Sarkozy, ses meetings géants et ces millions de trop : ouverture du procès Bygmalion

Ceci est un article initialement publié le 17 mars 2021, avant que le procès ne soit renvoyé au 20 mai

Bygmalion. Un nom. Une société. Un scandale et des années d’enquête. Bygmalion, c’est le nom de la société d'événementiel chargée d'organiser les meetings du candidat Sarkozy via sa filiale Event & Cie, en 2012. Début de cette année-là, le Président sortant est en retard dans les sondages. Son équipe de campagne se met alors à préparer des meetings à grande échelle. Infrastructures gigantesques, spectacle son et lumière et réalisation hollywoodienne, les moyens déployés sont colossaux. En cinq mois, Nicolas Sarkozy, Président sortant, s’offre 44 meetings géants. C'est trois fois plus que prévu. Résultat : les budgets explosent. Car ces meetings ont un coût. Rien que celui organisé à Villepinte a coûté plus de cinq millions d’euros. Or en France, la loi interdit de dépenser plus de 22,5 Millions d'euros pour une campagne. Problème : d'après les enquêteurs, Nicolas Sarkozy aurait dépensé le double.

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Patrick Maisonneuve est l'avocat français de la société Bygmalion. © saget

Alors, pour éviter de faire exploser le budget légal de la campagne, un système de fausses factures aurait été mis sur pied. Pour la justice, le trucage a permis au président-candidat de masquer une partie de ses dépenses de campagne, qui ont atteint 42,8 millions d'euros, de quoi pulvériser le plafond légal fixé à 22,5 millions d'euros. "A la demande de l’UMP, la société Bygmalion a été amenée à établir des factures qui ont été imputé à l’UMP alors qu’elles auraient dû l’être à l’association de financement de la campagne du candidat, Nicolas Sarkozy" relate Patrick Maisonneuve, avocat de la société Bygmalion, en 2014.

Soupçonné d'avoir laissé filer ses comptes de campagnes au-delà de leur plafond légal malgré les avertissements des experts-comptables, Nicolas Sarkozy a fait savoir qu’il serait présent lorsque le tribunal aura besoin de lui.

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Jérôme Lavrilleux. C'est l’ancien directeur-adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. © Tous droits réservés

2014: un témoignage clé

C'est Jérôme Lavrilleux qui avait révélé en 2014 le système de double comptabilité et de fausses factures mis en place pour dissimuler les dépassements de plafonds du compte du candidat. Jérôme Lavrilleux, c’est l’ancien directeur-adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. Député européen de 2014 à 2019, l’homme vit aujourd’hui loin de la politique. Il s’occupe d’un gîte de Dordogne où il vit une nouvelle vie.

Également sur le banc des prévenus, Guillaume Lambert, ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, a assuré dans l'émission "Complément d'enquête" sur France 2 avoir directement prévenu l'ex-candidat sur les dépassements des frais. "Je lui ai indiqué la nécessité de faire des économies dans la campagne, de réduire un certain nombre de postes de dépense", a-t-il dit.

Des affaires, des procès et des casseroles

Quinze jours après avoir été condamné dans l'affaire dite "des écoutes", Nicolas Sarkozy est jugé à nouveau, à partir d’aujourd’hui, à Paris. Cette fois, pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle de 2012, dans le dossier Bygmalion. Le 1er mars, Nicolas Sarkozy a été le premier ancien président de la Ve République condamné à de la prison ferme : trois ans dont deux avec sursis, pour corruption et trafic d'influence. Dans l'affaire Bygmalion, l'ancien président encourt un an d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende pour "financement illégal de campagne électorale". Selon l'accusation, l'ancien président "a incontestablement bénéficié" du système de fausses factures, qui lui a permis de disposer pour la campagne de moyens "bien supérieurs à ce que la loi autorisait".

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Nicolas Sarkozy en meeting à Villepinte, en 2012. Le meeting aurait coûté plus de cinq millions d'euros. © AFP or licensors

L'enquête n'a toutefois pas établi que le chef de l’État avait décidé de la mise en place du système, ni qu'il y avait participé ou même en avait été informé. Il est reproché au candidat Sarkozy de ne pas avoir tenu compte de deux alertes alarmantes des experts-comptables pendant sa campagne, en mars et avril 2012.

Au total, 14 personnes doivent être jugées. Il s'agit d'anciens cadres de l'Union pour un mouvement populaire (UMP, devenue Les Républicains, partie civile au procès), des responsables de la campagne de 2012 et des dirigeants de Bygmalion. Ils comparaissent pour faux et usage de faux, abus de confiance, escroquerie et financement illégal de campagne électorale, et complicité ou recel de ces délits.

Le procès devait commencer le 17 mars 2021, avant d'être renvoyé au 20 mai 2021, suite à la demande de renvoi formulée par l'un des principaux protagonistes de l'affaire, dont l'avocat, atteint du Covid-19, était hospitalisé.

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La société Bygmalion organisait les meetings de campagne du candidat Sarkozy en 2012. © AFP

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