Sotchi: le prix exorbitant des Jeux olympiques de Vladimir Poutine

37 milliards pour 5 anneaux
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37 milliards pour 5 anneaux - © Renaud Hoyois

La flamme olympique brûlera le 7 février à Sotchi. C'est l'heure des derniers préparatifs en Russie. L'échéance est très importante pour Vladimir Poutine. Le Président russe n'a pas lésiné sur les moyens pour que son pays brille aux yeux du monde. Des travaux gigantesques pour plusieurs dizaines de milliards d'euros et des méthodes contestées : corruption et utilisation de travailleurs illégaux.

Quand on pénètre pour la première fois dans le parc olympique, on ne peut être qu’impressionné par l’ampleur du chantier. Six stades disposés en cercle entourent la torche géante qui accueillera la célèbre flamme venue de Grèce. Ils accueilleront les sports de glace (hockey, patinage...). Les épreuves de ski se dérouleront dans la montagne, à 50 kilomètres du bord de la mer. Pour l’heure, il n’y a pas encore d’athlètes. Seuls des ouvriers circulent dans la zone ultra sécurisée. Nous croisons notamment Ivan, pinceau à la main, qui termine de peindre en jaune un pilonne. Il lui en reste encore des dizaines à colorer. " Tout sera prêt, c’est certain. Je trouve ça vraiment très beau. C’est un énorme travail de construction tous ces stades " nous confie-t-il.

Un grand travail donc. Qui aura coûté cher. Très cher. Les dernières estimations parlent d’au minimum 37 milliards d’euros. Ce qui fait de ces Jeux les plus chers de toute l’histoire. Avec cette somme, on pouvait organiser trois fois les olympiades à Londres. Et plus de 20 fois, les derniers Jeux d’hiver organisés à Vancouver.

Ce prix exorbitant, les autorités Russes le justifient par le fait qu’il a fallu tout construire pour l’évènement. Le prix des Jeux serait donc le prix du neuf.

Sotchi, Babylone russe

Sotchi a des airs de Babylone. Dès que l’on quitte l’enceinte, on découvre un ballet de camions et de pelleteuses. Et des milliers d’ouvriers, les pieds dans des paquets de boue, encore occupés à construire les routes qui doivent mener aux stades. Au volant de son camion, un travailleur venu de Sibérie nous confie qu’avec ses collègues, ils se relaient jour et nuit pour boucler à temps les travaux. Son collègue nous détaille l’organisation : pour chaque véhicule, il y a deux chauffeurs qui se relaient toutes les huits heures.

Non loin d’eux, les habitants regardent les grues et les bétonneuses s'agiter. Assourdis par le bruit et excédés par ce remue ménage incessant. " Bien sûr qu’on n’en peut plus " nous confie une vielle dame. " Ca n’arrête pas ces travaux. C’est tout le temps. Mes murs tremblent " nous dit-elle avant de partir, furieuse.

Il est évident qu’il y a un décalage total entre l’argent dépensé pour ces Jeux et les conditions de vie dans ce quartier situé à moins de 100 mètres des installations olympiques. Par exemple, pour ne pas " gâcher " la vue des personnes qui résident dans un hôtel de l’organisation, une bâche a été placardée sur la façade pourrie. Une image de plage et de palmiers masquent les trous.

Un anonyme téméraire a inscrit sur ce cache misère: " Cadeau de Poutine ". Le prix des Jeux, c’est donc aussi la colère de ces habitants. C’est également des conditions de travail au mépris des lois.

Nous rencontrons un frêle jeune homme aux épaules bien plus larges qu’au premier coup d’œil. Semen Simonov est un défenseur des droits de l’homme. Des milliers de travailleurs exploités sur les chantiers des Jeux sont venus lui demander de l’aide. Ils n’étaient pas payés. Leurs passeports étaient confisqués. Le délégué de l’association Memorial nous montre ainsi des appartements construits pour les athlètes paralympiques. " Il y avait là 190 travailleurs qui sont venus me voir car ils n’avaient pas de contrat. Ils n’ont pas été payés pendant plusieurs mois. Finalement, le patron a fui en laissant tous les papiers ".

"La corruption, 50% des dépenses totales"

Un autre élément explique le prix astronomique de ces olympiades : la corruption. Le thème est tabou. Tout le monde sait que les dessous de table existent mais rare sont ceux qui osent en parler. Alexander Valov critique ouvertement le gouvernement sur son blog, très suivi à Sotchi. La corruption, nous confie-t-il dans un café de la cité balnéaire russe, on peut dire que cela représente 50% des dépenses totales. Payée en dessous de table, en sursalaire notamment pour les hauts fonctionnaires.

Symbole de ces surcoûts, la nouvelle autoroute reliant mer et montagne. Elle aurait coûté au final au minimum 6 milliards d’euros, 10 fois le prix payé chez nous. Les amis milliardaires de Vladimir Poutine ont obtenus de juteux contrats. Des investissements qui ne se limiteront pas aux Jeux. La ville olympique va également devenir hôte de la Formule 1 à la fin de l’année et de la Coupe du Monde de football en 2018. Rien n’est trop beau, ni trop grand pour Sotchi. La cité est devenue le symbole des ambitions démesurées du pouvoir russe qui dépense sans compter. Quel que soit le prix.

Frédéric Gersdorff

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