Soudan: des manifestations de plus en plus dures contre Omar el-Béchir

Manifestation à Omdurman, Soudan, le 22 décembre 2018
Manifestation à Omdurman, Soudan, le 22 décembre 2018 - © Tous droits réservés

Le Soudan est-il à un tournant de son histoire ? Le pays connait en tout cas aujourd'hui la plus importante contestation depuis l'arrivée au pouvoir du président Omar el-Béchir, en 1989. A Khartoum, la capitale, et dans une dizaine d'autres villes, les manifestations se poursuivent sans relâche depuis le 19 décembre.

Le prix du pain s'envole, c'est la révolte 

Ce jour-là, le gouvernement soudanais a annoncé sa volonté de tripler le prix du pain de 1 à 3 livres soudanaises.. ... impensable pour beaucoup d'habitants dans ce pays qui vit une crise économique très grave. L'inflation frôle les 70 % et la monnaie s'effondre. Conséquence: difficile pour le Soudan d'importer des biens produits à l'étranger, notamment des biens de première nécessité. "Le résultat d'un embargo économique" martèle le président Omar el-Béchir ... le résultat d'une politique inadéquate selon les manifestants.

"Le peuple veut la chute du régime"

Au delà des revendications économiques, ceux qui défilent demandent aujourd'hui la démission de ce président qui dirige le pays d'un main de fer depuis presque 30 ans. Selon des manifestants contactés par l'AFP, certains scandent "le peuple veut la chute du régime"... une référence à peine voilée au slogan utilisé lors du Printemps arabe, en Tunisie, à partir de janvier 2011.

"Trente-sept manifestants abattus" 

Selon Amnesty International, 37 manifestants ont été "abattus par les forces de sécurité" depuis le début du mouvement il y a 7 jours. Dans un communiqué, l'ONG de défense des droits humains a exhorté les autorités soudanaises à cesser l'"usage meurtrier de la force".

Samedi, le chef du principal parti d'opposition, Sadek al-Mahdi s'est exprimé devant la presse en évoquant un bilan de 22 morts. "Le régime fait face aux manifestations avec la violence qui a causé la mort de 22 personnes, et en a blessé plusieurs et a arrêté des dizaines de personnes jusqu'à présent." 

Réactions internationales sur fond de répression

Ce 25 décembre, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la Norvège et le Canada se sont dits "inquiets" de ces violences et "réaffirment le droit du peuple soudanais à manifester pacifiquement".

Selon un tweet de l'ambassade britannique au Soudan, les quatre pays ont appelé Khartoum à "éviter les tirs à balles réels sur les manifestants, les détentions arbitraires et la censure des médias".

La tension monte encore ce mardi

A même moment, aux abords des artères principales de Khartoum, une important dispositif de sécurité était déployé. Des policiers et des forces anti-émeutes quadrillaient le secteur du palais présidentiel pour empêcher des groupes de protestataires de rejoindre le point de départ prévu pour une grande marche dans la capitale. 

Le président soudanais était lui en déplacement dans le gouvernorat d'Al-Jazeera, au sud de la capitale, "accompagné de nombreux ministres" selon l'agence de presse officielle Suna.

Omar el-Béchir y a dénoncé "des traîtres, des agents, des mercenaires" qui "sabotent" selon lui les installations et les institutions de l'Etat, lors d'une allocution publique retransmise à la télévision. Encore un changement de ton après avoir déclaré lundi soir que l'Etat allait entreprendre de "vraies réformes pour garantir une vie digne aux citoyens"

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