Sahara occidental : que se passe-t-il dans cette région autonomiste du sud du Maroc ?

Cela faisait près de trente ans que le conflit entre le Maroc et le territoire du Sahara occidental, situé au sud du royaume, semblait éteint. Mais le 13 novembre, il s’est tristement rallumé. L’armée marocaine s’est introduite dans la zone tampon de Guerguerat, située entre la région sahraouie et la Mauritanie. Un acte que le Front Polisario, principal parti armé de rébellion contre l’autorité marocaine, a vu comme la violation de l’accord de cessez-le-feu établi en 1991. Depuis, les combats font rage entre les belligérants.

Mais quels en sont les enjeux ?

Longue bande de terre de 266.000 km2 coincée entre l’Atlantique et la Mauritanie, le Sahara Occidental est un vestige de l’ancienne colonie espagnole, conquise à la fin du 19e siècle. Après la Marche Verte, lancée par le roi Hassan II, où 350.000 Marocains ont pénétré dans le territoire pour réclamer son rattachement, l’Espagne a dû céder le territoire au Maroc lors des accords de Madrid en 1975.

Aujourd’hui, la région est gérée aux trois quarts par le royaume chérifien, l’autre partie étant contrôlée par le Front Polisario, qui se revendique de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), non reconnue par l’ONU. Une mission internationale, la Minurso, est déployée dans la région de Guerguerat, et un référendum d’autodétermination est en préparation, même s’il n’a toujours pas eu lieu.

Des barrages sur la route

Malgré des négociations au point mort depuis un an entre les principaux pays frontaliers, Maroc, RASD, Algérie et Mauritanie, le cessez-le-feu durait. Mais un groupe de routiers a alerté début novembre les autorités marocaines et mauritaniennes, affirmant que des "milices affiliées à des séparatistes" bloquaient la route.

Le Maroc a alors envoyé des troupes sur place, ce que le Front Polisario a vu comme une provocation. "Le Maroc a liquidé le cessez-le-feu", a estimé le chef de la diplomatie du Polisario, Mohamed Salem Ould Salek, à l’AFP. Le Maroc de son côté affirme qu’il n’avait pas de velléité "offensive", mais qu’elle avait pour objectif de mettre fin aux "provocations" du Front Polisario.


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Les choses se sont petit à petit envenimées. Des tirs croisés le long du mur des Sables, qui scinde le territoire, ont été échangés. Vendredi, le Front Polisario a décrété "l’état de guerre", tandis que le Mohammed VI affirme être "fermement déterminé à réagir […] contre toute menace à la sécurité" du Maroc.

Les Sahraouis ne voient pas d’autre issue que la guerre

Il faut dire que 80% de l’ancienne colonie espagnole est actuellement contrôlée par le royaume chérifien, dont ses gisements de phosphate et son accès à la mer. L’armée marocaine envisagerait de prolonger jusqu’à la Mauritanie le mur des Sables, surnommé "mur de la honte" par les Sahraouis partisans du Polisario.

Dans ce contexte, la zone de Guerguerat est au cœur des tensions. Si Rabat considère qu’elle est essentielle pour ses relations avec les pays subsahariens, le Front Polisario dénonce son existence et considère l’intervention marocaine comme une "agression".


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La reprise des conflits a surpris l’Onu, dont le secrétaire général, Antonio Guterres, a dit "regretter" que ses efforts pour "éviter une escalade" aient échoué. Du côté des pays frontaliers, on appelle à la retenue, en Algérie et en Mauritanie, même si cette dernière a renforcé ses positions militaires à la frontière.

Les Sahraouis, eux, sont pessimistes : "ils ne voient pas d’autre issue que la guerre", regrette l’activiste Aminatou Haidar, dans un entretien au journal suisse Le Temps. Je n’ai plus de mots pour dissuader les jeunes de prendre les armes", ajoute-t-elle.

Archives : Journal télévisé 05/03/2016

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