Show Musk go on ou l'aventure tumultueuse de SpaceX, envers et contre tout

Le prototype du Starship de SpaceX, la navette avec laquelle le milliardaire Elon Musk compte explorer la lune, Mars et d'autres planètes. Boca Chica, Texas.
6 images
Le prototype du Starship de SpaceX, la navette avec laquelle le milliardaire Elon Musk compte explorer la lune, Mars et d'autres planètes. Boca Chica, Texas. - © Getty Images

Alors que SpaceX a réussi ce dimanche l'ultime test de sécurité avant le premier vol spatial habité pour la NASA, de nombreux doutes persistent à propos de la société californienne issue de l'imagination d'un millionnaire visionnaire, devenu milliardaire depuis. Car Space Exploration Technologies Corporation communément appelée SpaceX, c'est avant tout l'histoire d'un homme, Elon. Plus exactement d'Elon Reeve Musk, rejeton surdoué d'un ingénieur et d'une mannequin; rejeton ayant très vite trouvé sa voie, celle des étoiles, au propre comme au figuré.

Petit déjà, la tête dans les étoiles

Tout commence en 1983. Alors qu'il n'a que 12 ans, le jeune Elon vend son premier jeu vidéo, Blastar, pour 500 dollars. Inspiré du jeu d'arcade Space Invaders et de l'univers Marvel (Blastaar, avec trois "a", est un méchant notoire) ce shoot them up démontre la capacité hors-norme de l'adolescent à analyser les choses qui plaisent et qui plairont mais également la fascination qu'exerce l'espace sur son imaginaire en perpétuelle ébullition. Coloniser d'autres planètes, voilà son rêve. Et il n'hésite pas à en faire part à ses camarades de classe.

"Fou furieux"

Presque 20 ans plus tard, à la faveur d'un trajet en voiture avec son ex-colocataire à l'université devenu lui aussi millionnaire, Elon Musk évoque la possibilité d'investir les quelques 250 millions de dollars issus de la revente de ses deux star-up Internet (Zip2 & Paypal) dans le domaine spatial. Démarrée sur le ton de la boutade car bien trop cher et compliqué, la discussion évolue peu à peu et gagne en sérieux. En rentrant chez lui, Elon Musk se précipite sur son ordinateur et cherche des informations sur la mission vers Mars de la NASA. Il n'y a rien.

Un an plus tard, Elon Musk lance SpaceX envers et contre tous. Non sans avoir auparavant tenté de collaborer avec Arianespace et d'acheter des missiles balistiques russes non-utilisés. Sans succès.  

Nous sommes en juin 2002. Le pari est ambitieux pour ne pas dire insensé: concurrencer les colosses de l'industrie aéronautique américaine (Boeing et Lockeed Martin et Sierra Nevada) dans la course aux étoiles. Aux investisseurs frileux qui le traitent de "fou furieux" Musk répond: "Je le ferais moi-même, merci". Et dans la foulée il investit 100 millions de sa fortune personnelle dans ce projet fou. Premier objectif affiché: lancer une fusée avant la fin de l'année 2003. L'objectif est ambitieux, trop. Ce n'est finalement qu'en mars 2006 que le premier vol de la fusée Falcon1 a lieu. Les enjeux sont énormes. La NASA a prévu de conclure un accord de 278 millions de dollars, à condition que le lancement soit une réussite. L'excitation est à son comble. L'enthousiasme sera cependant de courte durée. Trente secondes à peine après le décollage, le moteur prend feu et le lanceur se transforme en boule de feu, avant de s’abîmer dans l'océan. Échec cuisant ? Musk lui y voit un demi-succès et préfère parler de "raté causé par des problèmes électriques mineurs". La NASA accorde un sursis. 

Un succès nécessaire, une méthode particulière

Deux autres tentatives malheureuses suivront. Le troisième Falcon1 emportait avec lui du matériel de la NASA ainsi que 7 grammes des cendres de l'acteur James Doohan, l'interprète de Scotty dans la série Star Trek. Beaucoup y voient un signe funeste du destin. Musk pas.    

Le quatrième essai prend des allures de dernière chance. Il sera le bon. En septembre 2008 SpaceX devient le premier opérateur spatial à placer un satellite en orbite grâce à un lanceur entièrement financé par des fonds privés. C'est le soulagement. Car pour en arriver là, Elon Musk a investi jusqu'à son dernier dollar dans SpaceX (et son autre bébé Tesla) allant même jusqu'à solliciter ses plus proches amis afin qu'il lui prêtent de l'argent. Plus encore que sa fortune, c'était sa fierté et sa crédibilité qui étaient en jeu.  

Persévérant jusqu'à l'entêtement voire l'obsession, le gamin de Pretoria dispose d'un culot inouï doublé d'une volonté de fer et d'une force de travail hors-pair. Pas étonnant dès lors qu'il attende de ses employés la même abnégation comme l'explique le journaliste Ashlee Vance dans la biographie qu'il lui a consacré en 2015. Il n'est dès lors pas rare que les ingénieurs doivent travailler plus de 80 heures par semaine, weekend compris, pour atteindre les buts fixés. Triés sur le volet et souvent sélectionnés par Musk lui-même les ingénieurs alternent échecs calamiteux et miracles. Partis d'une feuille blanche, ceux-ci se doivent d'appliquer la méthode Musk, le "Do It Yourself" (Faites le vous même)  et "Ne vous faites pas baiser" afin de réduire les coûts au maximum. Au final, cela porte ses fruits. Comme pour cet élément vendu 150.000 dollars sur le marché par les fournisseurs, que SpaceX réussira finalement à produire pour à peine 4000 dollars, presque 50 fois moins. Tout un symbole.  

Mais la médaille a son revers, nombreux sont en effet les épisodes plus ou moins vérifiés qui circulent à propos du despotisme de Musk. Arrogant et susceptible, le patron de SpaceX aurait remercié son assistante des débuts, Mary Beth Brown, parce que celle-ci aurait osé demandé une augmentation substantielle après 12 années de bons et loyaux services. "Suivre ou partir", un credo qu'il appliquera également à sa vie privée. En 2008, Elon Musk et son épouse Justine divorcent, malgré une (brève) thérapie de couple. Au cours de cette dernière, Musk avait d'emblée posé ses conditions sous forme d'ultimatum: accepter les choses telles qu'elle sont car ses affaires ne lui laissent pas le temps pour transformer sa vie privée.

La roue tourne

En 2008, la NASA et SpaceX passent un contrat de 1,6 milliard de dollars pour transporter du fret vers l'ISS, la Station Spatiale Internationale. Quelque temps après l'administration Obama décrète que les Etats-Unis se tourneront désormais vers des partenaires privés afin de transporter des astronautes vers l'ISS. C'est l'avènement d'une nouvelle industrie, partenariat entre privé et public. Une aubaine pour SpaceX qui dans la foulée réussit à lancer son premier Falcon9 et à mettre son vaisseau spatial Dragon en orbite en 2010. En 2012, le Dragon accoste pour la première fois à l'ISS. Le président américain en personne téléphone à Elon Musk pour le congratuler, même si au Congrès, les dents grincent à cause de cet argent public utilisé afin de développer des entreprises privées. Car le partenariat initaielement prévu de fifty-fifty (50-50) se révèle très vite être plutôt du genre 80-20 en faveur des partenaires commerciaux. Au total c'est plus d'un milliard de dollars qui a été investi par la NASA dans SpaceX.

Trop dépendante des fusées Russes pour envoyer ses astronautes dans l'ISS, la NASA octroie en 2014 2,6 milliards de dollars à SpaceX (et 4,2 milliards à Boeing) afin de développer des capsules habitées. Cinq ans plus tard, en mars 2019, une capsule Crew Dragon de type Apollo et lancée par un lanceur Falcon9 réalise avec succès un aller-retour à vide à destination de l'ISS.  

Objectif Mars

Célèbre pour avoir publiquement exprimé "son désir de mourir sur Mars, mais pas à l’atterrissage", Elon Musk n'a pas abandonné son idée de coloniser la planète rouge. Un rêve qu'il espère réaliser grace à sa dernière création, les vaisseaux Starship.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK