Sébastien Boussois (ULB) : "Une quarantaine de pays ont aujourd'hui une franchise de Daech sur leur territoire"

Une cyberattaque a neutralisé Amaq, "l’agence de presse de l’Etat Islamique" annonçait Interpol ce lundi 25 novembre. Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques à l’ULB (CECID) et à "Save Belgium", une association qui combat l’extrémisme et la violence nous commente cette information importante dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Sébastien Boussois vient de publier "Daech la suite" aux Éditions de l’Aube une occasion pour nous de le rencontrer et qu’il nous explique les enjeux de cette question.

En quoi la neutralisation de la plateforme "Amaq" est-elle stratégique ?

Pour Sébastien Boussois, "c’est une victoire provisoire face à ce qui fut la plus grosse entreprise terroriste au monde et aussi la plus grosse entreprise de communication et de propagande connue dans le monde. Aujourd’hui on a eu à faire face à des canaux de communication extrêmement puissants, car une guerre de nos jours ne se gagne pas uniquement sur le théâtre physique des opérations, mais aussi dans les esprits, sur internet et à travers ces supports. Daech pourra toujours relancer des systèmes de propagande, ils ont aussi des cardes bien formés en sciences informatiques ou en cybernétique pour cela".

Question de timing

Sébastien Boussois s’interroge sur le timing de cette opération et se montre assez critique : "On aurait pu faire cela déjà en 2015, pour affaiblir ou interrompre ces canaux de communication. Cette opération est une goutte d’eau et c’est ça la difficulté dans cette tâche". L’attaque, qui n’était pas la première, a duré deux jours et s’est terminée ce dimanche 24 novembre. Au total, 26.000 comptes, sites et canaux de communication ont été désactivés grâce à la collaboration entre 12 États membres de l’UE. "Les investigations sont toujours en cours", a précisé Patrick Willocx de la police judiciaire fédérale de Flandre-Orientale, indiquant que ces chiffres n’étaient dès lors pas définitifs.

Nouvelles filières

Pour Sébastien Boussois l’important est surtout de tenir compte des nouvelles filières et des nouveaux groupes qui se reconstituent partout dans le monde et surtout en Europe, comme en Bosnie ou en Ukraine par exemple. "Le fait d’avoir mis fin au califat a provoqué un big bang terroriste. Le rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies du 15 juillet évalue le nombre de terroristes disparus ou insaisissables encore vivants et prêts à continuer le combat à plus de 20.000 individus. Une quarantaine de pays du monde ont aujourd’hui une franchise de Daech sur leur territoire".

Peut-on envisager d’éradiquer l’Etat islamique ?

Le 25 octobre dernier, le leader de Daesh, Abou Bakr al Baghdadi était tué lors d’une opération de l’armée américaine, dans le nord-est de la Syrie. "Al Baghdadi est d’ailleurs plus important mort que vivant" rappelle Sébastien Boussois. "Dans l’histoire des 40 ans du djihadisme, on voit qu’ils ont toujours été dans la stratégie du pire, on a toujours été dans une croissance de la violence".

Déradicalisation possible ?

"On travaille ces questions avec d’anciens djihadistes du conflit des Balkans, on a donc déjà 20 ans de recul. Je travaille aussi avec des jeunes du Canada qui ont créé des groupes néonazis dans les années 90, on a là plus de 25 ans de recul. Mais pour les gens radicalisés par Daech on manque sans doute encore de recul. Je ne suis pas convaincu par ce que l’on appelle la déradicalisation ou le désengagement. Au cas par cas cela vaut sans doute le coup d’essayer, mais pour les plus dangereux c’est un suivi très particulier qui doit être mis en place. J’insiste le plus important c’est la prévention pour éviter de se retrouver dans ce genre de situation", conclut Sébastien Boussois.

 

 

 

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