contre la liberté d’expression et contre les partis d’opposition." Le gouvernement russe entretient aussi une relation ambiguë avec les groupements terroriste qu’il peut instrumentaliser à son profit. "Il semblerait que pendant la guerre en Syrie, des forces de sécurité russes ont facilité le transit de combattants nord caucasiens vers la Syrie en espérant qu’ils aillent s’y faire tuer là-bas plutôt qu’en Russie. Mais c’est jouer avec le feu."

Le pouvoir de Poutine s’est imposé après les attentats de Moscou en 1999

Pour Xavier Follebouckt, la menace terroriste a aidé Vladimir Poutine à construire une État fort : "C’est évident. Son pouvoir s’est imposé après les attentats de Moscou en 1999. On ne peut pas dire si ces attentats ont été organisés par les forces de sécurité ou non, mais la conséquence est la consécration d’un régime fort et de l’élection de Poutine comme président. La campagne contre la Tchétchénie, qui a fait des milliers de victimes civiles, s’est faite au nom de la guerre contre le terrorisme et au nom de la prospérité."

Un nouveau mouvement d’opposition

Le mouvement d’opposition créé par Alexeï Navalny pourrait paradoxalement tirer lui aussi avantage de ces événements. Mais dans le plus long terme. "Quantitativement, il est moins important que ne l’ont été d’autres mouvement d’opposition, mais il rassemble des manifestants de toute la Russie et pas uniquement de Moscou et St-Pétersbourg. Il touche aussi les milieux ruraux et les jeunes. Tous ont conscience de la corruption et ne regardent pas la télévision qui est au service  de l’État. Ils se tournent vers internet qui est moins filtré. Ce mouvement va continuer, mais Navalny ne veut pas aller trop loin, trop vite. Il veut se présenter à la Présidentielle en 2018 pour effriter la légitimité de Poutine. Vladimir Poutine ne perdra pas les élections, mais il apparaîtra, peu à peu à la population, comme la source des problèmes." A long terme, le mouvement pourrait menacer le régime, mais plutôt comme une vague de fond au sein de la population qui accepte de moins en moins une corruption connue de tous. "Si le gouvernement met en place une répression forte, cela risque de pousser d’autres partie de la population à se mobiliser également. Mais si le pouvoir reste suffisamment serein pour gérer le problème, l’effet pourrait en demeurer limité."

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