Soudan du Sud: une guerre qui n'en finit pas

Soudan du Sud: une guerre qui n'en finit pas
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Soudan du Sud: une guerre qui n'en finit pas - © Patricia HUON

AK-47 à la main, chargeurs en bandoulière, uniformes dépareillés, baskets ou sandales aux pieds, une centaine de soldats marchent en rangs. "Viva Dr Machar !", reprennent-t-ils en cœur, affichant leur soutien à l’ex vice-président sud-soudanais, devenu chef rebelle, Riek Machar. Motivés par la rare présence de deux journalistes, ils tentent une démonstration de force sur la base militaire de Panyume, en Equatoria-Central, non loin de la frontière avec l’Ouganda, un des territoires encore sous leur contrôle.

Je ne peux pas regarder mon peuple se faire massacrer 

Depuis près de 5 ans, le Soudan du Sud, est ravagé par la guerre. Un accord de paix et de partage du pouvoir a été signé le 12 septembre entre les belligérants. Mais à Panyume, ce sont surtout les récents combats avec les troupes gouvernementales, à une vingtaine de kilomètres plus au nord, qui animent les discussions. "S’ils ne veulent pas de la paix, nous devrons continuer à lutter, dit le colonel Jeremiah Duop, officier des forces d’opposition, qui rejette la responsabilité des affrontements sur les forces fidèles au chef de l’Etat, Salva Kiir. Ils nous ont attaqués, ont bombardé nos positions avec leur artillerie… Je ne peux pas regarder mon peuple se faire massacrer. Je dois me battre". 

Des villages désertés

Les engagements successifs, les cessez-le-feu entre les deux parties, ont tous été brisés. Le retour – suite à un précédent accord de paix - de Riek Machar à Juba, la capitale, en 2016 a, au final, entraîné une intensification du conflit. Après de violents combats, le leader de la rébellion a fui, avec ses hommes, pour éviter d’être tué. La guerre se propage alors au sud du pays, dans les régions d’Equatoria, jusque-là relativement épargnées. " Cette fois, Salva Kiir, veut que Riek Machar revienne à Juba sans ses troupes. Mais nous ne le laisserons pas fairer. Nous savons que le président ne veut pas vraiment la paix. Il veut faire revenir Riek, et le tuer ", pense Lam Paul Gabriel, porte-parole du SPLA en opposition (IO).

Autour de Panyume, et dans toute la région, les villages ont été désertés. Des centaines de milliers de personnes ont fui les atrocités commises sur les populations civiles. Elles ont trouvé refuge en Ouganda, où elles peuplent d’immenses camps. Mais quelques-uns sont restés, pour garder accès à leurs récoltes, pour aider à nourrir les rebelles, ou parce qu’ils refusent de quitter leurs terres. Jocelyn Kako, la quarantaine, vit dans une petite hutte couverte d’une bâche en plastique, sur un site où se sont installés des déplacés, juste à côté de la frontière, côté sud-soudanais. Son fils aîné combat avec les rebelles, deux autres, plus jeunes, vivent avec des proches, en Ouganda. " C’est plus sûr, et ils peuvent aller à l’école, dit-elle. Ici, il n’y a pas d’eau, pas de nourriture, pas d’ustensiles pour cuisiner. Même la natte sur laquelle je dors, une voisine me l’a donnée ". La guerre au Soudan du Sud a fait des centaines de milliers de morts, a séparés d’innombrables familles. Et malgré la signature d’un accord de paix, presque personne, ici, ne semble croire à sa prochaine mise en application.

Ecoles fermées au Sud Soudan (30/01/2018)

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