Sommet européen sur l'emploi et l'austérité sur fond de grève générale

Sommet européen à Bruxelles sur fond de grève générale
Sommet européen à Bruxelles sur fond de grève générale - © OLIVIER HOSLET (archives EPA)

Sur la table des discussions de ce sommet européen à Bruxelles, deux sujets bien d'actualité, alors que l'austérité s'impose partout en Europe: la croissance et l'emploi. On y parlera aussi du nouveau traité sur la gouvernance budgétaire. Mais pas de la Grèce. Officiellement du moins.

Les 27 espèrent ne pas devoir parler de la Grèce, qui s'enfonce un peu plus chaque jour dans la crise et qui refuse toute mise sous tutelle budgétaire comme le souhaitent certains Etats. Les Européens veulent donc aujourd'hui regarder plus loin, de manière plus positive. 

L'emploi et la croissance pour répondre aux inquiétudes

Les Européens mettront l'accent sur 3 secteurs: l'emploi des jeunes, (ils sont 23 millions dans l'Union à ne pas trouver d'emploi), le marché unique qui permet aux marchandises de circuler sans entraves dans toute l'Union, et le soutien aux petites et moyennes entreprises. Les 27 s'échangeront leurs bonnes pratiques, la Commission réorientera certains de ses fonds vers ses priorités, la coordination fiscale pourrait avancer, bref il s'agira d'abord de déclarations d'intentions. Mais, du côté belge notamment, on se réjouit de ce rééquilibrage austérité-croissance, un rééquilibrage possible parce que dans le même temps, Angela Merkel a obtenu ce qu'elle voulait : la mise au point d'un traité réunissant sans doute 26 des 27 Etats membres et qui bétonne l'austérité, la règle d'or qui limite constitutionnellement le déficit de chaque pays, la cour de Justice qui pourra punir celui qui ne veut pas de cette règle d'or, la confirmation qu'un déficit entraînera des sanctions quasi automatiques et  l'obligation pour tout pays qui voudrait, un jour, l'aide de ses partenaires de ratifier ce traité. 

Indispensable

Ce traité est indispensable pour convaincre l'Allemagne que ses partenaires sont bien décidés à garder des finances saines. Ils sont nombreux à espérer qu'ensuite l'Allemagne, rassurée, sera plus souple quand il s'agira par exemple d'augmenter les capacités du mécanisme d'aide à la zone euro. Le mécanisme permanent doit s'installer en juillet prochain, il sera doté de 500 milliards d'euros. La plupart des Européens aimeraient pouvoir compter sur 750 milliards d'euros mais l'Allemagne refuse. Jusqu'à présent.

En mars peut-être déjà, lors du prochain sommet des Chefs d'Etat et de gouvernement, les contreparties pourraient être sur la table. Outre le renforcement du mécanisme européen de solidarité, certains se prennent à rêver d'euro-obligations. Un mot encore tabou outre-Rhin.

Des questions en suspens

Techniquement, il reste peu de points à débattre au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement. Parmi ceux-ci, la question du découplage entre les critères de déficit admissible et l'automaticité des "sanctions". Mais aussi le nombre des ratifications nécessaires pour que le traité entre en vigueur. C'est sensible car moins il faut de ratifications, plus vite le traité pourra sortir ses effets -réels ou supposés- dont le moindre n'est pas de ramener la confiance des investisseurs envers la zone euro. Enfin, reste au Conseil à se mettre d'accord sur le déroulement futur des réunions de l'eurogroupe (les 17 pays sur les 27 de l'Union qui partagent la monnaie unique): doivent-elles rester fermées sauf exception aux Etats membres de l'Union qui n'ont pas l'euro; ou bien doivent-elles être pour l'avenir ouvertes sauf exception à tous les Etats parties au nouveau traité ? Plusieurs pays sans l'euro, comme la Pologne, veulent être davantage impliqués. Mais il y des résistances: en foi de quoi un pays qui reste en dehors de l'euro pourrait-il intervenir dans les discussions spécifiques à l'eurogroupe, se demandent les uns. Comment voulez-vous qu'on avance vers l'euro en toute confiance si on ne peut même pas intervenir ou faire valoir notre point de vue, répondent les autres. Entre les deux thèses, Herman Van Rompuy, l'habitué des compromis à la belge, devra sans doute faire la démonstration de l'étendue de ses talents...

Les marchés attendent

Moins inquiets ces derniers temps à défaut d'être convaincus par les réponses européennes à la crise, les marchés européens se repliaient pourtant lundi matin, sur la défensive dans l'attente des résultats du sommet européen et d'un accord sur la crise grecque. Car la Grèce reste l'épine dans le pied. Malgré les pressions exercées tout au long du week end pour qu'il aboutisse à un accord avec ses créanciers, le gouvernement de Lucas Papadémos ne parvient pas à atterrir.

De cet accord discuté depuis trois semaines dépend le déclenchement du second plan d'aide à la Grèce, d'un montant de 130 milliards d'euros. Et qui pourrait devoir être porté à 145 milliards d'euros en raison de la dégradation de l'économie du pays, selon des sources européennes.

L'accord que la Grèce négocie avec les banques ne permettra pas de ramener comme escompté au départ l'endettement du pays à 120% d'ici 2020. Or, cet objectif est intangible pour le FMI, un des principaux bailleurs de fond de la Grèce.

Dans ces conditions, le Premier ministre Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a estimé que les Etats créditeurs publics de la Grèce (pays de la zone euro et BCE) devraient "renoncer à une partie de la dette grecque", comme les banques privées.

Un peu plus d'optimisme, pourtant...

L'indice de confiance des chefs d'entreprises et des consommateurs s'est légèrement amélioré en janvier dans la zone euro, mettant fin à dix mois consécutif de repli. Publié lundi par la Commission européenne, l'indice est remonté à 93,4 points dans la zone euro, en hausse de 0,6 point par rapport à décembre, mois où il s'était établi à 92,8 points, selon des données révisées.

Dans l'ensemble de l'Union européenne, la confiance des chefs d'entreprises et des consommateurs a également progressé de 1,2 point, pour s'établir à 92,8 points.

Cette amélioration est notamment due à un regain de confiance dans le secteur des services et dans une moindre mesure, parmi les consommateurs et dans le secteur de la construction, précise la Commission européenne dans un communiqué.

Retrouvez ici toutes les informations sur la réunion du Conseil européen

Thomas Nagant avec Anne Blanpain

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