"Si j'étais un sale type": la leçon d'une élue démocrate sur le financement des campagnes électorales

Aux Etats-Unis, le financement des campagnes électorales est un sujet qui divise. Deux camps s’affrontent : ceux qui réclament plus de transparence et de limites et ceux qui revendiquent une liberté totale. Pour dénoncer le système actuel, Alexandria Ocaso-Cortez a choisi de se mettre dans la peau d’un élu sans scrupule.

Alexandria Ocasio-Cortez, c’est la nouvelle star des démocrates américains. Cette élue new-yorkaise est sur le devant de la scène depuis son élection lors des « midterms » américains en novembre dernier (les élections de mi-mandat élisent les membres du Congrès). Cette notoriété est due à son âge ; elle est la plus jeune élue de la Chambre des représentants de l’histoire des Etats-Unis, mais aussi à son positionnement politique très à gauche.

« Je suis un sale type et je veux être élu »

Pour la première fois depuis son élection, la démocrate de 29 ans présidait une audition. Elle avait 5 minutes pour convaincre le Congrès de soutenir un nouveau projet de loi : « For the people act ». L’objectif est de mieux encadrer le financement des campagnes électorales. Lors de cette audition, des experts étaient présents.

Durant 5 minutes, Alexandria Ocasio-Cortez s’est mise dans la peau d’un « sale type » en expliquant clairement les règles du jeu : elle est un élu qui cherche à servir ses intérêts personnels et s’enrichir sans tenir compte de l’impact de ses décisions sur les citoyens américains. Dans un réquisitoire en 3 parties, elle interpelle les experts.

Campagne financée par des entreprises privées

L’élue démocrate commence par poser les bases du mode de financement des campagnes électorales. Un « sale type » veut faire campagne.

« Si je veux mener une campagne financée entièrement par des entreprises privées, existe-t-il un encadrement légal qui m’empêche de faire ça ? »

Réponse de l’experte : « Non »

« Ma campagne peut donc être financée par des entreprises privées, comme les énergies fossiles, l’industrie de la santé ou l’industrie pharmaceutique », clarifie-t-elle.

Législation et enrichissement personnel

Dans un deuxième temps, Alexandria Ocasio-Cortez considère que ce « sale type » est maintenant élu. Elle pose la question de la barrière entre les financements de campagne et la liberté de légiférer.

« Y a-t-il des limites strictes concernant les lois auxquelles j’ai le droit de toucher, d’influencer ou d’écrire pour ne pas favoriser les intérêts des entreprises qui ont financé ma campagne et m’ont fait élire ? »

Réponse de l’expert : « Il n’y a aucune limite ».

Le « sale type » joué par Ocasio-Cortez décide ensuite d’assumer son ambition : gagner le plus d’argent possible.

« Y a-t-il la moindre chose qui m’empêcherait, par exemple, d’avoir des actions dans une entreprise de pétrole ou de gaz, et d’écrire des lois pour déréguler ce secteur d’activité ; et donc, potentiellement de faire grimper l’action et gagner beaucoup d’argent pendant ce temps ? »

Réponse de l’expert : « Vous pourriez faire ça ».

Le Président des Etats-Unis est-il soumis à des limites ?

Alexandria Ocasio-Cortez aborde un 3e axe dans son réquisitoire : le président des Etats-Unis est-il soumis aux mêmes règles que les élus du Congrès ?

« Est-ce que les mêmes lois s’appliquent au président ? Ou les lois sont-elles plus strictes ou moins strictes pour le gouvernement fédéral ? »

Réponse de l’expert : « Il n’y a aucune loi de ce genre qui s’applique au président ».

« Donc, toutes les personnes présentes au Congrès sont soumises à un standard éthique plus strict que le président des Etats-Unis ? »

Réponse de l’expert : « Oui. Car les membres du congrès sont soumis à des règles de déontologie qui leur sont propres ».

« Et pourtant, on l’a vu. C’est déjà super légal pour moi d’être un sale type. Donc, c’est encore plus facile pour le président des Etats-Unis d’être un sale type, je suppose ? »

Réponse de l’expert : « C’est exact ».

Soutien de Bernie Sanders

Alexandria Ocasio-Cortez avait soutenu Bernie Sanders lors des élections présidentielles de 2016. Elle milite notamment pour la gratuité des universités et une meilleure couverture des soins de santé. Elle se définit elle-même comme une socialiste.

Ses opposants républicains avaient essayé de la déstabiliser en postant une vidéo d’elle en train de danser dans un clip étudiant.

 

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