SOS Méditerranée en état d'urgence au large des côtes siciliennes : "Nous craignons la perte de vie humaine à bord"

Un rescapé à bord du navire de sauvetage SOS Méditerranée.
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Un rescapé à bord du navire de sauvetage SOS Méditerranée. - © Tous droits réservés

"La situation à bord est devenue intenable", s’insurge Sophie Beau, co-fondatrice et Directrice générale de SOS Méditerranée. Elle est même devenue dangereuse. Nous craignons la perte de vie humaine. Nous mettons en garde les états européens", prévient-elle encore.

Cela fait une semaine que le navire humanitaire Ocean Viking campe dans les eaux internationales au large des côtes siciliennes, sous un soleil de plomb, avec à bord 180 rescapés. Parmi eux, deux femmes dont une enceinte de cinq mois et 25 mineurs non accompagnés. Le groupe compte treize nationalités (Egypte, Maroc, Pakistan ou encore Bangladesh).

Depuis jeudi, les tensions sont devenues difficilement gérables. Plusieurs bagarres ont éclaté sur le pont du bateau entre des migrants. Six tentatives de suicide ont été relevées. Certaines personnes se sont jetées par-dessus-bord. Et à présent, l'équipage est visé par des menaces, émanant d'un groupe d’une quarantaine de migrants.

Leur état psychique se détériore à grande vitesse

"Ces rescapés sont dans une grande détresse psychique, explique Sophie Beau. Certains d’entre eux ont connu des conditions de séjour en Libye, épouvantables. D’autres sont restés quatre jours sur un canot en panne, à la dérive. Quand ils arrivent à bord, ils sont dans un état de grande fragilité. Et jour après jour, nous le constatons, leur état psychique se détériore à grande vitesse ".

SOS Méditerranée a demandé une évacuation médicale pour raison de "détresse psychologique aiguë" de ce groupe de 44 personnes.

"Il n’y a aucune rationalité. Comment expliquer cette attente interminable aux rescapés ? C’est injustifiable. C’est criminel de les laisser dans cet état.

De plus, ce qui n’est pas normal, c’est de laisser seul le capitaine d’un navire gérer des rescapés, pendant des jours et des jours, après un sauvetage", déplore encore Sophie Beau.

‘Etat d’urgence’

Voilà bientôt 24 heures que le capitaine du navire Ocean Viking a déclaré l’état d’urgence à bord. Une première pour SOS Méditerranée. 

"L’Etat d’urgence signifie que nous avons besoin d’une assistance, que la situation à bord n’est pas sous contrôle, explique Sophie Beau. Nous craignons pour la sécurité des rescapés et de notre équipe".

Depuis une semaine, sept requêtes ont été adressées aux autorités maltaises et italiennes pour une attribution d'un port afin de débarquer les migrants, les opérations de sauvetage de SOS Méditerranée ayant été effectuées, il y a une semaine, dans trois zones dont deux sous autorités maltaise et une italo-maltaise.

"D’après les règles maritimes, la responsabilité de la coordination des opérations de sauvetage est dans les mains des autorités maltaise et ou italienne.

Mais comme nous sommes au large des côtes siciliennes, cette déclaration d’urgence s’adresse avant tout aux autorités italiennes à qui nous demandons de trouver des solutions d’urgence à cette situation", explique encore Sophie Beau.

Les états côtiers ont la responsabilité d’organiser un débarquement

A ce jour, aucune réponse positive n’a été donnée. "C’est contraire au droit maritime international ! s’insurge-t-elle. Les états côtiers ont la responsabilité d’organiser un débarquement dans les délais les plus courts. Tandis que les capitaines eux, ont la responsabilité d’assistance aux personnes en détresse".

Les autorités italiennes ont proposé à la place, d’envoyer un support médical et psychologique à bord. "Une équipe est en approche. J’espère que ça va bien se passer dans cette situation aussi volatile et si difficilement gérable". Ce support viendrait soutenir l’équipage composé de professionnels, "notre équipe compte 20 personnes aguerries et expérimentées. Certains ont travaillé sur l’Aquarius... Ils connaissent les situations critiques".

Mécanismes européens de relocalisation

"Nous demandons également aux autorités européennes de remettre en place le dispositif de relocalisation des personnes rescapées, souligne Sophie Beau. Depuis plusieurs jours, nous avons repris des contacts diplomatiques pour réclamer une solidarité européenne".

En raison de la pandémie du Covid-19, les mécanismes européens de relocalisation et de rapatriement des migrants ont été suspendus. Mais à la place, aucune alternative n'a été proposée.

De nombreuses ONG s'inquiètent d’ailleurs du fait que les États instrumentalisent les mesures de contrôle de l’épidémie pour justifier une violation du droit international.

"Que les personnes ne soient pas immédiatement débarquées sur la terre ferme, et qu’elles soient accueillies dans un bateau sanitaire pour une mise en quarantaine, c’est recevable… Mais il n’y a aucune justification qui tienne face à une situation d’urgence, insiste Sophie Beau.

En France, Amnesty International a appelé samedi le gouvernement français à intervenir pour débloquer la situation de crise à bord du navire.

"La France doit intervenir auprès des autorités italiennes et maltaises pour que les personnes puissent débarquer sans tarder dans un port sûr. La France doit aussi apporter un soutien concret et s'engager à accueillir un certain nombre de ces personnes pour mettre fin à leur calvaire qui dure depuis
trop longtemps
".

Journal télévisé du 04/07/2020

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