Sicile: une association anti-mafia ouvre une cave confisquée à un boss

"Les terres et biens confisqués ne représentent qu'une infime partie de l'énorme patrimoine de la mafia mais leur réutilisation par nos coopératives envoie un signal fort", a expliqué à l'AFP Gianluca Faraone, directeur des coopératives de Libera pour la Sicile et les Pouilles.

"La grande majorité des Siciliens est honnête, leur seul défaut est de supporter l'oppression de la mafia. Nos coopératives peuvent leur montrer que la mafia n'est pas une fatalité" a-t-il ajouté.

Sur 320 hectares, deux coopératives siciliennes cultivent du vin, des céréales, des fruits et des légumes, transformés ensuite en produits typiques du terroir: pâtes, huile d'olive, miel ou liqueur au citron (limoncello).

Les produits sont vendus dans des supermarchés, des magasins de l'association et des restaurants. Le vin - 280.000 bouteilles par an - est commercialisé sous le nom de "Centopassi", titre d'un célèbre film anti-mafia qui retrace la vie de Peppino Impastato, assassiné pour son engagement contre la mafia en Sicile dans les années 70.

Libera, association fondée par le prêtre Luigi Ciotti, a monté depuis 2001 des coopératives agricoles sur des terres confisquées aux mafieux dans cinq régions du sud de l'Italie.

"On rend les terres aux citoyens et on enlève la crédibilité aux mafieux. Ils ne sont pas des intouchables", s'est enthousiasmé Alessandro Leo, directeur d'une coopérative dans les Pouilles, territoire de la Santa Corona Unita (la mafia locale), rencontré à Rome lors des assises anti-mafia.

Son entreprise s'occupe, entre autres, d'un vignoble de 30 hectares, confisqué à un parrain, qui était assigné à résidence dans une villa en plein milieu du vignoble jusqu'en mai. "On ne peut pas parler de bon voisinage", a plaisanté M. Leo, qui a reçu plusieurs menaces, dont une lettre lui conseillant de "se taire".

"Nous avons tous été menacés et au début, les gens avaient peur de travailler chez nous. En général, ces menaces sont très subtiles et ne nous permettent pas de porter plainte", a raconté M. Faraone de Libera pour la Sicile et les Pouilles. "Tout le monde se connaît dans les petits villages en Sicile et on côtoie les mafieux au quotidien. Il suffit qu'ils te lancent un regard hostile dans la rue", a-t-il estimé.

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