Snowden, toujours en transit à Moscou, révèle Poutine

Le chef de l'Etat russe a ainsi levé le mystère autour du jeune Américain qui restait invisible depuis dimanche, jour où, selon la presse, il avait quitté Hong Kong pour Moscou.

"M. Snowden est effectivement arrivé à Moscou", a déclaré M. Poutine au cours d'une conférence de presse à Turku en Finlande, ajoutant aussitôt que cette venue était pour les Russes "totalement inattendue".

"Il est arrivé en tant que passager en transit et en tant que tel, il n'a pas besoin de visa ni d'autres documents", a-t-il poursuivi. Le président russe a par ailleurs rejeté vigoureusement les accusations de Washington à l'encontre de Moscou. "Toutes les accusations à l'encontre de la Russie sont du délire et des sornettes", a lancé M. Poutine. Il a insisté sur le fait que la Russie n'avait pas avec les Etats-Unis d'accord d'extradition. "Nous ne pouvons remettre certains citoyens qu'aux nations avec lesquelles nous avons des accords internationaux sur la remise de criminels. Nous n'avons pas de tel accord avec les Etats-Unis".

Il a toutefois estimé que la Russie avait tout intérêt à ce que M. Snowden quitte Moscou: "M. Snowden est un homme libre. Plus vite il choisira sa destination finale, mieux ce sera, et pour nous et pour lui".

M. Poutine a aussi rejeté les rumeurs selon lesquelles les services secrets russes auraient pu interroger M. Snowden, auteur de révélations fracassantes sur la surveillance électronique pratiquée dans le monde par les Etats-Unis.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a aussi jugé "inacceptables" les accusations de Washington à l'encontre de Moscou. "Nous n'avons aucun rapport ni avec M. Snowden, ni avec ses relations avec la justice américaine, ni avec ses déplacements à travers le monde", a déclaré M. Lavrov lors d'une conférence de presse. "Snowden n'a pas traversé la frontière russe, et nous jugeons tout à fait infondées et inacceptables les tentatives d'accuser la Russie d'avoir violé les lois des Etats-Unis et presque d'avoir monté un complot, le tout accompagné de menaces à notre encontre", a-t-il ajouté.

Snowden, l'introuvable passager du siège 17A Moscou-La Havane

La place avait été attribuée au mystérieux Edward Snowden, l'ex-consultant de l'agence de renseignement américaine NSA accusé d'espionnage par Washington, qui était censé quitter la Russie pour Cuba, avant de rejoindre l’Équateur où il a demandé l'asile politique. Mais comme un coup de théâtre dans ce film d'espionnage digne de Hollywood, le personnage principal n'est jamais apparu.

Et les "figurants" - des dizaines de journalistes qui n'avaient pas hésité à débourser 1500 euros pour un aller-retour afin de mettre enfin la main sur l'insaisissable jeune homme - en ont été réduits à chasser un fantôme. "J'ai le sentiment que nous participons tous à un grandiose complot d'espions", soupire Olga Denissova, une correspondante de la radio Voix de Russie, à bord de l'avion.

Alors que plusieurs sources ont indiqué qu'il s'était rendu à Moscou, personne ne l'a vu, ni au point de contrôle des passeports à l'aéroport Moscou-Cheremetievo, ni dans l'hôtel de la zone de transit où selon certains il aurait passé la nuit.

Jusqu'à la fermeture des portes de l'Airbus 330, les journalistes ont surveillé l'entrée principale et ignoré les injonctions des membres de l'équipage leur demandant de rejoindre leurs places et de ne pas encombrer le couloir, au milieu de passagers intrigués par ce remue-ménage.

"Nous attendons encore sept passagers", a annoncé l'équipage quelques minutes avant l'heure prévue du décollage, faisant monter le suspense et ravivant l'espoir chancelant des reporters.

Mais quelques instants plus tard, les sept manquants à l'appel se sont présentés et Snowden ne figuraient pas parmi eux. Refusant d'abdiquer, certains ont alors commencé à supposer qu'il était monté dans l'appareil par une autre entrée, tandis que d'autres ont suggéré qu'il pouvait se trouver dans le cockpit.

Ce n'est qu'une fois que l'avion a décollé que tous ont réalisé, amèrement, que Snowden n'avait sans doute jamais embarqué.

"Je pense qu'il aurait été complètement fou de prendre ce vol. Vous voyez bien vous-même à quel point c'est la folie ici", a constaté une des hôtesses de l'air, Elena, en préparant des coupes de champagne pour les passagers de la classe affaires. "J'aurais fait la même chose à sa place", a-t-elle lancé.

Même vide, le siège 17A a attiré les regards curieux pendant le vol, et été photographié abondamment par les journalistes, faute de mieux. Une fois que l'avion a touché le sol à La Havane, l'impression qui régnait était d'avoir été berné. "Nous avons été dupés", reconnaît Anna Nemtsova, correspondante à Moscou de l'hebdomadaire Newsweek et collaboratrice de la chaîne de télévision américaine NBC News. "Mais je vais quand même rester ici quelques jours pour être sûre qu'il ne va pas arriver par un autre avion", ajoute-t-elle.


AFP

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK