Shut-down, bras de fer avec la Fed : "Trump est de plus en plus isolé et n'écoute plus personne"

"Donald Trump plonge les États-Unis dans le chaos " selon les mots des démocrates : le pays affronte une période de fermeture des administrations fédérales, c’est ce qu’on appelle le shut-down et cela intervient après l’échec des tractations au Congrès sur le financement d’un mur à la frontière mexicaine, un mur voulu coûte que coûte par le président Trump. Les démocrates ont accusé le président d’avoir plongé le pays dans le chaos à la veille de Noël. La semaine dernière, Donald Trump perdait Jim Mattis, son ministre de la Défense, et il se bat avec la Fed, la banque centrale américaine. Cette fin d’année semble extrêmement compliquée pour le président américain, qui paraît bien isolé, estime Simon Desplanque, chercheur à l’UCL, spécialisé en politique américaine, interrogé sur La Première. "D’après les échos qu’on a à Washington et qui se répercutent dans la presse internationale, ce qu’on sait de Donald Trump, c’est qu’il est actuellement de plus en plus isolé et qu’il n’écoute plus personne. Jim Mattis était considéré à Washington, et même en Europe, comme un interlocuteur de confiance. Il a des positions que nous, Européens, pouvons ne pas partager, notamment sur l’Iran, mais il avait au moins le mérite, comme l’avait souligné Macron lorsqu’il a démissionné, d’être un interlocuteur fiable qui honorait les alliances. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, Donald Trump n’écoute que lui et il a avoué à son ancien secrétaire d’État, Rex Tillerson, qu’en fait il préférerait écouter ses tripes parce qu’il estimait que ses tripes étaient plus intelligentes que la plupart des conseillers qu’il pouvait écouter".

Il y a une guerre ouverte avec la Fed, qui a des répercussions directement sur les marchés, sur la Bourse américaine notamment. Selon Simon Desplanque, "cela risque de le mettre en danger et c’est d’autant plus irrationnel pour Donald Trump qu’en réalité ça risquerait de nuire à ses bons résultats économiques jusqu’à présent. Donc, on pourrait parler d’irrationalité à tous les niveaux, que ce soit au niveau international avec le retrait des troupes américaines de Syrie ou ici au niveau interne. Il faut savoir qu’en ce qui concerne la Fed, il n’y a pas de loi écrite. Il y a une sorte de flou juridique sur : oui ou non, le président peut-il limoger le directeur, ici Jerome Powell ? Il l’a menacé à plusieurs reprises ces derniers jours via Twitter, mais il faut savoir que si jamais il procédait effectivement au limogeage de Powell, on arriverait dans une situation où l’affaire se retrouverait vraisemblablement devant le Conseil constitutionnel américain. C’est quelque chose de jamais vu et il y a une tradition de respect de l’indépendance de la Fed. La banque centrale est indépendante et, effectivement, après des années de taux d’intérêt négatifs ou nuls, la Fed a décidé de resserrer les cordons de la Bourse et on peut comprendre que ça fasse peur à Trump. Qui dit taux d’intérêt plus élevés, dit potentiellement ralentissement de l’économie, et donc sa base s’en trouverait affectée".

Marque de fabrique

"Ce qui est intéressant d’observer depuis que Trump est arrivé au pouvoir, après ses premiers mois, c’est que le système de 'checks and balances', donc le système de pouvoir contre-pouvoir qui caractérise le système politique américain, semble fonctionner. Tillerson a déclaré, peu après sa démission, que Donald Trump se montrait en réalité particulièrement préoccupé par l’existence de ces lois et des traités qui contraignaient son action. Il ne semble pas accepter le fait d’être limité dans son action. On retrouve là la marque de fabrique de Donald Trump. C’est un ancien homme d’affaires, c’est un ancien businessman qui n’a pas l’habitude du politique, qui n’a pas de sens politique. Les observateurs croyaient qu’il allait développer ce sens politique, mais en réalité il s’enferme dans cette logique de PDG pour qui il faut des résultats et des retours sur investissement immédiats. Les finesses du système politique américain lui échappent. Et le système semble bien résister, mais il y a un flou juridique par rapport à la Fed par exemple, et rien ne l’empêche de limoger le président".

"Donald Trump courtise son électorat"

Donald Trump doit-il se placer quasi à l’extrême droite pour séduire l'électorat qui a voté pour lui ? "Disons que c’est l’électorat qui l’a porté au pouvoir. Et ce qui est d’autant plus paradoxal c’est qu’en fait si Donald Trump mettait un peu d’eau dans son vin, il ne pourrait sans doute pas obtenir un financement pour son mur, mais il pourrait très bien obtenir des démocrates des concessions pour des contrôles renforcés aux frontières, par exemple. Donc, à partir du 3 janvier, le Congrès sera en partie renouvelé ; les démocrates ont gagné quelques sièges au Congrès, mais au niveau du Sénat ils en ont perdu deux. Il faut 60% des voix minimum au Sénat pour adopter une loi budgétaire. Les républicains ont certes gagné deux sénateurs, mais ça ne ferait jamais que 53 sénateurs. Et à l’heure actuelle, on a bien compris, suite aux joutes entre Nancy Pelosi, la chef des démocrates à la Chambre, et Donald Trump, que le compromis n’est pas à l’ordre du jour. Pourtant, si Donald Trump faisait preuve de sens politique, il y aurait possibilité d’obtenir quelques concessions sur des sujets qui lui tiennent à cœur".

"Donald Trump courtise son électorat et sa base, celle qui l’a porté au pouvoir, alors qu’il est de plus en plus conspué au sein même de son parti. Jusque-là, les républicains se sont montrés relativement timorés. Je n’envisage pas non plus qu’ils intentent un impeachment, mais disons qu’on a bien vu les joutes qui l’avaient opposé à feu John McCain, et même à Jim Mattis. Il est de plus en plus isolé au sein de son parti et là ça risque de lui poser, à terme, un gros problème" dit encore le chercheur.

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