Séisme: le Népal, un pays vulnérable dans une région à risque

Le Népal est situé là où convergent les plaques tectoniques indienne et eurasienne.
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Le Népal est situé là où convergent les plaques tectoniques indienne et eurasienne. - © Tous droits réservés

Plus de 2400 victimes, des quartiers entiers réduits à l'état de ruine, de nombreux monuments détruits... Les conséquences du séisme qui a frappé le Népal samedi sont dramatiques. Pourtant, ce tremblement de terre et ce bilan ne sont guère inattendus. Et des répliques, potentiellement très importantes, sont encore à prévoir dans les mois qui viennent.

Le Népal se trouve à l'endroit où convergent deux plaques tectoniques bien connues des sismologues, celle qui porte l'Inde, au sud, et l'eurasienne, au nord. Les montagnes de l'Himalaya résultent du choc de ces deux plaques.

"La plaque indienne remonte à une vitesse de l'ordre de 2 centimètres par an vis-à-vis du Tibet, et essaie de passer sous le plateau tibétain, explique Jérôme Vergne, sismologue à l'Observatoire des sciences de la terre de Strasbourg. Or cette remontée ne se fait pas de manière continue mais par saccades. Là, on a eu une très grosse saccade, c'est-à-dire une rupture brutale de l'interface de la faille qui sépare ces deux plaques."

Fragilité des constructions

Et le Népal n'est pas armé face à ces secousses. Les bâtiments sont fragiles, les temples étant notamment construits avec des "briques cuites et mortier de boue, avec une structure en bois", comme l'indique l'Unesco, cité par France Info. La tour historique de Dharhara - un des lieux touristiques majeurs de Katmandou datant du 19ème siècle - s'est effondrée, comme de nombreux autres palais classés au patrimoine mondial.

Les constructions plus "modernes" n'ont pas davantage résisté. "Les immeubles en ciment de construction plus récentes" n'ont pas tenu, car leurs "architectes ont toujours ignoré les normes requises pour minimiser les dégâts en cas de séisme", explique Le Monde, qui ajoute qu'il semble malgré tout "que ce soit surtout les parties anciennes des villes et leurs maisons ou leurs temples en briques qui aient été les plus touchés."

En 2010 déjà, le site Slate, relayé par France Info, écrivait : "Le plus grave, c'est que le pays est très mal préparé contre les tremblements de terre : les techniques de construction népalaises sont inadaptées et la population urbaine ne cesse de croître".

Cette vulnérabilité des bâtiments, couplée à une architecture et une urbanisation anarchiques, laisse présager un bilan potentiellement plus lourd. D'autant que ce séisme pourrait en annoncer d'autres.

Qu'attendre dans les jours, les mois à venir?

Il faudra s'attendre à des répliques dans les mois, "voire les années", qui viennent. Le pan de faille ne s'est pas rompu de manière homogène, de petites zones peuvent encore générer des séismes.

"A priori la partie superficielle, au sud de Katmandou, n'a pas cassé, ce qui veut dire que la zone n'est pas complètement déverrouillée par ce séisme", explique Pascal Bernard, sismologue à l'Institut de Physique du globe de Paris, pour qui "les années qui viennent seront une période sensible".

Les répliques devraient continuer, généralement en diminuant en nombre et intensité. "Mais on a observé dans le passé des répliques à forte magnitude, pouvant même aller jusqu'à la magnitude du choc principal", affirme Jérôme Vergne, qui rappelle qu'une réplique de 6,7 comme celle de dimanche matin est un très fort séisme, "surtout dans une zone où les constructions ont été fragilisées par un premier choc".

Ensuite, les failles se recimentent, elles "oublient", et reprennent leur rythme, tandis que la compression des plaques se poursuit.

L'un des risques sismiques les plus forts au monde

La convergence de continents, à l'origine même de la chaîne de l'Himalaya, a crée une région où le risque sismique est l'un des plus forts au monde, dotée de failles colossales, avec de très longs plans inclinés pouvant créer de grandes zones de contact.

"À une échelle de quelques dizaines à quelques centaines d'années, on sait qu'il y aura de nouveau des séismes majeurs dans la zone himalayenne, qui pourraient même dépasser la magnitude de celui-ci", affirme Pascal Bernard.

La zone est comprimée, et se relâche par petits morceaux, qui impriment des contraintes de part et d'autre jusqu'à ce qu'au bout de quelques siècles ça finisse par casser. "Imaginez un élastique que vous tendez, il va finir par casser", illustre le sismologue de l'Institut de Physique du globe de Paris.

"Le pire est à venir"

Parmi les derniers très gros séismes enregistrés - participant au rapprochement des plaques - figure celui qui avait frappé l'est de Katmandou en 1934. Le précédent dans cette zone remontait à 1255. En revanche la partie ouest du pays n'a pas connu de très forts séismes depuis 1505.

"On pense que les séismes peuvent être d'une magnitude supérieure à 8,5 voire 9, mais l'échelle de temps est mal connue à 200 ans près. Oui, 'le pire' est à venir, mais ça peut être dans quelques siècles."

RTBF et AFP

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