"Si le populisme arrive en Italie, nous pourrons remercier les chancelleries occidentales"

Giuseppe Santoliquido, écrivain et politologue, spécialiste de l'Italie était l’invité de la Première vendredi matin.

Les italiens votent ce dimanche 4 mars à l’occasion des élections législatives. Une Italie considérée comme le berceau des phénomènes politiques.

"Ça a été le cas avec Berlusconi en 1993-1995, qui a fait du Trump bien avant l’heure. Il a inventé le système des 'fake news' il y a 20-25 ans. Il a aussi fait du Macron: il a pris des gens du parti socialiste qui venait d’exploser, des gens de la démocratie chrétienne, des gens de droite et il a fait de tout ça un nouveau mouvement, sans structure idéologique bien précise, situé au centre droit par opportunisme et qui était antisystème avec des citoyens devenu députés. Puis il y a eu le Mouvement 5 étoiles qui a été un précurseur puisqu’il démarre en 2007, 2008 avec une consécration en 2012."

3 types de populisme

Le pays a vécu une campagne assez folle et surprenante, une campagne des populistes tous partis confondus: "On a affaire à trois populismes différents entre eux: d'abord Berlusconi, c’est un maître en la matière, ensuite le Mouvement 5 étoiles, un mouvement de contestation pur, créé par un comique qui possède le bloc le plus suivi d’Italie et qui veut déposer au parlement un projet de loi contre le cumul des mandats. La 3e forme de populisme c'est Matteo Renzi, qui s’est distingué par des promesses non tenues et une forme d’antisystème."

L’Europe regarde ce scrutin avec des yeux inquiets. Pourtant, elle fait des signes à Berlusconi alors qu’il y a moins de 10 ans elle l'avait chassé dehors.

Berlusconi, rempart contre le Mouvement 5 étoiles?

"C’est le grand paradoxe de cette campagne électorale. Souvenons-nous des railleries de Sarkozy et de Merkel. Maintenant il est vu comme un rempart contre le populisme du mouvement 5 étoiles qui est la vraie hantise, tant des chancelleries occidentales que du système politique italien."

Ce Mouvement 5 étoiles, qui a construit son offre politique sur "la critique de ce qui est en place: tous pourris et incompétents."

Le parti se situe entre 25 et 30% des voix. "Mais en Italie avec la loi électorale en vigueur, vous devez arriver à 40% des voix, un bonus majoritaire entre en fonction et vous pouvez arriver au gouvernement. Il leur manque entre 10 et 15%."

Vient alors la problématique d'une alliance avec d'autres partis s'ils deviennent le premier parti du pays. "Dans leur ADN ils ont l’impossibilité de s’allier vu qu’en face il n’y a que des pourris. Aujourd'hui, ils sont face à ce choix charnière: continuer seuls et risquer de perdre leur base électorale car considéré comme un vote inutile puisqu’ils n’accèderont pas au pouvoir, ou alors ouvrir aux différentes alliances."

Apprendre de ses erreurs

Le politologue considère que les Italiens n'ont pas de mémoire. "L’électeur de manière générale n’a pas de mémoire. Je pourrais vous citer des cas en Wallonie: pensons à Publifin ou à Bruxelles, Charleroi."

Ce qui pose question ici dans ces élections, c'est le retour de Berlusconi au pouvoir. Il a consolidé une possible alliance avec la Ligue du Nord, des partis d’extrême droite et fascistes. C'est l’immigration qui a rythmé cette campagne.

L'Italie reçoit des milliers de migrants, l'Europe n'a rien fait

"Ça occupe le débat public depuis plusieurs mois. Mais il ne faut pas extraire ça de son contexte. Ça fait des années que l’Italie reçoit des milliers de migrants par mois sur ses côtes, l’Europe n’a rien fait pour l’aider. Si le populisme arrive en Italie, nous pourrons remercier les chancelleries occidentales d’avoir abandonné le pays à son triste sort."

Mais est-ce que justement l’Europe va accepter une Italie gouvernée par un mouvement d’extrême droite, un mouvement fasciste? 

"Elle n’a pas accepté Tsipras en Grèce donc je ne sais pas si elle accepterait le Mouvement 5 étoiles en Italie. D’ailleurs, Monsieur Juncker et Merkel sont intervenus dans la campagne. Ils ont trouvé Berlusconi en lui disant qu’il était le bienvenu dans le parti européen et qu’il était ce qui se faisait de mieux en Italie pour fédérer un mouvement de coalition national pour empêcher les extrême de participer au pouvoir."

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