Séparatisme: ce qui différencie les monarchies belge et espagnole

Mardi soir, le Roi d'Espagne Felipe VI a sermonné les indépendantistes, fustigeant la conduite irresponsable des dirigeants catalans. Que retenir de ce discours ? Le Roi Philippe pourrait-il faire le même type d'allocution en Belgique, en prenant parti pour l'une des communautés ? Nous en avons parlé avec Vincent Dujardin, historien à l'Université catholique de Louvain.

Que retenez-vous de ce discours du Roi Felipe ?

"Il est évident que le Roi d'Espagne devait parler, il ne s'agit pas d'un débat politique de second ordre mais vraiment d'une grande crise d'Etat. Il a d'ailleurs utilisé ces mots : "Il faut garantir l'ordre constitutionnel". Exactement les mots de son père Juan Carlos, au moment de la tentative de coup d'Etat en 1981. Ce n'est certainement pas un hasard. On peut par contre s'étonner qu'il n'y ait pas une seule phrase, pas un seul mot de compréhension à l'égard des aspirations des Catalans. En réalité, il avait déjà appelé au dialogue dans des discours précédents. Et pour lui, sans doute que la priorité absolue est le respect de l'Etat de droit et son discours est d'ailleurs soutenu par trois grands partis nationaux, à droite, au centre ou à gauche. Le Roi d'Espagne ne s'adresse donc pas aux indépendantistes, pour qui le Roi est de toute façon, en tant que symbole de l'unité du pays, un élément du problème plutôt qu'une partie de la solution. On peut penser qu'il visait surtout, dans son discours, les hésitants ou encourager les convaincus de l'unité nationale, mais ce qui est peut-être le plus étonnant, c'est qu'il n'y ait pas d'appel à la réunion de tous les partis afin de trouver une solution. Il faut évidemment voir si ce type d'appel avait fait l'objet ou non d'un débat avec le Premier ministre Rajoy qui a logiquement du relire ce discours avant diffusion."

Est-ce qu'en Belgique, on pourrait entendre un tel discours du Roi Philippe ?

"Il faut d'abord relever qu'en Belgique, contrairement qu'au cas espagnol, c'est le Roi qui rédige tous ses discours, avec son entourage, mais il doit évidemment faire l'objet d'un contreseing ministériel. En Espagne, seuls deux discours, dont celui de Noël, sont rédigés par le Roi. Sans doute que le discours de ce mardi soir était rédigé par le Roi Felipe mais le Premier ministre a plus que vraisemblablement du le cautionner. En ce qui concerne la Belgique, en règle générale, je dirais que le Roi Philippe doit être prudent sur le séparatisme. Il préfère depuis son avènement, mettre l'accent sur ce qui fonctionne bien, sur ce qui rapproche plutôt que dénoncer ce qui sépare. Il sait aussi qu'en 1993 ou en 2006 lorsque le Roi Baudouin ou le Roi Albert II avaient dénoncé le confédéralisme ou le séparatisme, cela avait engendré de solides grincements au Nord du pays et entraîné une contestation de la monarchie. Par contre en cas de crise grave, le Roi Philippe pourrait être amené à évoquer la question dans un discours fort, plus fort mais il aurait de toute façon besoin de l'accord du Premier ministre.

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