"Si on veut respecter nos propres valeurs, il faut exclure le parti de Viktor Orban du PPE"

Pascal Arimont, le président du CSP (Christlich Soziale Partei), le parti social-chrétien germanophone et député du groupe du Parti populaire européen (PPE), était l'invité de Matin Première ce mercredi. L'occasion de revenir sur la nouvelle victoire du parti national-conservateur (Fidesz) de Viktor Orban lors des élections législatives dimanche. 

Pour lui, c'est clair, le Premier ministre hongrois a dépassé "à plusieurs reprises" les lignes rouges. Et lors de la réunion de son groupe ce mercredi, il va demander l'exclusion du Fidesz du PPE. 

Une demande d'exclusion pour la forme ?

Mais cette demande a très peu de chance d'aboutir, explique-t-il, car "il y a deux écoles de pensée au sein du groupe"

Les premiers (qui ne veulent pas de Fidesz et dont il fait partie) "disent qu'en vie politique, il faut être clair et juste et quand on dépasse certaines lignes qu'un parti fixe, on ne peut plus faire partie de ce parti. Ici Fidesz, à mon sens, a dépassé à plusieurs reprises ces lignes rouges. Non pas le parti Fidesz, mais surtout son leader Mr Orban. Donc ce groupe-là s'est dit : 'Si on veut respecter nos propres valeurs, il faut alors exclure Fidesz du parti'"

"Mais l'autre partie du groupe", poursuit Pascal Arimont, "qui est majoritaire pour l'instant, dit qu'il faut laisser Fidesz au sein du PPE parce que c'est le seul moyen de contrôler un peu Mr Orban. Quand on a un peu  analysé sa campagne électorale, on a vu que c'était très anti-Bruxelles, que c'était très xénophobe. Qu'est-ce qu'il se passe si Mr Orban ne fait plus partie du PPE ? Est-ce qu'on a toujours ces moyens de pression pour lui dire : 'Jusque-là et pas plus loin' ? C'est l'autre argumentaire qui a aussi du sens".  

Dans le même temps, "Orban serait Premier ministre sans le PPE".

"Les membres du Fidesz n'ont pas le même discours"

Au sein du PPE, il y a 12 membres de Fidesz et "ils ne disent pas du tout la même chose, n'agissent pas de la même manière que Viktor Orban", affirme le député européen. 

"Ils ont un discours très pro-européen, pas du tout anti-Bruxelles, pas du tout anti-européen" et donc, il n'a "pas de problème à travailler avec eux. Le problème est que leur leader a un discours tout à fait différent"

"Il faut savoir que la Commission européenne a lancé quatre procédures à l'encontre de la Hongrie", rappelle Pascal Arimont. "Pour moi, ce sont des lignes rouges. Si la Hongrie ne retire pas ces projets de loi visés par ces procédures de la Commission européenne, à ce moment-là, il faut vraiment réfléchir à faire sortir Fidesz du groupe. On peut même réfléchir à une suspension de leur adhésion à notre groupe jusqu'au moment où ces procédures seront terminées"

La question de l'asile et de la migration au cœur du problème

L'Europe n'a pas été "brillante" sur la question de l'asile et de la migration. "La crise de 2015 a fait peur aux gens et fait toujours peur". Et "il faut reconnaître une qualité chez Orban, il pose les bonnes questions sur les problèmes qui préoccupent les gens", comme cette question migratoire. 

D'ailleurs, "quand on analyse les résultats des élections en Allemagne, en Autriche aux Pays-Bas, en France, voire en Belgique peut-être en 2019, on voit qu'il y a un sujet qui prédomine, c'est cette question migratoire et d'asile". Et "quand la politique ne donne pas les bonnes réponses, les gens choisissent des partis qui leur proposent une solution, même si elle n'est pas la bonne"

Viktor Orban donne, selon lui, "des réponses faciles" (fermer toutes les frontières, la Hongrie va se défendre elle-même) "qui ne sont pas des bonnes réponses" et qui sur le long terme ne résoudront pas le problème, mais il donne des réponses.

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