Sadiq Khan, premier maire musulman de Londres: "J’ai grandi dans un logement social, j’étais un garçon de la classe ouvrière"

C’est une ascension remarquable pour Sadiq Khan, ce fils d’immigrants pakistanais fier de ses origines. "J’ai grandi dans un logement social, un garçon de la classe ouvrière, un enfant d’immigrés, mais je suis maintenant le maire de Londres. Je suis un Londonien. La ville est dans mon sang mais je suis aussi un Anglais patriote et un Britannique fier de représenter la formidable capitale de la nation", a déclaré le maire travailliste après l’annonce de sa victoire, promettant de "bâtir des ponts entre les communautés" dans les trois ans à venir.

J’ai grandi dans un logement social, un garçon de la classe ouvrière, un enfant d’immigrés, mais je suis maintenant le maire de Londres.

L’élu de 50 ans, ancien avocat spécialisé en droits humains, avait pour la première fois ravi la mairie de Londres en 2016, devenant le premier musulman à diriger une capitale occidentale et offrant ainsi un nouveau visage à Londres.

Père de deux filles, M. Khan avait promis en 2016 de répondre aux problèmes les plus criants de la capitale, dont la population augmente de manière fulgurante et dépasse aujourd'hui les 8,9 millions: logements inabordables, transports saturés et pollution.

Aujourd’hui, il devient le visage de la continuité, remportant un deuxième mandat au sommet de la capitale britannique. Il a obtenu 55,2% des voix au second décompte face à Shaun Bailey, aux racines jamaïcaines.

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Sadiq Khan lors d’une visite de campagne pour l’élection du maire de Londres au Kingstonian Cricket Club, dans le sud-ouest de la capitale, le 9 avril 2021. © AFP
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Boxeur pour rabattre le caquet de ceux qui le traitent de "Paki"

Dans un pays où la politique reste encore souvent l’apanage d’une élite majoritairement blanche, Sadiq Khan avait dit n’avoir "jamais imaginé" être choisi pour concourir au poste de maire, quelques mois avant sa première élection.

Le maire de Londres est né le 8 octobre 1970 dans une famille pakistanaise alors immigrée au Royaume-Uni depuis peu. Il a grandi dans un lotissement HLM à Tooting, quartier populaire du sud de Londres, avec ses six frères et sa sœur. Son père était chauffeur de bus, sa mère couturière.

Il fréquente le lycée public local, pas franchement réputé, et l’université de North London. De son éducation publique et gratuite, il se dit très reconnaissant. "Je dois tout à Londres", répète souvent cet homme.

Un de ses professeurs repère son don pour les joutes oratoires et l’oriente vers des études de droit. Il présidera pendant trois ans l'ONG Liberty.

Dans la rue aussi, Sadiq Khan est accrocheur : enfant, il fait de la boxe pour pouvoir plus facilement rabattre le caquet de ceux qui osent le traiter de "Paki".

A 15 ans, il adhère au Parti travailliste quand Margaret Thatcher est au pouvoir. Il est élu conseiller municipal de Wandsworth, dans le sud de Londres, en 1994. En 2005, il abandonne sa carrière d’avocat pour se faire élire député de Tooting, où il habite avec sa femme et leurs deux filles.

Trois ans plus tard, Gordon Brown lui offre le poste de ministre chargé des Communautés, puis celui des Transports l’année suivante. Il devient le premier musulman à siéger au cabinet d’un Premier ministre britannique.

"Merci Londres. C’est l’honneur absolu de ma vie de servir la ville que j’aime pour trois autres années […] Un avenir meilleur est possible, et nous le réaliserons ensemble." @SadiqKhan - Twitter

Contre le Brexit…

Durant son mandat, Sadiq Khan s’est taillé un nom comme europhile convaincu, féroce envers le Brexit et son apôtre, le Premier ministre conservateur Boris Johnson, son prédécesseur à la mairie. Le maire de Londres avait plaidé en 2018 pour un second référendum sur le Brexit, avertissant que la Grande-Bretagne risquait la déroute si elle quittait l'Union européenne sans accord.

Pour sa campagne, Sadiq Khan a adopté comme mantra "l’emploi, l’emploi, l’emploi" afin de redynamiser l’économie d’une métropole marquée par la pandémie et le Brexit, un coup dur pour son puissant secteur financier.

Il a également appelé ce samedi soir à "un moment de réconciliation nationale" après les élections locales de jeudi qui ont révélé selon lui des divisions liées aux "cicatrices du Brexit" et à "la guerre culturelle" séparant les grandes villes du reste du pays.


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… Et "loser" de Trump

Ce petit gabarit de 1m65 à la chevelure poivre et sel a aussi fait parler de lui pour ses escarmouches avec le président américain Donald Trump, qui le cible personnellement durant une vague d’attentats jihadistes à Londres.

"Une fois, il m’a qualifié […] de loser. Un seul d’entre nous est un loser, et ce n’est pas moi", plaisantait Sadiq Khan, une semaine avant le scrutin, laissant transparaître une volonté à toute épreuve.

Un seul d’entre nous est un loser, et ce n’est pas moi.

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Keir Starmer (à gauche), chef du principal parti d’opposition, le maire de Londres Sadiq Khan (à gauche), le Premier ministre britannique Boris Johnson (à droite) et l’ancienne première ministre britannique Theresa May (à droite) assistent à la cérémonie © Aaron Chown – AFP
Le prince Charles et le maire de Londres, Sadiq Khan, lors d’une rencontre avec des employés de "Transport for London", qui ont travaillé tout au long de la nouvelle pandémie de coronavirus Covid-19, à Londres, le 2 juillet 2020. © Chris Jackson – AFP

Une candidature pour des JO "durables"

Pour garantir "un avenir plus radieux" à Londres, en espérant réitérer le succès de 2012, il a dit vouloir proposer la candidature de la ville pour des jeux Olympiques "durables" en 2036 ou 2040, qui stimuleraient la construction d’infrastructures respectueuses de l’environnement.

Lors de son premier mandat, l’élu a notamment gelé le prix des transports publics et créé des zones à faible émission pour lutter contre la pollution automobile.

Il s’est cependant vu reprocher de n’avoir pu endiguer les attaques à l’arme blanche, un fléau qu’il attribue à la baisse des effectifs policiers découlant des mesures d’austérité des gouvernements conservateurs.

Plus récemment, il a mis en place une commission visant à améliorer la diversité dans l’espace public, dans le sillage du mouvement Black Lives Matter qui avait abouti au déboulonnage de statues d’esclavagistes au Royaume-Uni.

Sadiq Khan s’exprimant à l’hôtel de ville "Je tiens à vous remercier du fond du cœur. Je suis très humblement touché par la confiance que les Londoniens m’ont accordée pour continuer à diriger la plus grande ville du monde. Je promets de tendre tous les tendons pour aider à construire un avenir meilleur et plus brillant pour Londres après les jours sombres de la pandémie et pour créer une ville plus verte, plus juste et plus sûre. "

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