Sommet pour le climat à San Francisco: 'Depuis longtemps, il est trop tard !'

Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue à l’UCL
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Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue à l’UCL - © BRUNO FAHY - BELGA

San Francisco est au cœur des préoccupations sur les changements climatiques. La ville californienne accueille du 12 au 14 septembre, le ‘Sommet mondial d’action pour le climat’. L’objectif est d’interpeller les dirigeants mondiaux sur leur manque d’engagement, voire leur abdication contre les gaz à effet de serre, et d'éclairer les Etats sur les actions locales.

Un sommet inédit

Contrairement à la Cop (la Cop 24, le prochain sommet mondial pour le climat se tiendra en décembre en Pologne), les chefs d'Etats ne sont pas convoqués à ce sommet, ce sont les autorités locales, les élus, les ONG et les patrons d'entreprises qui se réunissent.

A un moment où on assiste à un ralentissement des engagements en faveur du climat, notamment avec le retrait américain de l'accord de Paris, tous ces acteurs veulent montrer que les villes, les régions et les sociétés peuvent agir à une échelle locale contre les gaz à effet de serre et qu'elles sont capables de contribuer à la décarbonation de l'économie.

La Californie, championne verte

Le lieu choisi pour organiser ce Sommet pour le climat n'est pas anodin. La Californie est en avant-poste en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Un exemple, depuis 2016, un tiers de la production d'électricité en Californie provient d'énergies renouvelables et son gouverneur, Jerry Brown, qui accueille le sommet, s'est engagé, cette semaine, à ce que cette proportion atteigne 100 % d'ici 2045.

Pour contrer la politique climatique de Donald Trump, Jerry Brown est entrée en ‘résistance’. Il multiplie les actions judiciaires et légifère à tour de bras.

Résultat, la Californie a atteint ses objectifs avec quatre ans d'avance et ramené ses émissions sous leur niveau de 1990. Cela ne l’empêche pas d'être l’équivalent de la 5ème plus grande puissance économique mondiale. Preuve que les énergies renouvelables sont sources de croissance, elles représentent ‘dix fois plus d’emplois pour la seule Californie que toutes les mines de charbon des Etats-Unis’, annonce fièrement Jerry Brown.

‘Depuis longtemps, il est trop tard !’

Les objectifs de l’accord de Paris visent à maintenir un réchauffement climatique, en dessous d'une température moyenne de 2°C. Les appels se multiplient à agir, car il y a urgence.

‘Depuis longtemps, il est trop tard pour maintenir un climat que l’humanité a connu jusqu’ici', explique Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue à l’UCL, ancien membre du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). ‘Ce qu’on essaye de faire est de maitriser le réchauffement, le plus vite possible. Le réchauffement dépasse déjà les températures moyennes d’1°C. L’enjeu aujourd’hui, est d’empêcher qu’il ne dépasse d'1,5°C à 2°C. Ce qui demande beaucoup plus d’efforts que ce que nous avons fait jusqu’à présent’.

L’urgence est donc de réduire les émissions de gaz polluants.

Concrètement, les gaz à effet de serre s’accumulent dans l’atmosphère comme une couche d’isolant', explique encore le climatologue. 'Depuis la révolution industrielle, nous avons épaissi cette couche d’isolant de 40%. Plus cette couche d’isolant est épaisse, plus la température en dessous, monte. Or, on est en train de s’approcher de l’épaisseur de l’isolant qui nous conduit au-delà des seuils fixés par les accords de Paris. Il y a donc urgence à arrêter l’épaississement de cette couche d’isolation. Il y a vraiment urgence à aller vers des émissions nulles de gaz à effet de serre’.

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