Soudan du Sud: au moins 58 morts dans l'attaque d'une base de l'ONU jeudi

Les Nations unies ont annoncé vendredi qu'au moins 58 personnes avaient été tuées et plus d'une centaine blessées dans l'attaque, jeudi au Soudan du Sud, d'une de leurs bases où sont réfugiés des milliers de civils.

Ces civils ont fui les violences ethniques dans une des régions les plus disputées du pays.

Un groupe d'environ 350 jeunes hommes armés a attaqué la base de l'ONU à Bor (200 km au nord de Juba), ville de l'Est sous contrôle gouvernemental, dévastée par les combats après avoir changé plusieurs fois de mains.

Les Etats-Unis "condamnent fermement les récentes attaques par des groupes armés au Soudan du Sud", a affirmé l'ambassadrice américaine à l'ONU Samantha Power dans un communiqué. Washington va "coopérer avec ses partenaires pour établir les responsabilités et s'efforcer de poursuivre en justice les coupables", a-t-elle conclu.

"Scandalisé"

Toby Lanzer, responsable du programme d'aide humanitaire pour la mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss), s'est également dit "scandalisé par l'attaque de jeunes hommes armés contre des civils réfugiés" sur la base de la Minuss à Bor, capitale de l'Etat pétrolifère de Jonglei.

Dans un communiqué ambigu, l'ONU elle-même avait condamné des "meurtres odieux", mais n'avait pas confirmé si l'attaque avait fait des morts. "Une foule d'hommes armés a forcé l'entrée de la base et a ouvert le feu" sur les civils, en blessant des "dizaines", a indiqué l'ONU, ajoutant que les Casques bleus avaient ouvert le feu sur les assaillants après avoir effectué plusieurs tirs de sommation, les forçant à battre en retraite.

Les assaillants avaient d'abord approché la base "en se faisant passer pour des manifestants pacifiques" désirant présenter une pétition à l'ONU, avant de lancer leur attaque, selon le communiqué.

Ravagée par les combats, la ville de Bor, située à environ 200 kilomètres au nord de la capitale, Juba, a changé de main à plusieurs reprises depuis le début du conflit.

Le ministre sud-soudanais de l'Information, Michael Makuei, a indiqué qu'un "très grand nombre" d'hommes armés de fusils avaient débordé les forces gouvernementales et attaqué les civils coincés dans le camp, ajoutant que les attaquants cherchaient à venger la prise de la ville de Bentiu (nord)par les forces rebelles deux jours plus tôt.

Le conflit au Soudan du Sud, qui a fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts et au moins 900.000 déplacés, avait éclaté le 15 décembre à Juba, avant de rapidement s'étendre à d'autres Etats clés du pays, en particulier ceux du Haut-Nil (nord-est), d'Unité (nord) et du Jonglei (est). Alimenté par une vieille rivalité politique, il oppose le président sud-soudanais Salva Kiir à son ancien vice-président Riek Machar, limogé en juillet 2013.

Plus de 67 000 civils sont réfugiés à l'intérieur des bases de l'ONU à travers le pays, afin de se protéger d'un conflit qui a pris une dimension ethnique, opposant les Dinka de Salva Kiir aux Nuer de Riek Machar.

En décembre, des hommes armés avaient déjà attaqué une base de l'ONU dans la ville d'Akobo, également dans l'Etat de Jonglei, tuant au moins 11 civils et deux Casques bleus indiens.

Grand risque de famine

L'armée du Soudan du Sud a indiqué jeudi qu'"il y a toujours des combats" autour de la ville de Bentiu, qu'elle tente de récupérer. "Bentiu est encore entre les mains des rebelles, mais nous nous en approchons", a déclaré Philip Aguer, le porte-parole de l'armée, à l'AFP.

Des Casques bleus, patrouillant dans Bentiu après que les rebelles aient pris la ville, ont indiqué avoir vu entre 35 et 40 cadavres sur le bord de la route, la majorité en uniforme militaire.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a mis en garde mercredi contre un risque de famine alors que les combats connaissent une recrudescence.

Selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), plus de 3,7 millions de personnes ont un besoin urgent d'aide humanitaire et jusqu'à 50.000 enfants vont mourir dans les prochains mois si une action immédiate n'est pas mise en œuvre.

"Le pire est à venir", a averti Jonathan Veitch, le chef de l'Unicef au Soudan du Sud. "Si le conflit continue et que les fermiers ratent la saison des plantations, le nombre d'enfants souffrant de malnutrition atteindra des sommets jamais vus ici".

AFP

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