Sommet de Sibiu: les Européens préparent la vie à 27, sans la Grande-Bretagne

Un sommet pour l’avenir de l’Europe. Telle est l’ambition des chefs d’Etat et de gouvernement européens réunis ce jeudi à Sibiu, en Roumanie. Un sommet informel à 27, sans le Royaume-Uni. Le Brexit aurait dû avoir lieu le 28 mars dernier. Il a été reporté. Ça n'empêche pas les Européens de se pencher sur leur avenir commun.

Ils ont mis dans une déclaration en 10 points leur volonté. 

  • Une seule Europe - de l'est à l'ouest, du nord au sud, sans divisions, qui portent atteinte à l'intérêt collectif.
  • Rester unis, envers et contre tout: c'est l'esprit de solidarité dans les moments difficiles.
  • La recherche de solutions communes dans un esprit d'entente et de respect.
  • La protection d'un mode de vie, la démocratie et l'état de droit
  • La recherche de résultats là où cela compte le plus pour rapprocher l'Union des citoyens.
  • Le principe d'équité, que ce soit sur le marché du travail, en matière de protection sociale, dans le domaine économique ou sur le plan de la transformation numérique. 
  • Avoir les moyens de ses ambitions
  • Préserver l'avenir pour les prochaines générations d'Européens.
  • Protégerons les citoyens.
  • L'Europe sera un acteur de premier plan responsable sur la scène mondiale notamment sur les défis mondiaux tels que la préservation de l'environnement et la lutte contre le changement climatique.

Une date et un lieu symboliques

Si la date du 9 mai a été retenue, c'est bien sûr pour commémorer l'appel du 9 mai 1950, la déclaration Schuman qui est le texte fondateur de la construction européenne, mais aussi car les dirigeants européens veulent se mettre en ordre de marche avant les élections européennes de la fin mai.

Quant au lieu choisi, Sibiu, une des plus grandes villes de Transylvanie, cette région au riche passé historique au coeur de la Roumanie qui préside ce semestre l'Union, il est très symbolique. Ville saxonne, nommée Hermannstadt en allemand, c'est une des cités les plus prospères de Roumanie, et aussi une des plus belles. Le président roumain, Johannis Klaus l'a dirigée comme maire et en a fait une capitale européenne de la culture en 2007, une vitrine pour la Roumanie entière, l'année même de son entrée dans l'Union européenne.

Un menu varié

A l'approche des élections européennes, les dirigeants des 27 veulent envoyer un message d'unité. Ils doivent aussi s'accorder sur les priorités de l’Union pour les 5 prochaines années, explique le Premier ministre Charles Michel à son arrivée au sommet : « Il faut préparer l'agenda stratégique pour les prochaines années », efficacement ajoute Charles Michel qui pointe un thème en particulier, la migration, qui selon lui doit être 'ordonnée' ».

Les discussions sur les priorités stratégiques de l'Union pour les 5 ans à venir vont être lancées aujourd'hui. Un accord à 27 est attendu au sommet européen de juin prochain.

Le processus des « spitzenkandidaten » plombé

Le système des « spitzenkandidaten » défendu par le Parlement européen pour désigner le prochain président de la Commission européenne ne suscite visiblement toujours pas un grand enthousiasme parmi les dirigeants des pays de l'UE. A leur arrivée à Sibiu, plusieurs chefs d'État et de gouvernement ont exprimé leur opposition à ce mode de désignation.

L'élection du prochain chef de l'exécutif de l'UE se fera par un vote du Parlement européen, qui tient à tout prix à ce qu'il soit à nouveau choisi parmi les chefs de file avancés par les différentes familles politiques pour les européennes. Cela avait été le cas en 2014 avec Jean-Claude Juncker, qui était la tête de liste (« Spitzenkandidat ») des conservateurs du PPE arrivés premiers des élections.

Mais le choix du candidat soumis au vote des eurodéputés appartient lui au Conseil européen, l'instance réunissant les dirigeants des États membres, qui refusent de promettre qu'ils le désigneront parmi l'un des « Spitzenkandidaten » en lice.

« Il ne s'agit pas de la bonne manière de procéder, sauf à faire de vraies listes transnationales dans l'Union européenne », a notamment déclaré jeudi le président français Emmanuel Macron, réitérant son opposition de longue date à ce système.

Même son de cloche dans le chef du Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel. « Mes électeurs n'ont aucune idée de qui sont les spitzenkandidaten des différentes formations », a-t-il pointé. « C'était plus un choix politique des partis, qu'un réel choix pour les citoyens. »

La présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, a pour sa part émis des doutes quant au caractère démocratique d'une procédure « non prévue par les traités européens », tandis que le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a clairement fait part de son opposition au principal candidat en lice, le conservateur allemand Manfred Weber, mis en avant par le PPE - le plus important parti européen, toujours en pôle pour décrocher le poste.

« Nous avons besoin d'un président qui soutienne l'unité de l'UE et ses idées fondamentales: solidarité, démocratie et cohésion sociale », a déclaré M. Tsipras. Ce chef de l'exécutif devra également s'opposer au néolibéralisme, à l'austérité et à la xénophobie croissante en Europe, a ajouté le dirigeant grec, avant d'affirme que « ce président n'était pas M. Weber ».

L'UE rejette « l'ultimatum » de Téhéran mais ne veut pas enterrer l'accord nucléaire

Enfin, les Européens ont rejeté jeudi l'« ultimatum » de Téhéran sur son programme nucléaire, tout en réaffirmant leur espoir de sauver l'accord international de 2015 malgré les coups de boutoir répétés des Etats-Unis de Donald Trump.

Le dossier iranien s'est invité au sommet de Sibiu. Il fournit un délicat cas pratique aux Européens, qui avaient prévu d'y débattre, sans la Première ministre britannique Theresa May, de leur rôle sur la scène mondiale.

La veille, l'Iran leur avait donné deux mois pour sortir réellement les secteurs pétrolier et bancaire iraniens de leur isolement provoqué par les sanctions américaines, faute de quoi la République islamique renoncerait à des engagements pris dans l'accord international de 2015.

Trop peu consensuel, l'euro délaissé au sommet européen de Sibiu

Faute de consensus, la réforme de l'euro, pourtant l'une des plus belles réussites de la construction européenne, sera largement ignorée à Sibiu. Après deux décennies de vie commune, l'union en grande pompe des pays qui ont adopté la monnaie unique -aujourd'hui 19- ressemble à un vieux mariage sans amour, marqué par les divisions, de plus en plus assumées, principalement entre les pays riches et les plus pauvres.

Les dirigeants de l'UE préfèrent éviter les sujets qui fâchent lors de cette rencontre. Or, si les Européens s'accordent sur la nécessité de réformer l'euro pour unifier des économies nationales encore très disparates, surtout après la récente crise de la dette, ils ne s'entendent pas sur la méthode.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, attribue cette inaction à la méfiance des pays riches envers leurs partenaires plus pauvres. Sans hésiter à donner des noms.

« Il n'y a pas de progrès dans l'approfondissement de l'union monétaire parce que les Pays-Bas, l'Autriche et trop souvent l'Allemagne s'y opposent quand il s'agit de solidarité », a-t-il regretté vendredi dans le quotidien économique allemand Handelsblatt.

« Nous ne nous aimons plus les uns les autres », a-t-il insisté. « Nous avons perdu notre libido ».

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