Serbie: des centaines de réfugiés bloqués à la frontière avec la Hongrie

Serbie: des centaines de réfugiés bloqués à la frontière avec la Hongrie
4 images
Serbie: des centaines de réfugiés bloqués à la frontière avec la Hongrie - © ELVIS BARUKCIC - AFP

Ils sont des centaines, sans doute un demi-millier selon les journalistes de Reuters présents sur place, à s'être retrouvés bloqués mardi face aux barbelés dressé par la Hongrie le long de sa frontière avec la Serbie. Depuis ce 15 septembre, une nouvelle législation hongroise pénalise toute tentative de passer cette limite et 174 migrants ont déjà été interpellés par la police hongroise pour franchissement illégal de la frontière. Ils risquent trois ans de prison.

La nouvelle loi prévoit aussi le renvoi automatique de tous les réfugiés arrivant de Serbie, pays considéré comme "sûr" par Budapest. Les demandes d'asile sont dorénavant traitées dans un délai maximum de huit jours, et celles déposées de réfugiés venant de Serbie en quelques heures. Résultat : des familles campent littéralement devant la clôture côté serbe dans les champs ou sur l'autoroute reliant la Serbie à la Hongrie.

La Serbie a annoncé qu'elle n'accepterait aucun migrant renvoyé en Serbie après être entré en Hongrie. Lundi, 9380 migrants et réfugiés ont été enregistrés à la frontière serbe par la police hongroise, soit le nombre le plus élevé depuis le début de la crise.

La Hongrie prévoit aussi un mur à sa frontière avec la Roumanie

La Hongrie prévoit de construire une nouvelle clôture à sa frontière avec la Roumanie pour endiguer l'afflux de migrants, après celle érigée à sa frontière avec la Serbie, a annoncé le ministre des Affaires étrangères hongrois.

"Le gouvernement a décidé de mettre en place des préparatifs pour la construction d'une clôture à la frontière entre la Hongrie et la Roumanie, s'étendant du point de jonction entre les frontières serbe, hongroise et roumaine sur une distance raisonnable", a déclaré Peter Szijjarto.

Cette mesure "est nécessaire étant donné que les passeurs pourraient changer leur route en raison de la clôture existante à la frontière serbo-hongroise", a expliqué le ministre. "Une partie de la pression migratoire pourrait se diriger vers la Roumanie", a-t-il dit.

La Hongrie est membre de l'Union européenne et fait partie de l'espace Schengen de libre circulation des personnes. La Roumanie, quoique membre de l'UE, n'appartient pas au club de Schengen.

La Roumanie a protesté contre l'intention de la Hongrie, estimant qu'un tel projet n'était "pas conforme à l'esprit européen". "Le ministère roumain des Affaires étrangères estime que la construction d'une clôture entre deux Etats membres de l'Union européenne, qui sont également des partenaires stratégiques, ne représente pas un geste correct d'un point de vue politique et n'est pas conforme à l'esprit européen", a indiqué le MAE dans un communiqué.

La Serbie se dit incapable de gérer le flux de migrants

Par ailleurs, ce mardi, la Serbie a exhorté la Hongrie à ouvrir sa frontière pour les migrants bloqués sur son sol après la fermeture de la frontière par Budapest, appelant l'Union européenne à résoudre cette crise sans précédent." C'est une grave crise pour l'UE qui doit la gérer avec sérieux et avec un plan clair ", a déclaré le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dacic, à Prague.

" L'idée de renvoyer vers la Serbie tous les migrants alors que d'autres ne cessent d'affluer en provenance de Grèce et de Macédoine, est inacceptable car nous deviendrions ensuite un centre des arrivées ", a dit Ivica Dacic à l'issue d'un entretien avec son homologue tchèque, Lubomir Zaoralek. " Nous aimerions faire partie de la solution du problème, mais non à notre détriment ", a-t-il insisté, avant de souligner que la Serbie " ne peut pas gérer cela ".

Le conseil de l'Europe demande des explications à la Hongrie

Le Conseil de l'Europe a annoncé mardi qu'il allait demander au Premier ministre hongrois Viktor Orbán des explications concernant la nouvelle législation adoptée par son pays pour endiguer le flux de migrants.

"Je vais écrire aujourd'hui au Premier ministre (hongrois) pour demander (la version) finale des textes de loi adoptés dans le contexte de la crise des migrations", afin de vérifier si ces dispositions sont compatibles avec la Convention européenne des droits de l'Homme, a annoncé dans un communiqué le secrétaire général de l'organisation paneuropéenne, Thorbjoern Jagland.

Le responsable européen s'est dit notamment "préoccupé" par des réformes permettant au gouvernement de Budapest de déclarer "l'état de crise", "pour cause d'immigration massive".

"Je vais demander des assurances selon lesquelles si l'état de crise est déclaré, la Hongrie restera attachée au respect des obligations qui lui incombent en vertu de la Convention européenne des droits de l'homme", a ajouté Thorbjoern Jagland.

En vertu de l'article 15 de la Convention européenne des droits de l'Homme, un pays peut déroger à certains droits consacrés par la Convention, mais il doit alors le notifier au secrétaire général, a rappelé Thorbjoern Jagland.

Le Conseil de l'Europe regroupe 47 Etats membres, dont les 28 de l'Union européenne, mais aussi la Turquie et la Russie.

Le patron du HCR stigmatise la Hongrie

Le haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés, l'ex-Premier ministre portugais Antonio Guterres, a lancé mardi à Bruxelles un appel vibrant à l'Union européenne - et en particulier à ses membres d'Europe de l'est réticents à accueillir des demandeurs d'asile - à faire preuve d'"unité" et de "solidarité" dans la crise migratoire, agitant le risque d'une perte de pertinence de l'UE sur la scène internationale.

Selon le patron du HCR, la fermeture par Budapest de sa frontière avec la Serbie va provoquer une "situation d'urgence en Serbie", à l'approche de l'hiver. "Nous devons avoir des centres d'accueil en Serbie et commencer la relocalisation (des réfugiés) à partir de la Serbie", qui "va être un point de concentration".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK