Sauvetage en Méditerranée : reportage poignant à bord d'un bateau-ambulance

Après avoir arrêté ses activités durant trois mois, à cause de la crise sanitaire, lassociation SOS Méditerranée a repris ses sauvetages en mer le 22 juin dernier. Pendant la pandémie, plus de 300 migrants ont disparu en Méditerranée, sans compter tous les naufrages invisibles.

Pour continuer à sauver des vies en mer, l’équipage de l’Ocean Viking, doit aujourd’hui suivre un tout nouveau protocole sanitaire.  Objectif : éviter toute contamination à bord du bateau-ambulance de lassociation. Nous avons pu suivre cette mission unique, bouleversée par la crise sanitaire.

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L'équipage des sauveteurs de l'Ocean Viking se prépare à intervenir © RTBF

C’est une première pour les marins-sauveteurs de l’association SOS Méditerranée. L’équipe reprend ses opérations de sauvetage avec masques et visières obligatoires.

Une mission périlleuse les attend. 51 migrants sont entassés dans une petite embarcation en bois, à 30 kilomètres de l’île italienne de Lampedusa.

Les sauveteurs approchent : " Nous sommes là pour voir aider. Essayez de garder votre calme ", leurs lancent-ils. Le bateau de fortune prend l’eau et peut chavirer à tout moment.  L’équipe prend alors en charge une femme enceinte, très affaiblie après deux jours en mer, quasiment sans boire ni manger. Un sauveteur la rassure : Madame, vous pouvez rester près de nous, il n’y a pas de problème."

Tous les rescapés sont sains et saufs. Voilà déjà une première victoire pour l’équipe de SOS Mediterranée. Lorsque tout le monde se trouve à bord de lOcean Viking, les sauveteurs se décontaminent au chlore et le port du masque et la prise de température sont obligatoires pour tous.

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Désinfection des membres de l'équipage de l'Ocean Viking © RTBF

" On ne peut pas arrêter de sauver les gens à cause du Covid "

La médecin de bord, Anne Kamel, et sa petite équipe médicale, s’agitent comme des fourmis pour soigner les blessures, les cas de gale et de déshydratation, mais aussi pour gérer le stress sévère qui agite les rescapés. Un défi supplémentaire à relever malgré le protocole Covid,  mais nécessaire : Si une personne paraît avoir des symptômes, on l’isole, mais il faut qu’on fasse comme si tout le monde était potentiellement Covid, et qu’on fasse très attention à tous les gestes d’hygiène, pour qu’on puisse continuer les interventions en mer. On ne peut pas arrêter de sauver des gens à cause du Covid ", explique-t-elle.

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Anne Kamel - médecin de bord © RTBF

Témoignage poignant de la jeune femme enceinte rescapée

Mervis, la jeune Camerounaise enceinte, doit aussi soigner d’autres maux. Kidnappée en Libye avec son mari, elle a connu la torture et la faim, avec des conséquences dramatiques : "Beaucoup de gens sont morts en prison devant moi…Mon dieu… L’enfant qui était dans mon ventre était mort et j’avais peur que mon deuxième enfant meurt aussi. Mon cœur disait qu’il fallait que je vienne en Europe pour pouvoir accoucher ", explique-t-elle en larmes.

Enceinte de 5 mois, la jeune femme de 24 ans réalise sa première échographie à bord, avec l’espoir d’un horizon plus clément. "Quand je le vois je suis fière et heureuse. Les mots me manquent ".

 

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Mervis - jeune rescapée Camerounaise de 24 ans, enceinte © RTBF

L'accueil à terre est compliqué : "Ca devient intenable "

Mais ces instants de bonheur dissimulent à peine une nouvelle angoisse : aucun port n’accepte d’accueillir les rescapés de l’Ocean Viking. A l’annonce de cette mauvaise nouvelle, Anne Kamel tente en vain de les apaiser. Dans un geste désespéré, deux migrants se jettent à l’eau, mais ils seront sauvés.  "Ils sont proches de la solution et tout à coup, ils sont à nouveau bloqués…Ils sont devant un vide, une inconnue, face à des interrogations totalement angoissantes. Ils se demandent si ce débarquement va avoir lieu… ça devient intenable ", témoigne Anne, la médecin de bord.

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Quelques migrants rescapés qui attendent la nouvelle d'un accueil possible à terre © RTBF

Après dix longs jours d’attente, une autre nouvelle tombe : "Nous débarquons demain matin en Sicile ", annonce Anne, sous les applaudissements et les larmes de joie des passagers.  A peine le pied posé à terre, les réfugiés remontent,  pour une quatorzaine, sur un ferry affrété par les autorités italiennes.  

L’équipage a secouru 180 personnes pour cette première mission à l’heure du Covid-19, avec désormais, l’urgence de repartir en mer pour accomplir d’autres sauvetages.

Selon lOrganisation internationale des migrations, près de 37.000 personnes ont tenté de traverser la Méditerranée entre janvier et juin 2020, sans compter les naufrages qui se sont produits loin des regards.  

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