Sommet Kim-Trump de Hanoï : deux ans de relations mouvementées

Les poignées de mains échangées entre les grands de ce monde n'ont certainement pas la même intensité, ni la même symbolique. En immortalisant, le 12 juin dernier, l'échange entre Donald Trump et Kim Jong Un, les photographes accrédités à Singapour n'ont pas raté leur journée. Leurs clichés et leurs images représentants les deux chefs d'Etats réunis lors d'un sommet ont fait date. Lors de la cérémonie, retransmise en direct, le leader nord-coréen saluera "un sommet historique". Donald Trump abonde en évoquant "une rencontre fantastique".

Qui aurait pu s'attendre, ne fût-ce qu'un instant, à un tel réchauffement des relations entre les deux puissances. Des insultes personnelles de la première année à cette rencontre impensable : de l'avis de tous les observateurs, cette rencontre tient du miracle. Mais à l'aube d'une deuxième confrontation entre les deux hommes, il s'agit avant tout de voir, au-delà des apparences, si les promesses ont été tenues.

Des exigences des deux côtés

En septembre 2017, devant l'Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump qualifie Kim Jong Un de "petit homme-fusée", allusion au sixième essai nucléaire nord-coréen, réalisé avec succès. Deux jours plus tard, la réplique du leader nord-coréen fuse : "Je disciplinerai par le feu le gâteux américain mentalement dérangé." Ambiance. Dans la foulée, Washington décide de replacer en bonne place le pays sur la liste des Etats soutenant le terrorisme.

L'apaisement arrive en 2018. Lorsque les deux Corées se rapprochent. D'abord symboliquement, en défilant ensemble lors de la cérémonie d'ouverture aux Jeux olympiques d'hiver. Puis diplomatiquement, puisque des émissaires des deux pays se rencontrent. En mars, le Président américain crée une immense surprise en acceptant une invitation à se rencontrer de Kim Jong Un. On l'a dit : les deux hommes officialisent le rendez-vous le 12 juin à Singapour.

Lors de ce sommet, les deux puissances signent un document conjoint. Qui, noir sur blanc, annonce que Pyongyang s'engage à œuvrer en faveur d'une "dénucléarisation complète de la péninsule coréenne." De son côté, Washington promet des "garanties de sécurité" à la Corée du Nord. Voilà donc pour la forme, mais qu'en est-il du fond... Car depuis juin, les tractations pour mettre en œuvre la dénucléarisation n'ont pas permis de progrès concrets. 

Principaux obstacles ? Les conditions dûment demandées par les parties en présence pour honorer leur promesse. Pour continuer à avancer, disent en substance les Nord-coréens, il faudrait d'abord que les sanctions qui leur sont imposées par les Etats-Unis soient allégées. Une exigence posée alors que Pyongyang n'a jusqu'ici pris aucune mesure considérée comme irréversible pour démanteler son programme nucléaire.

De son côté, Washington compte bien maintenir la pression économique qu'elle exerce sur la Corée du nord. Tout en faisant miroiter que les sanctions sévères allaient pouvoir être supprimées en cas de progrès significatifs constatés en matière de dénucléarisation.

Un sommet aux ambitions réduites ?

Bref, le sommet d'Hanoï sera un sommet aux ambitions réduites. Il est peu probable que le président américain et le dirigeant nord-coréen parviennent à se mettre d'accord sur ce que doit être l'élimination des armes nucléaires en Corée du Nord. "Je ne suis pas pressé, je ne veux presser personne", déclarait récemment Donald Trump, "tant qu'il n'y a pas d'essais, nous sommes contents."

En d'autres mots : Washington s'estimerait particulièrement heureux si la Corée du Nord continuait de s'abstenir de tester des armes. Cela dit, sortir de réunion sans même avoir fait un pas en avant pourrait donner l'impression d'avoir perdu son temps. Si bien que dans le cadre d'un accord modeste dont pourrait accoucher le sommet, les deux parties pourraient se mettre d'accord sur une fin officielle de la guerre entre les deux Corées.

La guerre entre le Nord et le Sud (1950-1953) s'est soldée par un armistice et non par un accord de paix en bonne et due forme.

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