Soudan: les bombardements continuent dans le Sud, 16 morts

Khartoum, de son côté, a accusé Juba de vouloir "ébranler sa stabilité" en continuant à soutenir les rebelles sur son territoire, au lendemain du refus annoncé du président soudanais Omar el-Béchir de revenir à la table des négociations avec son voisin du Sud.

Dans la nuit de lundi à mardi, les avions soudanais ont pris pour cible les localités sud-soudanaises de Panakwach et Lalop, dans l'Etat d'Unité, ainsi que le poste-frontière de Teshwin, une zone contestée, théâtre d'intenses combats entre les deux armées ces derniers jours, a affirmé mardi le gouverneur d'Unité, Taban Deng, à Bentiu, capitale de cet Etat frontalier.

Les bombardements ont continué jusqu'aux "première heures" mardi, a-t-il ajouté, précisant que les frappes les plus profondes avaient été recensées à environ 25 km de la ligne de front, à la frontière non démarquée entre les deux Soudans.

Khartoum dément systématiquement toute frappe aérienne en territoire sud-soudanais, dont certaines ont pourtant été confirmées par l'ONU et des journalistes.

Selon l'ambassadrice américaine à l'ONU Susan Rice, ces derniers bombardements ont fait 16 morts et 34 blessés. Elle a dit se baser sur un bilan donné mardi par la Mission de l'ONU au Soudan (MINUS) au cours d'une réunion du Conseil de sécurité consacrée à ce pays.

Les bombardements ont aussi causé des "dégâts importants" aux infrastructures, notamment les installations pétrolières, a-t-elle ajouté.

Les Etats-Unis ont appelé le Soudan à "cesser immédiatement les bombardements aériens et les tirs d'artillerie au Soudan du Sud", la secrétaire d'Etat Hillary Clinton estimant que Khartoum aurait au contraire dû mettre à profit sa récente reconquête de la zone frontalière contestée de Heglig pour proposer à son voisin sud-soudanais une reprise des négociations.

Le président sud-soudanais est en Chine

Reçu à Pékin par son homologue Hu Jintao, Salva Kiir a estimé que sa visite intervenait "à un moment critique pour la République du Soudan du Sud parce que notre voisin de Khartoum (nous) a déclaré la guerre".

Principal allié d'un Soudan isolé diplomatiquement depuis les années 90 et son premier partenaire économique, Pékin a aidé Khartoum à devenir un important exportateur de pétrole. Mais la Chine s'approvisionne aussi en or noir auprès du Sud qui, en proclamant son indépendance en juillet 2011, a récupéré les trois-quarts des réserves pétrolières du Soudan d'avant la partition.

L'Union africaine, dont la médiation a abouti à ce jour à une impasse, a pour sa part accouché d'une nouvelle feuille de route mardi soir, prévoyant une reprise des négociations d'ici deux semaines, et leur aboutissement dans les trois mois, sous peine de "mesures appropriées" contre toute partie qui y ferait obstacle.

La ligne de front semblait calme mardi, mais les deux Soudans ont apparemment renforcé leurs effectifs, déployés dans des tranchées le long de leur frontière contestée, où d'intenses combats les ont opposés depuis fin mars dans la zone pétrolière de Heglig, à une soixantaine de km au nord de Bentiu. Dans la capitale d'Unité, bombardée lundi par l'aviation soudanaise, le chef adjoint des renseignements militaires, Mac Paul, a affirmé, sans que cela puisse être vérifié, avoir des "informations" selon lesquelles "l'armée soudanaise mobilise pour une offensive sur Bentiu".

Les relations entre Khartoum et Juba, marquées par des tensions persistantes depuis l'indépendance du Soudan du Sud, se sont sérieusement envenimées, particulièrement après la conquête, le 10 avril par les forces sud-soudanaises, de Heglig, revendiquée par les deux pays mais jusque-là contrôlée par l'armée soudanaise.

Les militaires soudanais ont repris ce week-end le contrôle de cette zone dont les puits fournissent au Soudan la moitié de sa production de brut. Khartoum affirme en avoir chassé militairement les troupes sud-soudanaises, tandis que Juba assure s'en être retiré volontairement pour répondre aux demandes internationales.

De son côté, le ministère soudanais des Affaires étrangères a accusé dans la nuit de lundi à mardi le gouvernement sud-soudanais de poursuivre "ses activités hostiles pour ébranler la stabilité et la sécurité du Soudan".

AFP

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