Sommet pour l'Ukraine: l'Europe menace la Russie de sanctions économiques

L’Union Européenne a lancé une menace graduelle à la Russie et exige des résultats rapides.
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L’Union Européenne a lancé une menace graduelle à la Russie et exige des résultats rapides. - © GEORGES GOBET - BELGAIMAGE

Les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont décidé jeudi de suspendre les négociations sur les visas avec la Russie et menacé de prendre davantage de sanctions, notamment économiques, faute de désescalade du conflit ukrainien. Lors d’une conférence de presse internationale, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a tenu un discours ferme à l’égard du pouvoir russe qu’il accuse d’une agression militaire inacceptable.

Les dirigeants, qui avaient entamé leurs délibérations dans un climat relativement constructif, ont pris un "orientation quelque peu différente" au vu des événements du jour en Crimée, où le Parlement a voté une demande de rattachement à la Russie, a expliqué le Premier ministre belge, Elio Di Rupo.

Une approche de "sanctions graduelles en trois étapes" a été retenue. Derrière la suspension immédiate des négociations de libéralisation des visas, mais aussi des préparatifs diplomatiques pour le prochain G8 de Sotchi, les Européens sont prêts à adopter une interdiction de circuler et un gel des avoirs pour des responsables russes, si Moscou ne manifeste aucune intention de négocier avec le gouvernement à Kiev.

Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, a précisé que le deuxième point met l’accent sur la nécessiter d’entamer les négociations rapidement et de trouver une solution dans un délai court, sous peine d’annuler le somment avec la Russie.

le point trois prévoit que "tout nouveau pas en vue de déstabiliser la situation conduirait à des conséquences importantes sur les relations avec la Fédération russe, notamment dans les domaines économiques". Herman Van Rompuy a par ailleurs félicité l’Ukraine pour son courage et l’a engagée à poursuivre sa réforme constitutionnelle en évitant toute violence et en respectant les minorités. "Ce qu'on essaie d'éviter, c'est une spirale où tout le monde serait perdant", a expliqué Elio Di Rupo.

Interrogé sur les possibles répercussions en matière de commerce de gaz, il a souligné que "dans le gaz, il n'y a pas un fort et un faible". Une diminution des ventes à l'Europe aurait également des conséquences néfastes pour la Russie, dont les exportations sont dirigées pour un quart vers l'Europe, a dit le Premier ministre belge.

Enfin, l'Union européenne va signer le volet politique de l'accord d'association avec Kiev avant les élections du 25 mai en Ukraine, a encore précisé le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

"Nous nous tenons auprès de l'Ukraine, et nous renouvelons l'engagement européen à signer l’accord d'association", a déclaré M. Van Rompuy à l'issue d'un sommet européen extraordinaire.

"Nous avons décidé en priorité que nous signerons très bientôt les volets politiques. Cela veut dire avant les élections en Ukraine le 25 mai", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre ukrainien menace la Russie

 

A l'issue du sommet extraordinaire, Arseni Iatseniouk a tenu un discours ferme à l’égard du pouvoir russe qu’il accuse d’une agression militaire inacceptable. Entre le langage diplomatique et la menace, il prévient : "Je veux être très clair: nous ne sommes pas anti-russe, nous sommes pro-ukrainien. Nous réclamons l’indépendance et l’intégrité du territoire".

Situation jugée dramatique

Devant la presse, le Premier ministre a aussi fait état de "provocations" russes en Crimée, ajoutant que si elles étaient confirmées, il s'agissait d'une "situation réellement dramatique".

Si la situation devait s’aggraver, les conséquences économiques pourraient être énormes, prévient le chef du gouvernement ukrainien. "Ce n’est plus seulement une conflit économique, il est temps d’arrêter". Il invite les russes "à créer un nouveau monde basé sur la coopération, et pas sur la soumission et de subordination à la Russie."

Interrogé sur l’attitude qu’il attend de ses alliés occidentaux, il répond que "les EU, les USA et la Russie feront probablement de leur mieux pour stabiliser la situation. Toutes les cartes sont entre leurs mains. Il semble que les Russes soient réticents à toute négociation. Nous pas. Ce n'est pas seulement une crise entre l'Ukraine et la Russie, c'est une crise en Europe",

Notre pays n’est pas une nouvelle Palestine

Sur le risque de voir la situation en Ukraine se geler comme ce fut le cas en Transnistrie et en Palestine, Arseni Iatseniouk répond qu’il ne veut ni d’un conflit gelé ni d’un conflit brûlant. "En 1994, l’intégrité de l’Ukraine a été garantie. Notre pays n’est pas une nouvelle Palestine et ceux qui garantissent notre indépendance respecteront leur obligation. Ce n’est pas un conflit local. Il aurait des implications sur le programme de non-prolifération du nucléaire. Croyez-vous que la Corée abandonnera son programme nucléaire si elle constate qu’on ne respecte pas les frontières d’un pays comme l’Ukraine ?"

Un gouvernement légitimisé par le peuple

A propos des critiques sur son illégitimité, Arseni Latseniouk répond que son gouvernement et le Premier ministre sont supportés par la majorité constitutionnelle et par le peuple "Nous sommes un gouvernement légitime".

Il s’emporte lorsqu’il déclare "Des bottes et des chars russes sur notre territoire sont inacceptables au XXIème siècle. On devient fou. Sans raison, un pays décide tout d’un coup d’en envahir un autre. C’est détruire tout le système. C’est pourquoi je demande aux Russes de stopper. On parle maintenant de risque de guerre. On entre dans la folie et les Russes en sont responsables. Je veux être très clair, on n’est pas anti-russe on est pro-ukrainien. Nous voulons l’indépendance et l’intégrité du territoire. Nous sommes très clairs. Nous considérons la présence russe comme une agression militaire inacceptable.

Pas de conflit armé… mais

Le Premier ministre insiste sur le fait que l’Ukraine ne recherche pas de conflit armé. "Ce serait le pire des scénarios, mais si les russes interviennent sur le territoire ukrainien, nous sommes prêts à protéger notre pays. La Russie est une puissance nucléaire, mais nous avons l’Esprit de la révolution ukrainienne, de la paix et de la liberté. "

Une aide de 11 milliards d'euros

Après sa rencontre au parlement, M. Iatseniouk s'est rendu directement au conseil européen, où il avait été accueilli par le président Herman Van Rompuy, avant le début du sommet extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement sur la crise en Ukraine.

Le Premier ministre ukrainien se verra proposer une aide des Européens, 11 milliards, sans doute principalement des prêts et sur plusieurs années. Mais à condition que l'Ukraine s'engage à signer un programme de réformes avec le Fonds monétaire international.

Mais il s'agit pour les Européens d'appuyer le pouvoir de transition. Il s'agit aussi de montrer aux Ukrainiens que l'Union les aidera à court terme et à long terme.

Lundi les 28 ministres des Affaires étrangères avaient exigé de la Russie qu'elle rapatrie ses troupes dans leurs casernes sous peine de sanctions. Les Russes n'ont pas bougé, mais les contacts diplomatiques de mercredi à Paris se poursuivent. Et si les Européens veulent expliquer à Moscou qu'il n'y a pas d'autre choix que de discuter avec les Ukrainiens, ils seront peu nombreux ce jeudi autour de la table à vouloir des sanctions contre la Russie. Lundi ils avaient menacé Vladimir Poutine de geler les négociations en cours sur un rapprochement commercial, notamment entre l'Union et la Russie. La discussion des 28 tournera donc autour de la manière dont il faut parler aux Russes, certains comme la Pologne veulent que l'Union hausse le ton à l'égard de la Russie, d'autres -plus nombreux- veulent garder le pouvoir russe à bord d'une possible solution politique.

Gel des avoirs

L'Union européenne a gelé les avoirs de 18 responsables ukrainiens de l'ancien régime de Viktor Ianoukovitch, dont le président déchu lui-même, a annoncé l'UE jeudi.

La liste de ces 18 personnalités, des anciens proches de M. Ianoukovitch, a été publiée au Journal officiel de l'UE juste avant la tenue à Bruxelles d'un sommet européen extraordinaire consacré à la crise ukrainienne.

Ces responsables ont été "identifiés" comme étant impliqués dans des "détournements de fonds publics", a indiqué le Conseil européen dans un communiqué. "Les sanctions incluent des mesures pour tenter de récupérer les fonds détournés", a-t-il ajouté, en précisant que les sanctions étaient "initialement établies pour 12 mois".

L'UE concrétise ainsi des décisions prises le 20 février et le 3 mars à l'occasion de deux réunions des ministres européens des Affaires étrangères consacrées à la crise ukrainienne.

Elle avait initialement envisagé d'appliquer, en plus du gel des avoirs, une interdiction de visa pour voyager au sein de l'UE.

Outre Viktor Ianoukovitch, la liste comprend 17 responsables de l'ancien régime, ministres, procureur général, responsables d'administration, ainsi que le propre fils de M. Ianoukovitch, Alexandre, a précisé l'UE dans son journal officiel.

La Suisse a déjà décidé de geler, depuis le 28 février, les avoirs de M. Ianoukovitch et de 19 autres responsables de l'ancien régime, dont le fils de l'ex-président, doté d'une fortune estimée à plus de 500 millions de dollars et qui possède en Suisse une société de négoce spécialisée dans la vente du charbon ukrainien.

L'UE a par ailleurs menacé de prendre des "sanctions ciblées" contre des responsables russes si des "mesures rapides et concrètes de désescalade" n'étaient pas prises en Crimée d'ici au sommet européen de jeudi.

RTBF

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